Mon régime de retraite tiendra-t-il le coup ?

Publié le 22/09/2009 à 15:30

Mon régime de retraite tiendra-t-il le coup ?

Publié le 22/09/2009 à 15:30

La crise économique fragilise l'ensemble du système de retraite québécois. Mais les régimes à prestations déterminées, qui garantissent un pourcentage du revenu d'emploi à la retraite, soulèvent encore plus d'inquiétudes.


Krach boursier, repli de l'immobilier, chute du huard provoquant des pertes sur les placements étrangers... Une série d'événements défavorables aux régimes de retraite à prestations déterminées se sont produits depuis deux ans.


Résultat, les actifs, qui souvent n'étaient déjà pas suffisants pour garantir les rentes de retraite promises, ont fondu comme neige au soleil.


Visionnez la capsule vidéo La crise des retraités


Les dernières statistiques parlent d'elles-mêmes : les régimes de retraite à prestations déterminées canadiens et américains souffraient en moyenne d'un sous-financement de 15 à 20 % en 2007. Et la situation risque d'empirer à la suite du recul des marchés.


Des entreprises sous pression


On sent la pression monter chez les employeurs, qui assument les risques liés au financement des régimes à prestations déterminées. Si l'actif de la caisse est insuffisant pour payer toutes les rentes et les autres prestations prévues au régime, ce sont eux qui devront combler la différence.


Des entreprises seront donc forcées de renflouer leur fonds de pension à un moment où il est difficile d'emprunter et où elles ont besoin de leurs liquidités pour traverser la crise économique. Cela pourrait compromettre leur survie.


" Plusieurs grandes caisses ne passeront pas au travers, pense Paul Dontigny, président d'Investissements PDJ. Les entreprises les plus menacées sont celles qui ont plus de retraités que de travailleurs, qui sont trop endettées ou qui sont nettement en perte de vitesse dans leur marché. "


Le cas de BCE


Alain (nom fictif), un ancien cadre de BCE, croyait bien que ses vieux jours seraient assurés. Pendant plus de 28 ans, son employeur a payé 100 % des contisations dans son fonds de pension, qui lui verse depuis quatre ans une rente annuelle de plus de 30 000 $.


Le régime affichait un surplus actuariel de 168 millions de dollars en 2006, dernière année pour laquelle une évaluation a été produite, comparativement à un déficit de 827 millions en 2005.


Mais des rumeurs laissent entendre que l'important déficit du régime de retraite des employés de Bell Canada serait l'une des causes de l'échec de sa vente au consortium dirigé par Teachers'. Ces rumeurs ont éveillé des doutes dans l'esprit d'Alain. S'il perd cette rente, qui représente 37 % de ses revenus de retraite, sa femme et lui devront inévitablement couper dans leurs dépenses. " Il faudra probablement faire une croix sur les deux mois de vacances que nous prenons chaque année en Floride et la deuxième auto ", dit-il.


C'est sans compter la menace qui plane sur les avantages sociaux prévus au régime de retraite. Alain a une assurance santé couvrant les frais médicaux du couple jusqu'à sa mort. " Si notre état de santé venait à se détériorer, ça pourrait représenter des dépenses importantes ", indique-t-il.


Malheureusement, le quinquagénaire peut difficilement évaluer la situation, parce qu'il ne connaît pas l'état actuel de son fonds de pension.


Les régimes de retraite sont tenus de présenter une évaluation actuarielle au moins tous les trois ans.


" La première chose à faire est d'obtenir des chiffres récents, souligne M. Dontigny. Pour cela, il faut s'adresser au service des ressources humaines ou, étant donné que BCE est une société ouverte, consulter son rapport annuel sur le site SEDAR.


" Si des données récentes confirment que le régime est en déficit, il faudra estimer l'importance du manque en pourcentage de la valeur comptable, des bénéfices ou des flux de trésorerie.


Il faut cependant garder à l'esprit que de nombreuses entreprises assujetties à la réglementation fédérale (secteur bancaire, des télécommunications et des transports), dont BCE, ont demandé à Ottawa d'assouplir leurs obligations liées aux régimes de retraite.


Le ministre des Finances, Jim Flaherty, a déjà indiqué que son gouvernement envisageait de leur permettre de rembourser sur 10 ans, plutôt que sur 5 ans, tout déficit de solvabilité créé par la débâcle boursière.


" Le gouvernement est forcé de s'en mêler, en raison de la chute importante de la valeur des investissements des régimes, dit M. Dontigny. Il n'a pas intérêt à maintenir des règles qui peuvent mettre en danger la survie des entreprises.


" Bien que je n'aie pas d'informations spécifiques me laissant croire que le régime de BCE soit en difficulté au point de nuire à la survie de l'entreprise, rien ne peut m'étonner dans le contexte actuel, dit Paul Dontigny.


" Les flux monétaires de BCE ont baissé radicalement depuis un an, et le régime exigera probablement des cotisations supplémentaires à cause de la baisse des marchés. Toutefois, je pense que la résultante la plus probable sera une réduction des avantages accordés aux retraités. "


On constate en effet que les entreprises qui offrent encore ce type de régime cherchent à alléger leurs obligations.


Par exemple, British Telecom veut allonger de cinq ans la durée de cotisation pour ses futurs employés et prendre comme référence, pour le calcul de la retraite, le salaire moyen plutôt que celui en fin de carrière. Avoir un plan B Cela dit, la situation d'Alain est loin d'être catastrophique, surtout qu'il a la sagesse de ne pas compter uniquement sur son fonds de pension.


Ses économies personnelles lui procurent des revenus de 57 600 $ par an, et il retirera des rentes gouvernementales à 65 ans. " Ça montre qu'il faut absolument avoir un plan B pour la retraite ", dit M. Dontigny.


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