Mini-maisons: tout n'est pas rose

Publié le 13/05/2016 à 10:31

Mini-maisons: tout n'est pas rose

Publié le 13/05/2016 à 10:31

Mignonnes, mobiles et pas chères, les mini-maisons suscitent un fort engouement depuis qu’elles sont apparues au Québec ces dernières années. Mais, attention à bien peser le pour et le contre avant de se lancer!


Venues des États-Unis où elles ont vu le jour dans la foulée de crise immobilière de la fin des années 2000, les mini-maisons, aussi appelées micro-maisons, séduisent tous ceux qui rêvent de se libérer d’une hypothèque sur 20 ans et de vivre plus simplement.


Mesurant en moyenne entre 100 et 300 pieds carrés, elles sont souvent astucieusement aménagées pour compenser leur surface réduite.


Grâce à ces petites maisons sur roues, devenir propriétaire pour moins de 50 000 dollars est possible. Les plus manuels pourront construire eux-mêmes une mini-maison basique pour 20 000 dollars. Pour un modèle plus grand et livré clé en mains, il faut compter 50 ou 60 000 dollars.


Autant d’atouts qui expliquent l’enthousiasme qu’elles ont déclenché. Le premier festival des mini-maisons, qui s’est déroulé à Lantier en juillet dernier, a attiré 7 000 curieux, soit 7 fois plus de visiteurs que prévu.


Pourtant, si les mini-maisons offrent une alternative intéressante aux maisons conventionnelles, elles présentent tout de même des inconvénients majeurs. « Certains ne voient que les avantages des mini-maisons mais il faut rester réaliste », prévient Olivier Houle Roberge, qui est à la fois adepte et constructeur de ces habitations à travers son entreprise Nano Architecture.


Compliqué à long terme


Si les mini-maisons conviennent bien aux personnes seules, occuper moins de 300 pieds carrés à deux s’avère souvent plus facile en théorie qu’en pratique. « J’avais l’espoir d’y vivre avec ma famille, explique Olivier Houle Roberge, qui a quitté sa mini-maison pour prendre un appartement avec sa conjointe et leur enfant. Mais, le manque de place créait des frictions. On s’est rendus compte que l’on avait besoin d’avoir chacun un espace personnel ».


Souvent, la mini-maison constitue donc plus un passage qu’une solution à long terme, contrairement à l’acquisition d’une maison traditionnelle qui représente l’achat d’une vie. C’est ainsi que le voit Pascale Geoffroy, une célibataire de 32 ans qui a emménagé dans sa minimaison de 200 pieds carrés en septembre dernier. « Je ne me vois pas y fonder une famille, indique-t-elle. Quand j’aurai un conjoint, ma micro-maison deviendra un chalet ou un lieu pour les invités. »


Des contraintes réglementaires


Légalement, les mini-maisons sur roues sont assimilées à des roulottes. Or, la plupart des règlements municipaux interdisent de les occuper pendant toute l’année. Certaines villes tolèrent la présence des mini-maisons sur roues mais d’autres se montrent plus inflexibles.


Face à cette contrainte, certains propriétaires se cachent et d’autres remettent en question leur choix. « J’ai voulu obtenir l’accord de la municipalité mais c’est difficile, raconte Pascale Geoffroy, qui espère que les autorités vont changer d’avis. J’ai même songé à vendre ma micro-maison mais je me suis ravisée. »


Des prêts hypothécaires indisponibles


Si les mimi-maisons sont bien plus abordables qu’une résidence unifamiliale, elles ne peuvent être financées grâce à une hypothèque. « Les taux d’intérêt sont bas alors les banques ne sont pas intéressées à prêter si le montant est peu élevé », explique Idriss Bouhmouch, directeur du développement des affaires et des opérations pour le Québec de Ratehub.ca. Ayant reçu des questions concernant les mini-maisons de la part d’utilisateurs, il s’est penché sur la question sur le blogue de ce comparateur de taux hypothécaires et de cartes de crédit.


Pour financer l’achat d’une minimaison, ceux qui ne disposent pas des fonds nécessaires doivent donc se tourner vers des options plus coûteuses comme une marge de crédit ou un prêt personnel, dont les taux dépassent les 10% alors que les taux hypothécaires tournent autour de 2 à 3%.


C’est ce qu’a dû faire Pascale Geoffroy pour rassembler les 28 000 dollars que lui a coûté sa minimaison. « Le financement a été stressant car la banque ne voulait pas m’octroyer un prêt de 30 000 dollars vu que je me lançais comme travailleuse autonome en parallèle, dit-elle. J’ai fini par obtenir 5 000 dollars à un taux de 11%, un emprunt de 10 000 dollars d’un membre de ma famille et à utiliser une marge de crédit, mes économies et une carte de crédit pour financer le reste. »


Pas de prise de valeur


Autre différence avec une maison traditionnelle : sa valeur patrimoniale.


« C’est une solution pour se loger mais ce n’est pas un investissement », avertit Idriss Bouhmouch. Un avis que partage Olivier Houle Roberge. «Comme un véhicule, elle perd de sa valeur avec le temps. Ce n’est pas un investissement au même titre qu’une maison construite sur un terrain. ».


En effet, la valeur d’une propriété réside dans le bâtiment elle-même mais surtout dans le terrain.


De plus, si la minimaison en elle-même a une bonne durée de vie, la remorque sur laquelle elle est installée peut rouiller et se détériorer avec le temps.


Et, les minimaisons ne se revendent pas comme des maisons ou des condos. « Le marché québécois des minimaisons est encore émergent alors elles sont difficiles à revendre », souligne Olivier Houle Roberge.


 

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