Et si la Banque du Canada relevait son taux à 3%?

Publié le 05/09/2017 à 12:11

Et si la Banque du Canada relevait son taux à 3%?

Publié le 05/09/2017 à 12:11

Par Yannick Clérouin

Photo: 123rf.com

Seriez-vous en sérieuses difficultés financières si la Banque du Canada relevait son taux directeur de 0,25% cinq fois de suite ou le faisait revenir à son niveau neutre de 3% d'ici deux ans?


Ce scénario vous apparaîtra peu probable de se réaliser, mais il est sain d’évaluer les conséquences qu’il pourrait avoir sur votre situation financière, car il n’est pas totalement impossible.


La banque centrale a déjà relevé son taux directeur une fois en juillet à 0,75% et devrait selon les économistes resserrer les conditions de crédit une deuxième fois cette année, ce mercredi ou lors de sa réunion d’octobre.


Il est plus compliqué de prévoir la suite en raison de nombreux facteurs qui peuvent influencer la politique monétaire de la Banque du Canada, dont la vigueur du dollar canadien. Un huard trop fort nuit aux exportations.


Cela dit, l’économie canadienne croît à un rythme si élevé et les consommateurs canadiens continuent de s’endetter à un rythme si rapide que les autorités monétaires n’ont d’autres choix que de ramener les taux à un niveau moins accommodant pour éviter une surchauffe néfaste. Le taux neutre de la Banque du Canada est de 3%, soit 2,25% de plus que son niveau actuel.


C’est dans ce contexte que Desjardins études économiques analyse la vulnérabilité des ménages québécois au resserrement des conditions de crédit.


Comme l’expliquait la semaine dernière l’économiste Hélène Bégin, l’endettement record des ménages québécois n’a pas été une source d’inquiétude ces dernières années, parce que les faibles taux ont fait en sorte que le poids des paiements d’intérêts assumés par les consommateurs n’a jamais atteint une proportion aussi mince de leurs revenus.


Si la capacité de remboursement des ménages de la province est demeurée stable entre 2000 et 2016, le contexte pourrait changer maintenant que nous entrons dans une phase se resserrement des conditions de crédit.


Pour Hélène Bégin, la situation est «préoccupante», puisque la remontée des taux d’intérêt qui a débuté en juillet devrait «entraîner une détérioration graduelle de la situation financière de plusieurs ménages endettés».


Au Québec, on estime que 70% des ménages, soit plus de deux millions de foyers, seraient touchés à divers degrés par une augmentation des coûts d’emprunt.


M. Bégin a jonglé avec différents scénarios de hausse de taux. Le premier est une projection de base où les taux monteraient à 2% d’ici deux ans pour redescendre à 1,25% dans cinq ans.


Les deux autres simulations reposent sur des majorations de taux plus importantes. Qu’arriverait-il si le taux directeur de la banque centrale revenait à son niveau neutre de 3% ou pire, s’il montait à 5%, comme cela a été le cas au début des années 2000?


Évolution du taux directeur. Graphique: Desjardins.

Entre 20000 et 40000 ménages de plus basculeraient dans la zone critique où la capacité de remboursement des emprunts les rend vulnérables, prévoit Mme Bégin.


Celle-ci se base sur le ratio du service de la dette pour évaluer la capacité des ménages à payer leurs dettes. Cet indicateur tient compte de la valeur des emprunts, des taux d’intérêt et des revenus des ménages. Selon la Banque du Canada, les ménages dont le ratio du service de la dette dépasse le seuil critique de 40% sont considérés comme vulnérables.


Plus sensibles à la variation des taux d’intérêt


Si la capacité de remboursement des Québécois est demeurée stable dans les dernières années malgré le bond des prix de l’immobilier, il y a un facteur qui risque d’avoir un effet plus aggravant que par le passé: l’explosion des produits à crédit variable.


Les prêts hypothécaires assortis d’un taux variable ont gagné en importance et accaparent désormais 30% du marché, souligne Mme Bégin.


Et que dire des populaires marges de crédit hypothécaires?


Pour l’ensemble des prêts(hypothécaires et à la consommation), le proportion à taux variable est supérieure à 30% alors qu’elle se situait autour de 10% il y a 15 ans.


Ce sont ceux qui ont une marge de crédit personnelle ou une hypothèque à taux variable qui seraient évidemment les premiers touchés par les hausses du taux directeur de la Banque du Canada. L’effet serait plus graduel pour ceux qui ont privilégié les produits à taux fixe.


Le message à retenir de l’étude de Desjardins? Il est temps de réévaluer sa situation et d’en profiter pour assainir son bilan financier afin d’éviter de se placer dans la catégorie des emprunteurs vulnérables à un possible choc des taux d’intérêt.


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