Traiter l'eau du robinet: à quel prix?

Publié le 11/09/2017 à 09:00

Traiter l'eau du robinet: à quel prix?

Publié le 11/09/2017 à 09:00

Le traitement à domicile de l’eau potable est de plus en plus populaire au Québec. Mais attention à ne pas noyer votre budget dans un verre d’eau pour rien.


En 2015, un ménage canadien sur deux traitait l’eau du robinet, selon des données récentes de Statistique Canada. Au Québec, 39% des citoyens dont l’eau était fournie par la municipalité – par opposition à ceux dont l’eau provient d’un puits artésien – la filtrait avant consommation. C’est 8% de plus qu’en 2007.


Vaut-il la peine de traiter l’eau du robinet lorsqu’elle est fournie par la municipalité ? Professeur à Polytechnique Montréal et titulaire de la Chaire industrielle CRSNG en eau potable, Benoit Barbeau précise d’entrée de jeu que l’eau potable fournie par les municipalités québécoises respecte la réglementation. En d’autres mots, vous pouvez la boire sans craindre pour votre santé.


Trois facteurs peuvent affecter la qualité de l’eau, poursuit-il : le risque microbiologique (contamination par une bactérie, par exemple), le risque chimique et les attributs esthétiques, soit le goût et l’odeur. Partout au Québec, le traitement de l’eau par les municipalités élimine en très grande partie les deux premiers risques, dit le chercheur.


«Le risque zéro n’existe pas. Mais vu les progrès en chimie analytique, par exemple, l’exposition à des produits comme les pesticides est très faible, pour ne pas dire homéopathique. Contrairement à l’idée populaire, le risque microbiologique est peut-être un peu plus élevé [que le risque chimique] car on s’aperçoit que certains parasites comme le cryptosporidium ou le virus de l’hépathite C deviennent plus coriaces.»


Comment traiter ?


Il existe divers systèmes domestiques de filtration de l’eau potable : pichet au filtre au charbon – de type Brita – qu’on range au réfrigérateur, filtres fixés sur le robinet ou sous l’évier, systèmes centralisés installés près de l’arrivée d’eau. Les prix varient de 50$ par an… à près de 15 000$. Or, aucun système n’éliminera à la fois les risques microbiologiques et chimiques, explique Benoit Barbeau. 


Le système le plus performant, selon lui ? Le procédé d’osmose inverse. «La membrane de filtration est tellement performante qu’elle donne une eau très pure. Par contre, elle enlève aussi tous les minéraux dont le corps a besoin, et c’est un système très agressif sur la tuyauterie en cuivre.» Son coût varie de 300$ à 400$, avant installation et sans tenir compte des coûts annuels d’entretien. «Ça fait du maudit bon café mais acheter un tel système équivaut à sortir le gros canon pour rien», dit Benoît Barbeau.


De gros canons, les vendeurs de «purificateurs» d’eau centralisés en proposent toute une panoplie. Méfiez-vous de certaines tactiques de vente, prévient le chercheur, chez qui un vendeur s’est déjà présenté pour effectuer un test de qualité de l’eau. «Il a ajouté un produit qui augmente le pH de l’eau et la transforme en boue bûnatre, alors qu’elle était parfaitement potable…» D’ailleurs, avant de signer un contrat, faites effectuer une analyse de l’eau par un laboratoire reconnu par le ministère du Développement durable, suggère l’Office de protection du consommateur.


Quant aux adoucisseurs d’eau, ils sont loin d’être essentiels lorsque l’eau est fournie par la municipalité. «À mon avis, c’est une arnaque», croit le chercheur.


Militer pour une meilleure qualité de l’eau


«Le cœur de cette industrie, c’est de jouer sur la peur en suggérant aux gens qu’ils vont s’empoisonner en buvant l’eau du robinet», ajoute Martine Châtelain, porte-parole d’Eau Secours. Selon elle, le traitement primaire de l’eau est bien encadré au Québec, comme le prouve la diffusion d’avis d’ébullition de l’eau lorsque nécessaire. Toutefois, «on ne protège pas suffisamment nos sources d’eau potable au Québec», dit-elle. L’organisme, qui milite en faveur de l’adoption de normes et de traitements plus stricts, invite tout de même les consommateurs à boire l’eau du robinet «tout en militant collectivement afin que la qualité de l’eau soit la meilleure possible.» 


Si vous tenez à traiter votre eau, le bon vieux pichet à eau muni d’un filtre à charbon – de type Brita –, demeure un moyen fiable d’améliorer le goût et l’odeur de l’eau tout en éliminant éventuellement certains dérivés du chlore, estime Benoit Barbeau. À condition, bien sûr, d’acheter des filtres dûment certifiés – cherchez le logo de NSF international –


et de les changer régulièrement. C’est d’ailleurs le système que le chercheur privilégie à la maison… même si ça ne l’empêche pas de boire de l’eau du robinet !


 

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