Aider sa fille ou la retraite dorée ? Les deux !

Offert par Les Affaires


Édition du 25 Août 2018

Aider sa fille ou la retraite dorée ? Les deux !

Offert par Les Affaires


Édition du 25 Août 2018

Par Daniel Germain

Francis soutient financièrement sa fille, qui a un emploi au salaire minimum. ­Il lui loue un condo au prix qu’un parent exige naturellement à son enfant, sous la valeur du marché. [Photo : 123RF]

Il y a un mot pour décrire la situation financière de Francis : parfaite. Elle est le résultat de multiples facteurs, dont la rigueur avec laquelle notre lecteur a géré ses affaires, rigueur que certains pourraient confondre avec de l'insécurité. Qu'importe de quoi il s'agit, elle a mené le futur retraité à communiquer avec nous. Francis se demande s'il peut parfaire son plan en vue d'atteindre ses objectifs de retraite.


Sa confortable position ne tient pas qu'à sa discipline d'épargne, il faut dire. L'homme de 55 ans gagne un salaire dans la fonction publique qui frise les 120 000 $ et bénéficie d'un régime de retraite à prestations déterminées qui lui procurera 70 % de son revenu de fonctionnaire.


À sa place, d'autres ne se seraient pas souciés d'épargner en vue de la retraite. Il faut savoir que Francis soutient financièrement sa fille qui, en raison de problème de santé, a interrompu ses études universitaires qui l'ont endettée de 25 000 $. Elle doit se contenter d'un emploi au salaire minimum. « Mon épouse et moi l'aidons du mieux qu'on peut, en payant son service cellulaire, les frais d'entretien de sa voiture, l'épicerie à l'occasion et en lui offrant des cadeaux. » Il lui loue également un condo au prix qu'un parent exige naturellement à son enfant, sous les valeurs du marché.


C'est là sans doute la principale préoccupation de Francis. Il est prêt à travailler jusqu'à 65 ans s'il le faut pour continuer d'aider sa fille. « Mais est-ce possible de le faire en me retirant à 59 ans ? » demande-t-il.


La conjointe de Francis est à la retraite depuis bientôt trois ans. Elle a quitté la vie active avec beaucoup moins d'avantages que ceux dont profitera son mari, mais tout de même avec une épargne respectable. Madame détient 76 000 $ dans un compte de retraite immobilisé (CRI) et plus de 240 000 $ de REER, dont la majeure partie provient des contributions du conjoint au Fonds de solidarité FTQ. Son CELI contient 62 000 $ auxquels s'ajoutent 83 000 $ d'épargne non enregistrée.


C'est peu en comparaison de ce qu'a pu mettre de côté Francis. En REER, il possède 160 000 $. Il a 88 000 $ dans son CELI, signe qu'il a été bien investi, et plus de 415 000 $, un coussin tout aussi bien géré.


La copropriété qu'il loue à sa fille est évaluée à 300 000 $ et hypothéquée de 163 000 $. La maison qu'il détient avec sa conjointe vaut 380 000 $ et est libre d'hypothèque. Les biens immobiliers ne sont pas utiles dans la planification, bien que leur propriétaire se demande s'il n'y aurait pas de stratégie fiscale plus avantageuse qu'une autre à la revente.


Ses questions : Que devrait-il décaisser en premier (REER, CELI, épargne non registrée) ? Quand demander la rente du RRQ et la prestation de la Sécurité de la vieillesse (SV) ? En raison de son régime de retraite d'employeur, perdra-t-il de la SV ? Devrait-il rembourser l'hypothèque du condo d'un coup ou laisser son argent investi ? Enfin, nous ouvrons les guillemets : « Combien faut-il pour couvrir une coche (un coût de vie) au-dessus de la classe moyenne ? »


Nous avons confié ces interrogations à Daniel Laverdière, directeur principal chez Banque Nationale Gestion Privée 1859. Après avoir analysé le régime de retraite de Francis, il conclut que notre lecteur pourra en tirer des revenus de 71 000 $, indexés, auxquels s'ajoutent 12 000 $ par année jusqu'à l'âge de 65 ans. Cette somme est un pont offert par son régime d'employeur jusqu'à ce qu'il puisse toucher la pension de la Sécurité du revenu et les rentes du RRQ sans pénalité. « La première chose à faire sera de fractionner les revenus avec sa conjointe », dit-il. La stratégie consiste à séparer les revenus le plus équitablement entre les conjoints. Les couples retraités peuvent fractionner les revenus tirés du REER-FERR (à partir de 65 ans). Les prestations du régime de retraite d'employeur peuvent être fractionnées à compter de 65 ans au provincial, et avant au fédéral. En plus de réduire la facture fiscale du couple, cela évitera de payer de l'impôt de récupération de la SV, qui s'applique actuellement sur les revenus individuels qui dépassent 74 788 $ (indexés).


Daniel Laverdière recommande de retirer l'épargne non enregistrée d'abord, puis d'épuiser le REER, « tout en s'assurant de niveler le plus possible de revenu imposable au cours des années », précise-t-il. Quant au CELI, il continuera de croître.


Autre recommandation de l'expert : à moins que des problèmes de santé ne se manifestent, mieux vaut attendre à 70 ans avant de retirer la rente du RRQ et la pension de la SV; les prestations s'en trouveront bonifiées la vie durant. « Le couple peut facilement s'en passer avant », note le planificateur financier.


Touchons l'immobilier. La maison comme le condo (comme sa fille y habite) peuvent être désignés comme résidences principales.


Un seul des biens peut toutefois bénéficier de l'exonération fiscale à la revente, ou les deux, en partie. Francis devra calculer la moyenne annuelle des gains en capital de chacune des propriétés pour connaître l'option la plus avantageuse.


Pour qu'il soit préférable de conserver l'hypothèque d'un côté et les placements de l'autre, les rendements sur ces derniers doivent rapporter deux fois l'équivalent de l'intérêt appliqué sur le prêt hypothécaire, rappelle M. Laverdière. Par exemple, si le taux hypothécaire est de 3 %, les placements devront générer 6 % (imposable).


Venons-en aux principales préoccupations de notre lecteur. Peut-il prendre sa retraite dès 59 ans tout en continuant à soutenir sa fille ? Pourra-t-il s'offrir une retraite au-dessus de la classe moyenne ?


« Actuellement, monsieur arrive à soutenir sa fille et à épargner des sommes importantes grâce à un salaire de 120 000 $. Grâce à ses rentes, aux prestations de régime de retraite, à son épargne et celle de sa conjointe, il peut facilement s'offrir une retraite au-dessus de la moyenne à partir de 59 ans et continuer à aider son enfant », dit-il.


En 2022, quand Francis atteindra 59 ans, il pourra assumer un coût de vie, avec sa conjointe, de 96 000 $ (net). Il pourra poursuivre la cadence durant toute sa retraite, peu importe l'âge du décès. Il n'arrivera jamais au bout de son épargne.


EXPERT INVITÉ
Daniel Laverdière est directeur principal, Centre d’expertise, chez Banque Nationale Gestion privée 1859.


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