Les robots-conseillers, est-ce pour vous?

Offert par Les affaires plus


Édition de Mai 2017

Les robots-conseillers, est-ce pour vous?

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Édition de Mai 2017

Par Sophie Stival

Convivial, transparent et bon marché, le robot-conseiller permet au petit investisseur de placer ses épargnes dans des portefeuilles diversifiés. Cette solution clés en main est-elle pour vous ?


Félix Messier Maynard et Guillaume Boucher Bélanger ont plusieurs points en commun. Ils ont tous deux investi à l'automne une part de leur épargne avec Wealthsimple, un robot-conseiller canadien. Ils font partie, à 28 ans, de cette génération friande de nouvelles technologies. Ils ne souhaitent pas parler à un conseiller en services financiers régulièrement.


« Je voulais me simplifier la vie. Je fais des prélèvements automatisés tous les mois sur mon compte chèque vers un compte REER. J'achète des fonds négociés en Bourse (FNB) et je n'ai pas à me préoccuper du rééquilibrage de mes portefeuilles », précise Félix, qui travaille dans le domaine du financement d'entreprise. Bien que cette solution soit légèrement plus chère que son compte de courtage direct, son portefeuille contient plus de titres et il est mieux diversifié.


C'est l'offre attrayante de Wealthsimple qui a poussé Guillaume à ouvrir un CELI chez ce robot-conseiller. Il n'y a pas de frais pour les premiers 5 000 dollars investis, ensuite ils sont de 0,5 % par année, auxquels s'ajoutent les frais de gestion d'une vingtaine de points de base prélevés à même le rendement du FNB. « Je voulais comparer les rendements et la formule avec mes fonds communs du Groupe Investors », raconte le cofondateur de Netleaf, une agence de référencement Web.


Les deux investisseurs apprécient particulièrement la plateforme numérique conviviale et l'application mobile qui permet d'observer quotidiennement les rendements du portefeuille. Un petit bémol : Guillaume souhaite changer son profil d'investisseur afin d'avoir un portefeuille de placements plus agressif, et pour ce faire, il doit discuter de vive voix avec un représentant. Il attend toujours son rendez-vous téléphonique après quelques échanges de courriels. La vérité, c'est qu'au Canada les firmes qui offrent du robot-conseil ont des obligations légales. Une personne physique doit valider votre profil d'investisseur et s'assurer qu'il vous convient (voir l'encadré).


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Comment ça fonctionne ?


Les robots-conseillers regroupent une douzaine de firmes au pays qui vont de la start-up à la grande banque. Le degré d'automatisation et l'accompagnement du client varient toutefois d'une société à l'autre. Seules deux grandes banques se sont lancées à ce jour dans l'aventure, soit la Banque de Montréal et la Banque Nationale. Le président de Desjardins, Guy Cormier, annonçait également en février le souhait de la coopérative d'offrir des services de robot-conseil au Québec.


Selon le cofondateur de Ferst Capital Partners, ce n'est qu'une question de mois avant que toutes les grandes banques proposent des services-conseils en ligne. « Elles craignaient jusqu'ici de se cannibaliser. Elles ne veulent pas perdre leurs clients nantis et lucratifs pour de telles solutions. On a vu le même genre de réaction avec l'arrivée des FNB, il y a une dizaine d'années. Maintenant, la plupart des banques les commercialisent pour leurs clients », affirme Jay Ferst, dont la firme investit du capital de risque auprès de jeunes entreprises canadiennes de l'industrie des technologies financières (fintechs).


À la Banque Nationale, la solution en ligne InvestCube est avant tout un système de rééquilibrage automatique des portefeuilles. Ce processus vise à maintenir la répartition des actifs du client conformément à son profil de risque. « On ne donne pas de conseils », tient à préciser Laurent Blanchard, président de Banque Nationale Courtage Direct.


Les robots-conseillers sont donc une solution de rechange intéressante pour ceux qui n'ont pas suffisamment d'épargne pour investir auprès d'un conseiller en placement. C'est aussi une voie de contournement aux fonds communs de placement, qui entraînent des frais de plus de 2 % par année en moyenne. Les portefeuilles en ligne généralement composés de FNB ont des frais qui oscillent entre 0,4 % et 0,7 % par année, auxquels s'ajoutent les frais de gestion du fonds. Ceci inclut le rééquilibrage des portefeuilles et, dans la majorité des cas, les coûts de transaction.


Portefeuille modèle selon son profil


Après avoir rempli un questionnaire en ligne et établi son profil de risque, on se voit attribuer un portefeuille virtuel qui respecte ses objectifs. Les portefeuilles proposés, généralement entre 5 et 10 modèles, suivent des stratégies allant de prudentes à plus audacieuses. Un portefeuille équilibré est habituellement composé à 50 % d'actions et à 50 % de titres à revenu fixe.


Il vaut la peine de consulter en ligne le contenu des portefeuilles. Certains robots-conseillers n'utilisent que des fonds maison, comme le portefeuille Futé de la Banque de Montréal. D'autres font appel à des gestionnaires indépendants et investissent dans des catégories d'actif moins communes, comme des fonds immobiliers, ou encore permettent de choisir des fonds éthiques. « Bien qu'on respecte le profil de risque des portefeuilles, la composition des catégories d'actif peut faire l'objet de changements tactiques de la part des gestionnaires. Toutes les transactions sont disponibles en ligne, c'est totalement transparent pour le client », indique Sabrina Della Fazia, directrice générale BMO Ligne d'action, Québec et Atlantique.


Ceux qui s'attendent à recevoir des conseils pointus ne seront toutefois pas très bien servis par un robot-conseiller. On ne vous téléphonera pas pour faire des suivis de portefeuille ou vous aider à planifier votre retraite. « Si le client doit retirer des fonds du portefeuille Futé, on ne lui dira pas si c'est mieux de le faire de son CELI ou de son REER. Le client doit lui-même appeler BMO et dans le cas de besoins plus complexes, il sera mieux servi avec un conseiller en placement », confirme-t-elle.


« Chez Wealthsimple, on donne des conseils seulement lorsque le client en ressent le besoin, à certains moments précis de sa vie, comme à l'achat d'une maison, à la naissance d'un enfant. Il lui suffit de prendre un rendez-vous en ligne avec un de nos représentants salariés. Pour ceux qui ont des placements de plus de 100 000 dollars, on offre également des services de planification financière et d'optimisation fiscale », explique Dave Nugent, chef des placements de la firme.


Modèle d'affaires en évolution


Malgré le buzz médiatique, les robots-conseillers demeurent une solution de placement marginale. Le plus gros acteur au Canada, Wealthsimple, gère environ 750 millions de dollars et sert quelque 25 000 clients. Dans son blogue, le robot-conseiller de Vancouver WealthBar se vantait en janvier d'avoir franchi le cap des 100 millions de dollars d'actif sous gestion. Sachant que bon nombre de conseillers en placement gèrent individuellement plusieurs centaines de millions de dollars, on est loin de l'exploit retentissant...


D'après Jay Ferst, le nerf de la guerre pour ces jeunes fintechs, c'est l'atteinte d'une masse critique d'actif sous gestion. Il estime ce montant à 1,5 milliard de dollars au Canada. La plupart d'entre elles ciblent les investisseurs dans la vingtaine, voire la trentaine. Or, cette clientèle n'a pas beaucoup d'épargne. « C'est pour cette raison que chez InvestCube nous avons abaissé le dépôt minimal de 25 000 dollars à 10 000 dollars », déclare Laurent Blanchard.


Pour joindre les jeunes, on mène aussi des campagnes de publicité en ligne, sur les réseaux sociaux comme le fait avec dynamisme Wealthsimple, achetant même de la publicité pendant le Super Bowl. Cela prend également des reins solides et, dans le cas de Wealthsimple, la fintech peut compter sur le soutien de Power Corporation du Canada, qui a investi jusqu'ici 30 millions de dollars dans l'entreprise.


« Certains se positionnent carrément dans le segment des mieux nantis et les sommes minimales pour ouvrir un compte seront plus élevées. D'autres vont même offrir leur technologie et leurs services aux conseillers en services financiers », indique Jay Ferst. Nest Wealth l'a fait avec sa plateforme Nest Wealth Pro. Cette dernière préfère aussi facturer des frais mensuels sous forme d'abonnement selon l'actif sous gestion ainsi que des frais de transaction.


Les investisseurs plus âgés lorgnent également du côté des robots-conseillers, attirés par les frais de gestion bas. « Nous avons des clients de 50, 60 ans et même plus qui ont placé plusieurs centaines de milliers de dollars avec notre portefeuille Futé », remarque Sabrina Della Fazia. L'âge moyen des clients de Wealthsimple est de 33 ans actuellement, mais le doyen a tout de même 102 ans !


Gagner la confiance du public


Bien que très flexibles et à la fine pointe de la technologie, les fintechs doivent faire face à un autre défi de taille : gagner la confiance des consommateurs. Nombre de ces entreprises sont de pures inconnues aux yeux du grand public. « Même si elles ont les mêmes permis que les grandes institutions financières, elles doivent convaincre le client qu'il est protégé, au même titre qu'en faisant affaire avec une banque, si une faillite survient », explique Jay Ferst.


« Alors que Wealthsimple a été un précurseur du robot-conseil au Canada, une grande banque comme BMO avec son portefeuille Futé pourrait rafler une part importante de ce marché », croit Jay Ferst. La grande banque a un avantage non négligeable : elle domine le marché canadien des fonds négociés en Bourse (FNB). Et les portefeuilles de son robot-conseiller sont entièrement composés de FNB maison.


Pendant ce temps, de gros acteurs américains se lancent dans le robot-conseil. Fidelity et Merrill Lynch l'ont fait il y a quelques mois. Le géant Goldman Sachs zieute également ce marché, apprenait-on au printemps. Selon une étude publiée en 2016 par KPMG, les actifs sous gestion gérés en ligne aux États-Unis pourraient atteindre 2 200 milliards de dollars en 2020. Ils sont autour de 400 milliards aujourd'hui.


Alors que Wealthsimple a été un précurseur du robot-conseil au Canada, une grande banque comme BMO avec son portefeuille Futé pourrait rafler une part importante de ce marché. »


Jay Ferst, associé chez Ferst Capital Partners


UNE INTERVENTION HUMAINE CONTESTÉE


D'un point de vue réglementaire, le robot-conseil sans intervention humaine pose problème au Canada. Selon l'AMF, la responsabilité envers les clients ne peut être transférée à un processus numérique entièrement automatisé. Or, plusieurs fintechs qui offrent de tels services demandent à être dégagées de certaines obligations. On souhaite notamment ouvrir des comptes clients sans avoir à les contacter personnellement.


Portfolio IQ de Questrade est le robot-conseiller qui se rapproche le plus de ce modèle d'affaires où l'intervention humaine est minimale. Par exemple, le client doit lui-même communiquer avec le représentant en cas de besoin. La firme est inscrite à titre de gestionnaire de portefeuille restreint et donc assujettie à certaines conditions afin de protéger adéquatement les investisseurs. Le client doit ainsi mettre à jour en ligne chaque année le questionnaire qui établit son profil d'investisseur, sinon la firme doit l'appeler. Les actifs proposés aux investisseurs doivent également être simples et liquides comme le sont la plupart des FNB. L'entreprise contactera aussi les 65 ans et plus par téléphone. L'AMF souligne enfin que chaque modèle d'affaires est analysé au cas par cas par les Autorités canadiennes en valeurs mobilières et que celui « sans communication » demeure rare.


« Les fintechs ont le devoir de collaborer avec les autorités, de leur démontrer par exemple dans un environnement de test que leurs applications et leurs algorithmes sont sûrs. L'Europe, l'Asie et les États-Unis sont passés par là et nous y arriverons. Ce n'est qu'une question de temps avant que les services de robot-conseil sans intervention humaine soient accessibles au Canada », croit Jay Ferst.

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