Le Québec a un important «manque à exporter»

Publié le 16/05/2014 à 17:04

Le Québec a un important «manque à exporter»

Publié le 16/05/2014 à 17:04

Par François Normand

ANALYSE - Le nouveau ministre l'Économie, de l'Innovation et des Exportations, Jacques Daoust, arrive en poste à un moment où le Québec doit plus que jamais accroître ses exportations pour relancer son économie. Quand une économie exporte la moitié de son PIB, elle doit performer sur les marchés internationaux.


Or, même si les exportations du Québec ont repris de la vigueur depuis la grande récession de 2007-2009 aux États-Unis (et ailleurs dans le monde), elles n'ont pas encore rattrapé leur niveau d'avant la crise. En 2013, les expéditions de marchandises du Québec dans le monde se sont élevées à 65,7 milliards de dollars canadiens, en hausse de 3,4% par rapport à 2012.


Mais comparativement à l'année 2006 (avant la récession), il s'agit d'un «manque à exporter» de 7,4 G$, puisque les exportations du Québec avaient atteint 73,1 G$ cette année-là. Cet écart n'est pas banal: il est plus élevé que les expéditions totales des entreprises québécoises dans les 28 pays de l'Union européenne, qui se sont établies à 6,8 G$ en 2013.


Le manque à exporter est encore plus important aux États-Unis, où le Québec achemine 70% de ses exportations. En 2013, nos expéditions sur le marché américain ont totalisé 46,3 G$, soit 10,4 G$ de moins qu'en 2006, alors que les livraisons de marchandises des entreprises québécoises avaient atteint 56,7 G$. La bonne nouvelle, c'est qu'elles progressent sans cesse depuis 2010.


Ce n'est toutefois pas le cas des exportations québécoises à destination de l'Union européenne. Le Québec y a non seulement un manque à exporter, mais ses ventes dans l'UE sont en déclin depuis trois ans. En 2013, nos expéditions dans ce marché se sont élevées à 6,8 G$ par rapport à 8,1 G$ en 2006, ce qui représente un écart de 1,3 G$. Et depuis 2010, les exportations du Québec vers l'UE ont chuté de 15%.


Le portrait est plus reluisant en Asie. Nos exportations ont non seulement rattrapé rapidement le terrain perdu après la crise, mais elles progressent depuis à un rythme fulgurant. Prenons l'exemple de l'ASPAC, un groupe de 10 pays de l'Asie-Pacifique (incluant la Chine, le Japon et la Corée du Sud, trois marchés importants pour les entreprises québécoises) que l'Institut de la statistique du Québec regroupe pour analyser les tendances de notre commerce international.


En 2013, les expéditions québécoises vers les 10 pays de l'ASPAC ont totalité 5,3 G$, soit 2,2 G$ de plus qu'en 2006. Cet écart positif représente pratiquement la valeur totale des exportations du Québec en Chine en 2013 (2,6 G$). Et dès 2009, les exportations du Québec vers l'ASPAC avaient dépassé leur niveau de 2006.


Le ministre Daoust et son gouvernement auront beaucoup à faire pour tenter de relancer les exportations du Québec, aux États-Unis et dans l'Union européenne. Dans le cas du marché européen, l'entrée en vigueur prochaine de l'accord de libre-échange entre le Canada et l'UE (sans doute en 2015) donnera un coup de pouce, disent les analystes. Mais il ne faut pas non plus s'attendre à des miracles, puisque les tarifs douaniers imposés aux entreprises canadiennes étaient relativement bas.


Dans le cas des États-Unis, la baisse graduelle du huard vis-à-vis du dollar américain depuis septembre 2012 aidera également nos exportateurs à accroître leurs ventes au sud de la frontière. Reste à voir toutefois si cette tendance à la baisse de notre monnaie perdurera. Puisque la valeur du huard est liée à la demande pour nos ressources naturelles, une reprise économique marquée dans les pays émergents redonnerait de la vigueur au dollar canadien.


Que faire à long terme? Les spécialistes le disent et le répètent: pour exporter avec succès, les entreprises doivent innover et offrir d'excellents produits. Elles doivent être compétitives. Elles doivent maîtriser leur chaîne logistique. Elles doivent intégrer les grandes chaînes mondiales d'approvisionnement. Elles doivent cibler des marchés de niche. Et elles doivent anticiper la demande et les tendances dans le monde.


Et peuvent faire les gouvernements? Bien entendu, leurs stratégies varient d'un continent à l'autre. Cela dit, les spécialistes sont formels: où qu'ils se trouvent dans le monde, le rôle des gouvernements est d'aider les exportateurs à devenir des entreprises plus innovatrices, dynamiques et performantes dans leur marché domestique, et ce, pour les aider à s'épanouir sur les marchés étrangers.


 


 


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