Chéri, faut qu'on parle d'argent!

Publié le 10/02/2017 à 16:44

Chéri, faut qu'on parle d'argent!

Publié le 10/02/2017 à 16:44

Par Stéphane Rolland

Photo:123rf

En amour, on ne compte pas, dit-on. Pourtant, bien des amoureux auraient intérêt à s’assurer que la manière dont ils gèrent leur argent est équitable pour tous. Spécialiste de l’usage de l’argent dans le couple, Hélène Belleau, professeure à l'Institut national de la recherche scientifique (INRS), publiera, le 14 février, le livre L’amour et l’argent, Guide de survie en 60 questions afin de répondre aux questions des couples sur les finances personnelles. En entrevue avec Les Affaires, Mme Belleau nous parle de ce sujet «encore plus tabou que le sexe».


Pourquoi les couples devraient-ils se préoccuper de cette question?


Il y a beaucoup de méconnaissance sur le Code civil et le couple. Nous avons été surpris de constater que beaucoup de gens ont l’impression qu’être mariés ou conjoints de fait est la même chose du point de vue légal. Il y a une confusion parce que les deux sont équivalents fiscalement. C’est différent pour la séparation d’un couple. Le Code civil protège uniquement les gens mariés.


Pourquoi cette distinction est-elle importante pour le commun des mortels?


On peut imaginer un couple avec des enfants qui ont partagé leurs revenus toute leur vie pendant 20 ans. Le classique, madame a réduit son temps de travail et a moins investi à long terme. Au moment de la rupture, chacun repart avec ce qu’il a payé parce qu’il n’y a aucune loi qui encadre les couples qui ne sont pas mariés. Et ça, les gens le découvrent au moment de la rupture.


Parlons planification de retraite. Même si le partage des dépenses quotidiennes peut sembler équitable dans un couple non marié, la planification de la retraite pourrait ne pas l’être, selon vous. De quelle façon cela se manifeste-t-il?


C’est quelque chose qui peut arriver lorsque les revenus entre les conjoints sont très différents. Souvent, le niveau de vie est déterminé selon le revenu le plus élevé. La personne qui gagne moins va vivre au-dessus de ses moyens, même lorsqu’elle contribue aux dépenses du ménage au prorata de ses revenus. Elle négligera l’épargne-retraite. S’endettera, parfois. Si elle a réduit son temps de travail pour s’occuper des enfants, elle aura moins cotisé à la RRQ. On ne voit pas l’écart dans le budget au début de la relation, mais on s’en rend compte dans cinq ans, dix ans ou lors de la rupture. Là, ça fait mal.


Le temps, c’est de l’argent. Statistiquement les femmes font encore plus de tâches ménagères que les hommes. Dans certains couples, ce partage est vu comme un échange pour le travail du conjoint qui gagne un salaire plus élevé. Valorise-t-on suffisamment le travail domestique des femmes dans ce calcul?


Je vous dirais que non. Ce que nous avons constaté est assez fascinant. Les femmes et les hommes vont percevoir différemment le lien entre les tâches domestiques et l’argent. Majoritairement, les femmes vont voir l’argent et les tâches domestiques comme des vases communicants. Certaines vont se dire : «je réduis mon temps de travail pour m’occuper des enfants.Donc, je vais m’occuper davantage des tâches domestiques». Les hommes, eux, ont plutôt tendance à voir les choses en silo. On va parler des questions d’argent, ça, c’est une chose. Les tâches à la maison, c’en est une autre. La preuve, c’est que, quand les femmes gagnent plus que leur conjoint, les hommes n’en font pas plus dans la maison. Elles doivent engager de l’aide. Cette différence dans les opinions rend les choses inégales.



Comment s’assurer que la situation soit équitable?


Ce qu’on veut faire prendre conscience, c’est que peu importe comment on perçoit les choses, comme des vases communicants ou des silos, il faut que les deux conjoints aient la même logique. Il faut ensuite prévoir à long terme. Si on y va en vase communicant, il faut que la planification financière soit faite en conséquence pour protéger le conjoint qui gagne le moins. Si on y va en silo, il faut que les tâches soient également séparées à la maison.

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