Défiez l'orage

Publié le 01/02/2009 à 00:00, mis à jour le 11/10/2013 à 07:19

Défiez l'orage

Publié le 01/02/2009 à 00:00, mis à jour le 11/10/2013 à 07:19

Par Daniel Germain

Pour ceux qui s'apprêtent à accrocher leurs patins, l'effondrement des marchés boursiers suscite de l'inquiétude et beaucoup de questions. Voici nos réponses.


Chaque fois qu'un client anxieux se présente à son bureau de la Place- Ville-Marie, Brigitte Felx ressort son graphique qui montre l'ascension opiniâtre des cours boursiers, malgré les multiples corrections, récessions, chocs et krachs. "Mes clients sont inquiets, car ils n'ont qu'une vague idée de leurs projets de retraite, des moyens dont ils disposent pour les réaliser et de ce que cela va leur coûter. Le seul fait de clarifier ces aspects réduit leur stress", explique la planificatrice de RBC Banque Royale.


Toutefois, les gens qui s'apprêtent à quitter le marché du travail et dont le portefeuille vient d'enregistrer une baisse de 10, 20 ou 30 % pourraient bien manquer la reprise. Ils se demandent s'ils auront assez d'argent pour assurer leurs vieux jours. Ils s'inquiètent de leurs placements, mais aussi de leur régime de retraite. Dans ces circonstances, faut-il modifier sa stratégie de placement ? Revoir ses projets ? Réduire ses dépenses ? Repousser le moment de la retraite ?


"Les réponses à ces questions diffèrent selon les cas", dit Brigitte Felx. Nous tenterons tout de même d'y répondre et de vous fournir les outils nécessaires.


Quelles sont mes sources de revenu à la retraite ?


Bonne nouvelle : vous aurez d'autres sources de revenu que votre épargne pour vivre quand vous serez à la retraite. Les retraités québécois ont droit à la Pension de la Sécurité de la vieillesse (PSV) du gouvernement fédéral à partir de 65 ans, et à la rente de retraite du Régime de rentes du Québec (RRQ), disponible à partir de 60 ans. Les personnes à faibles revenus ont aussi droit au Supplément de revenu garanti (SRG), versé dans le cadre d'un programme fédéral.


La mauvaise nouvelle, c'est que ces revenus sont insuffisants. Par exemple, un célibataire de 65 ans qui touchait un salaire moyen de 50 000 dollars aurait reçu en 2008 près de 19 000 dollars des régimes publics s'il n'avait aucune autre source de revenu. Avant impôt, ce montant équivaut à 38 % du revenu moyen durant la vie active.


Vous faites peut-être partie des 42 % des travailleurs québécois qui participent à un régime complémentaire de retraite (RCR), le fameux fonds de pension d'un employeur. L'argent accumulé dans un tel régime procure une rente dont le montant varie selon les conditions du régime. Les autres devront compter sur leur REER ou sur un REER collectif comme appoint à leurs revenus de retraite.


Pour obtenir une estimation de vos revenus de retraite, la Régie des rentes du Québec offre sur son site (www.rrq.gouv.qc.ca/fr/planification/simulation/) un outil qui vous permettra de connaître vos sources de revenus à la retraite.


Aurai-je assez d'argent à la retraite ?


"C'est la première question que les gens nous posent", souligne Brigitte Felx. Le problème, selon elle, c'est que bien peu de gens ont pris le temps de définir leurs projets de retraite de manière réaliste et d'en évaluer le coût.


Il existe plusieurs courants de pensée en planification financière. Dany Provost, planificateur financier et actuaire chez DELTA Services actuariels, estime que les gens ont tendance à se fixer des objectifs élevés sans évaluer leurs besoins réels. Consultant en régimes de retraite et en planification financière, il a développé une approche originale de la retraite. Selon lui, au moment de planifier cette étape de notre vie, il faut veiller à maintenir le même niveau de vie. "On doit planifier de telle sorte qu'au moment de la retraite, il n'y ait pas de marche à monter ou à descendre sur le plan du revenu", dit-il.


Hélène Gagné, planificateur financier et gestionnaire de portefeuille chez PWL Capital, croit qu'on sous-estime souvent le coût de la retraite. "On a alors beaucoup de moments libres ; on voudra donc jouer au golf, voyager. Et lorsqu'on se retrouve en perte d'autonomie, on doit payer les médicaments et les soins de santé", dit-elle.


Les deux planificateurs financiers sont d'avis qu'une personne ne doit pas se fier à la règle des 70 %, selon laquelle une personne à la retraite a besoin de l'équivalent de 70 % de ses revenus d'emploi. "Pour connaître vos besoins financiers, vous n'avez pas le choix : vous devez définir clairement vos projets de retraite et faire un budget", dit Hélène Gagné.


Quand vous aurez terminé cet exercice, vous devrez comparer vos besoins à vos revenus. Pour connaître le montant d'épargne nécessaire, sachez qu'il vous faudra de 300 000 à 350 000 dollars pour tirer de vos placements un revenu net de 10 000 dollars (par an, en dollars d'aujourd'hui), et ce, pendant 25 ans. Pour nombre de retraités, cette épargne, combinée aux revenus venant des régimes de retraite publics et privés, suffira, alors que d'autres devront épargner davantage.


L'organisme Question Retraite et l'Autorité des marchés financiers mettent à votre disposition un calculateur simple et rapide pour évaluer vos besoins en matière d'épargne : www.questionretraite.com/calculateur_web/index.html.


Vous trouverez sur le site de la RRQ une feuille à télécharger qui vous aidera à établir un budget adapté à votre situation actuelle et à votre retraite : www.rrq.gouv.qc.ca.


Dois-je modifier ma stratégie de placement ?


Au moment de prendre sa retraite, on doit répartir son épargne dans trois paniers, conseille Gaétan Veillette. "Dans le premier panier, il faut déposer l'équivalent de deux ans de revenus dans des placements sûrs, pour les besoins à court terme. Dans le deuxième, on place les provisions dont on aura besoin dans trois à cinq ans. Ce montant peut être investi dans des actions privilégiées et dans des titres valeurs. Et dans le troisième, on mettra les placements à long terme investis à la Bourse", explique le planificateur financier chez Groupe Investors. C'est là une autre façon de concevoir la répartition d'actifs.


Les gens dont le premier panier était bien garni ont moins souffert de la chute des cours boursiers. "Ces liquidités leur donnent plus de temps pour profiter d'un rebond des marchés boursiers", dit Hélène Bronsard, planificatrice financière et vice-présidente de Raymond Chabot Gestion privée. Les plus touchés sont ceux qui devront vendre des titres (actions, parts de fonds communs) à perte pour faire face au coût de la vie.


Quelle que soit leur exposition au marché boursier, beaucoup d'investisseurs ressentent une forte envie de se réfugier dans des placements financiers sûrs. "Ne succombez pas à la tentation", prévient Hélène Gagné. Selon elle, trois risques guettent notre capital de retraite : les marchés financiers, l'inflation et la longévité. "On peut éliminer le premier risque en optant pour des placements garantis, dit-elle. Mais on sera alors plus exposé aux deux autres, qui sont plus sournois." En vous réfugiant dans des titres sûrs, vous cristalliserez vos pertes, et vos nouveaux placements ne vous offriront pas des rendements qui vous assureront un revenu suffisant à la retraite.


Les conseillers financiers suggèrent donc de procéder à un rééquilibrage de votre portefeuille. C'est le moment de redonner à votre portefeuille la répartition d'actifs que vous aviez déterminée avant la tempête boursière. Comme les actions ont baissé, la place relative qu'elles occupent dans votre portefeuille est réduite. Vous devez l'augmenter. "Il faut vendre les actifs de votre portefeuille qui se sont le mieux comportés et racheter ceux qui ont connu le moins bon rendement, explique Michel Marcoux, conseiller en épargne collective et auteur de plusieurs livres sur les fonds communs de placement. Autrement dit, il faut aller à l'encontre de ce que vos émotions vous dictent, et acheter des actions. Votre portefeuille profitera ainsi davantage de la reprise.


Qu'adviendra-t-il de mon "fonds de pension" ?


En matière de régimes complémentaires de retraite, les gens ne naissent pas "égaux". La majorité des Québécois n'en ont pas. Il y a ceux qui contribuent à un régime à cotisation déterminée (CD) et ceux, de plus en plus rares, qui disposent d'un régime à prestations déterminées. La différence entre les deux est simple, mais de taille. Dans le premier cas, le montant de la rente n'est connu qu'au moment de la retraite, et il est calculé en fonction du rendement du régime. Dans le second, le montant de la rente est connu d'avance et établi en fonction des années de service, quel que soit le rendement.


Ceux qui encaisseront leur régime CD pour toucher un revenu de retraite dans l'année qui suit doivent prévoir une baisse de leur rente équivalente à la baisse de la valeur du régime. "Ceux qui s'apprêtent à utiliser leur régime doivent tenir compte de cette baisse dans leurs calculs de revenu de retraite", dit Jean-François Magloire, directeur, Gestion personnalisée, Banque Nationale.


On peut atténuer l'impact de cette baisse de valeur en reportant l'utilisation du régime, dans l'espoir que le marché boursier regagne du terrain. Il faut savoir que lorsqu'on est prêt à décaisser, c'est-à-dire à transformer les fonds du régime en revenu régulier, deux options se présentent : transférer l'argent accumulé vers un fonds de revenu viager (FRV) ou acheter une rente viagère d'une compagnie d'assurance. On peut également décider de ne pas toucher à l'argent de son régime de retraite en le transférant dans un compte de retraite immobilité (CRI). Si on ne peut pas reporter le moment du décaissement, mieux vaut opter pour le fonds de revenu viager. Dans un FRV, l'argent reste investi. On peut donc espérer recouvrer une partie des gains perdus, ce qui n'est pas le cas quand on achète une rente viagère (voir le tableau Régime de retraite amputé, page 21).


"Il est également possible de n'utiliser que la portion sûre du portefeuille (obligations, CPG, parts de fonds du marché monétaire) pour en tirer un revenu, et de laisser le reste croître dans un CRI en attendant la reprise", explique Richard La Ferrière, chef de la planification financière pour le Québec chez TD Waterhouse. L'argent accumulé dans le CRI peut ensuite être transféré dans un fonds de revenu viager ou servir à acheter une rente viagère.


Dois-je vendre ma maison ?


"Les personnes qui gardent les mêmes paramètres qu'avant l'effondrement de la Bourse sont en déni total", croit Hélène Gagné. Pour une majorité de retraités, et pour ceux qui se préparent à quitter la vie active, il faudra réévaluer les projets de retraite et réduire les dépenses. Hélène Gagné s'apprête à lancer un nouveau livre sur la retraite : Ma retraite crie au secours. Elle y donne des conseils pour économiser sans changer son train de vie. Par exemple, vendre sa voiture, courir les soldes, recevoir à la maison, etc.


Mais l'élément le plus important du coût de vie est le logement, rappelle Yvon Rudolphe, courtier immobilier, évaluateur agréé et détenteur d'un certificat en planification financière. "Si un retraité ne peut pas augmenter ses revenus, il doit réduire ses dépenses. De ce point de vue, vendre sa maison maintenant pourrait être une décision logique", dit-il.


Yvon Rudolphe rappelle qu'une propriété n'est pas un placement. Le coût financier de cet actif est trop élevé. "À eux seuls, les frais d'entretien s'élèvent à 2 % de la valeur de la résidence. Et cela ne comprend pas les rénovations !" Ainsi, le propriétaire d'une maison de 350 000 dollars doit prévoir des dépenses d'entretien de 7 000 dollars par an.


Selon lui, le moment est propice pour évaluer l'utilité de la superficie qu'on occupe. "C'est le moment d'envisager de vivre dans une résidence plus petite", dit-il. Et pourquoi ne pas vendre sa résidence principale pour aller vivre dans son chalet? "On ne paie pas d'impôt sur le gain en capital réalisé sur la vente de sa résidence principale", rappelle Yvon Rudolphe.


Devrais-je retarder ma retraite ?


L'âge auquel on se retire a un impact déterminant sur notre bas de laine. Plus on retarde la retraite, plus notre capital sera important. C'est mathématique. Durant les années de travail supplémentaires, on continue à économiser. Et c'est autant d'années au cours desquelles on ne pige pas dans ses économies. Cela vaut pour la plupart des sources de revenu de retraite : la Régie des rentes du Québec, le régime complémentaire de retraite et le REER.


En 2008, par exemple, une personne qui commençait à encaisser sa rente de la RRQ à 60 ans avait droit à une rente mensuelle maximum de 7 430 dollars par an. Celui qui attendait l'âge de 65 ans avait droit, toujours en 2008, à une rente de 10 615 dollars par an.


Bien des gens, professionnels comme employés de bureau, devront envisager cette option. "Un sondage de notre clientèle révèle que 65 % des personnes estiment devoir retarder leur retraite d'environ six ans", dit Jean-Rémy Deschênes, responsable, Affaires, vice-présidence Gestion des avoirs chez Desjardins. Autres options : la retraite progressive ou le travail à temps partiel.


"Entre 60 et 65 ans, nos revenus sont à leur niveau le plus élevé. L'hypothèque est payée et les enfants sont partis. C'est le moment de maximiser ses contributions au REER, mais aussi d'engranger des économies hors REER", explique Hélène Gagné, qui milite pour le report de l'âge normal de la retraite à 67 ans.


Sans compter que d'ici cinq ans, vos actions auront eu le temps de reprendre du poil de la bête.


daniel.germain@transcontinental.ca


jeanfrancois.parent@transcontinental.ca


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