Peut-il devenir travailleur autonome sans sacrifier sa retraite ?

Offert par Les Affaires


Édition du 14 Janvier 2017

Peut-il devenir travailleur autonome sans sacrifier sa retraite ?

Offert par Les Affaires


Édition du 14 Janvier 2017

Par Stéphane Rolland

[Photo : Shutterstock]

À 48 ans, notre lecteur veut quitter son emploi pour devenir consultant et vivre de ses économies pendant qu'il lance son affaire. Du même âge, son épouse souhaite prendre sa retraite à 55 ans. Peuvent-ils réaliser leur projet sans nuire à leur retraite ?


La situation


Parents d'un enfant de 5 ans, les deux conjoints ont une bonne discipline d'épargne. Avec un revenu après impôt de 109 000 $, le ménage estime sa marge de manoeuvre financière à 26 900 $. Ce surplus est dégagé après le versement de contributions au régime enregistré d'épargne-retraite (REER), au compte d'épargne libre d'impôt (CELI) et au régime enregistré d'épargne-études (REEE) de leur enfant. Autrement dit, en tenant compte de l'épargne dans les régimes enregistrés.


Grâce à leur discipline, ils ont accumulé un actif financier de plus de 1 million de dollars. L'évaluation municipale de leur résidence est de 375 000 $, et leur solde hypothécaire est de 26 000 $. Monsieur a également un régime à prestations déterminées auprès de son employeur. La rente annuelle constituée à ce jour est de 7 000 $.


Au moment de quitter leur emploi, Monsieur aimerait obtenir un revenu net de 4 000 $ par mois lorsqu'il sera consultant, et Madame vise 3 000 $ lorsqu'elle prendra sa retraite à 55 ans.


La réponse


Les deux conjoints peuvent-ils réaliser leur projet ?


Nous avons posé la question à Brigitte Felx, planificatrice financière chez RBC. Après analyse de la situation financière et personnelle du couple, voici les stratégies financières recommandées minimisant l'impact fiscal.


À son avis, notre lecteur devrait patienter encore un peu, mais sa conjointe pourra quitter son emploi à 55 ans.


Afin de minimiser le risque pour sa retraite, elle conseille à Monsieur d'attendre jusqu'à 51 ans avant de quitter son emploi, afin d'accumuler plus d'épargne. «Comme il désire quitter son emploi, il est difficile de prédire ses revenus futurs à titre de consultant, commente la planificatrice financière. À court terme, il ne pourra compter que sur ses liquidités pour subvenir à ses besoins financiers.»


Selon les calculs de Mme Felx, le principal intéressé pourrait utiliser ses actifs hors REER et CELI afin de générer un revenu net de 4 000 $ par mois, de 51 ans jusqu'à l'âge de 56 ans. À 57 ans, il pourrait convertir son REER et son compte de retraite immobilisé (CRI) en Fonds enregistré de revenu de retraite (FERR) et obtenir un revenu net de 3 500 $ par mois. Le 500 $ manquant (pour obtenir les 4 000 $ par mois recherchés) serait alors comblé par la rémunération de consultant. À 60 ans, Monsieur pourrait ensuite demander sa rente de la RRQ, pour remplacer ses revenus de consultant, s'il décide de prendre sa retraite.


Bonne nouvelle pour sa conjointe, elle peut prendre sa retraite à 55 ans. Dans l'ordre, Mme Felx lui suggère de commencer par décaisser son CELI entre 55 ans et 58 ans pour obtenir un revenu mensuel net de 3 000 $. À 59 ans, elle pourra convertir son REER en FERR, qui lui procurera son revenu de retraite. Elle pourra demander la RRQ à partir de 60 ans et obtenir sa pension de vieillesse (PSV) à partir de 65 ans. À cet âge, son revenu mensuel net sera de 3 750 $.


Dans son scénario, Mme Felx estime que Madame conserverait un capital de 350 000 $ à l'âge de 90 ans. «Si elle veut écouler tout son capital avant son décès, elle pourrait décider d'augmenter ses prélèvements dès le début de sa retraite ou contribuer aux dépenses de la famille si Monsieur lance son entreprise», suggère la planificatrice.


Une question sur le REEE ?


Les deux parents ont également une question sur le REEE. Vaut-il mieux remplir le compte enregistré dès maintenant ou y aller progressivement afin d'obtenir toutes les subventions gouvernementales ? Ils ont cotisé 10 000 $ au REEE, jusqu'à maintenant.


Petit retour sur les règles de base, vous pouvez cotiser un maximum de 50 000 $ au REEE d'un enfant. Toutefois, les subventions gouvernementales ne sont versées que sur la première tranche de cotisation annuelle de 2 500 $.


En principe, une cotisation immédiate permet de faire fructifier un plus grand capital à l'abri de l'impôt. Par contre, cette décision entraîne une renonciation aux subventions des années subséquentes. Au bout du compte, quelle est la décision la plus avantageuse ?


Mme Felx conseille de faire une contribution immédiate de 40 000 $. Avec une hypothèse de rendement de 6 %, le REEE vaudrait 108 156 $ lorsque l'enfant aura 18 ans. Avec une cotisation annuelle, sa valeur serait de 97 383 $ à la même échéance. La différence est de plus de 10 000 $.


À chaque numéro, nous répondons aux interrogations de lecteurs quant à leur situation financière. Il est possible d'envoyer vos situations à : cliniqueretraite@tc.tc


EXPERTE INVITÉE


Brigitte Felx est planificatrice financière chez RBC


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