L'Égypte dans votre salon : village global, impacts mondiaux

Publié le 05/02/2011 à 00:00, mis à jour le 17/10/2013 à 06:37

L'Égypte dans votre salon : village global, impacts mondiaux

Publié le 05/02/2011 à 00:00, mis à jour le 17/10/2013 à 06:37

Par René Vézina

C'est l'un des aspects les plus déplaisants de la mondialisation. À tout moment, une crise peut éclater à l'autre bout de la planète; à tout moment, notre propre existence risque d'en pâtir. Le village global rassemble dorénavant tout le monde, pour le meilleur et pour le pire. La Tunisie ou l'Égypte sont à portée de main et de portefeuille pour les vacances, mais elles font également irruption dans nos vies, même quand on ne le souhaite pas. L'un va forcément avec l'autre.


En début d'année, les experts y vont toujours de leurs savantes prévisions sur la croissance économique, le mouvement des taux d'intérêt, l'évolution des cours du pétrole, les tendances inflationnistes, les perspectives boursières... Mais comment pourraient-ils inclure les vents de révolte populaire, aux antipodes, qui risquent de tout faire basculer ? Il n'existe pas un seul météorologue économique capable de prédire où et quand ces vents vont se lever.


Il fut un temps où on pouvait raisonnablement baser les analyses sur les facteurs environnants. Qu'allait-il arriver chez nous et chez nos voisins ? Par exemple, il suffisait de regarder de quelle façon la population allait évoluer, à quel niveau le taux d'endettement allait se situer, comment l'immobilier allait se comporter, et l'équation combinant toutes ces variables permettait d'envisager tel ou tel résultat.


Plus maintenant. Ce qui se produit en Égypte nous rappelle à quel point notre sort dépend maintenant de paramètres lointains. Une situation qui n'en est probablement qu'à ses débuts. La chute du régime tunisien a montré que le ras-le-bol populaire ne pouvait plus être contenu. C'est au tour de l'Égypte de bouillonner. Avez-vous consulté une carte de ce pays récemment ? Le canal de Suez s'y trouve. Y transitent quotidiennement trois millions de barils de pétrole. Cela ne représente qu'une fraction de l'approvisionnement mondial, mais la moindre perturbation pourrait ébranler le marché. La seule évocation de ce risque, encore éloigné, a catapulté à la hausse le prix du brut, ces derniers jours.


Le ciel ne peut plus nous tomber sur la tête


Le peuple égyptien se retrouve au front; des gens meurent tous les jours. Nos préoccupations n'atteignent évidemment pas ce niveau, mais la situation a des répercussions qu'on ressent jusqu'ici et elle touche des citoyens sans histoire qui se lèvent tous les jours pour aller gagner leur vie. À la limite, les plus fatalistes pourraient se dire : " À quoi bon nous démener, puisque le ciel peut nous tomber sur la tête n'importe quand... "


Or, c'est précisément parce que la planète est maintenant à ce point tricotée serrée que le ciel ne nous tombe plus sur la tête, littéralement. Les rivalités politiques qui dégénéraient en guerre se sont amoindries depuis que le commerce se fait à l'échelle planétaire. Les protagonistes d'hier sont les partenaires d'aujourd'hui : la France et l'Allemagne, la Chine et le Japon... Le sens pratique a pris le dessus, et les risques d'embrasement mondial se sont éloignés.


Le prix du pétrole monte ? L'inflation présente son vilain nez ? C'est désagréable, mais bien moins brutal que des bombes. Pour la plupart, nous n'avons pas grandi avec la peur que des avions se pointent pour semer mort et destruction.


Aujourd'hui, la télé ou Internet nous présentent en direct ces révoltes nationales et nous avertissent que leurs impacts se feront sentir bien au-delà des frontières. Les pays les plus puissants se concertent pour éviter que les dégâts ne se propagent en émettant toutes sortes de voeux pieux. Mais à part compatir dans la rue avec des gens, que voulez-vous y faire ? Hausser les épaules ? Manifester devant un consulat ? Si vous y tenez. S'informer, oui, se sentir accablé, non. Dans les faits, notre influence réelle est bien faible.


C'est pourquoi je suggère de vivre sans se laisser gagner par ces images désolantes. Pas en hypocrite, pas en insensible, mais sans craindre la suite des choses. S'il fallait en être toujours conscient, la vie deviendrait rapidement invivable. Toujours redouter, toujours se demander d'où viendra le prochain drame... Ce serait aussi intenable que de jouer à la roulette russe.


Nous n'avons de prise réelle que sur ce qui se passe autour de nous. Il faut vivre avec cette incertitude. Sans devenir autiste, mieux vaut choisir sa réalité et ne pas se laisser envahir par celles qui nous dépassent. À chacun son combat.


 


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