Prêts sur salaire: un piège en eaux troubles

Publié le 07/11/2017 à 08:08

Prêts sur salaire: un piège en eaux troubles

Publié le 07/11/2017 à 08:08

Par Nafi Alibert

Accessibles en un clic, les prêts sur salaire ont plus que doublé ces dernières années au Canada, sans que les emprunteurs soupçonnent nécessairement les frais réels qui se cachent derrière ces offres un peu trop alléchantes.


4 h du matin. Cette nuit Viviane n’arrive pas à fermer l’œil. Préoccupée par ses soucis financiers, elle tape sur internet « argent rapide », et clique sur le premier lien qui apparaît à son écran et qui lui propose : « Un Prêt de 750 $ approuvé en une heure ça vous intéresse? ».


À peine arrivée sur le site, « ding! » Une fenêtre d’assistance à la clientèle s’ouvre : « Bienvenue sur prêtArgentRapide.ca! Un agent est en ligne pour vous aider. »


L’exemple est fictif, mais c’est ainsi que « de nombreux Québécois embarquent dans un processus qui profite de leur vulnérabilité, sans même qu’ils aient pris le temps de peser le pour et le contre », déplore Josiane Fréchette.


L’avocate, qui est aussi conseillère budgétaire et juridique à Option Consommateurs, partage les conclusions de l’enquête de terrain qu’elle a menée l’hiver dernier sur les prêts à taux d’intérêt élevés dont les prêts sur salaire font partie.


Au Québec, tout prêteur, autre qu’une banque ou une institution financière, doit détenir un permis de l’Office de la Protection du consommateur (OPC). Cela implique qu’il ne prête pas à un taux supérieur à 35 % par an. « Mais dans les faits, certains prêteurs, qui se cachent bien souvent de faire du prêt sur salaire, sont très créatifs pour détourner la réglementation », soutient-elle.


Une pomme empoisonnée


Offerts par des prêteurs non traditionnels, ces petits prêts d’un maximum de 1500 $ s’étalent sur de courtes échéances. Leurs remboursements sont prélevés sur le compte de l’emprunteur le jour de réception de la paye, taux d’intérêt et les frais de courtage en sus.


« En moyenne les montants empruntés s’élèvent à 700 $ et sont assortis d’un taux d’intérêt annuel de 28 % », constate Mme Fréchette. « Le problème concerne davantage les frais de courtage et les pratiques de ces prêteurs qui divisent en fait leurs contrats de prêt sur salaire en deux », poursuit-elle.


Explications : le premier contrat est signé avec le courtier en prêt, donc les compagnies avec qui les prêteurs font affaire. « Elles chargent souvent des frais de courtages fixes qui sont en moyenne de 300 $ », observe Mme Fréchette.


Un deuxième contrat est indirectement conclu avec le prêteur d’argent en tant tel. D’après les vérifications de Mme Fréchette, tous les prêteurs sondés avaient un permis de l’OPC mais, « si on réunit le taux d’intérêt chargé à 28 % sur les montants empruntés et les frais de courtage, on atteint un crédit à un taux d’intérêt annuel de 300 % », calcule l’avocate, soit près de 10 fois le taux prévu dans la province.


Tous avaient pied-à-terre au Québec. « Les gens qui se plaignent auprès de notre organisation viennent tous des mêmes prêteurs de la région de Granby et de Yamaska où il semble y avoir une clique de compagnies qui utilisent les mêmes stratagèmes pour échapper à la réglementation », précise Mme Fréchette pour parler de ces prêteurs dont on retrouve les publicités dans le métro de Montréal ou qui apparaissent en premier dans les résultats de recherche de Google. 


Quand l’herbe est moins verte à côté


Cette présence en ligne étend la portée de ces prêteurs au-delà de nos frontières, et inversement, elle expose également les consommateurs québécois à des prêts similaires offerts dans d’autres provinces, où les taux sont encore plus exorbitants.


« En Ontario on ne parle pas de taux d’intérêt, mais de frais de 18 $ par tranche de 100 $ empruntés pour deux semaines, soit l’équivalent d’environ 400% d’intérêt annuel », se désole Gisèle Bouvier, membre du Conseil national de ACORN, une association qui lutte contre les prêts abusifs depuis plus de 10 ans.


Ailleurs, ces frais grimpent jusqu’à 25 $. « Ils servent à absorber les défauts de paiement qui ont été incorporés à ce modèle d’affaire », affirme Pedro Antunes, économiste en chef adjoint au Conference Board du Canada. « Si ces prêts peuvent dépanner, c’est aussi une des façons les plus risquées d’emprunter et il ne faut y recourir qu’en cas d’urgence », conclut-il.


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Combien coûte un prêt de 300 $ sur 14 jours?


-Une marge de crédit : 5,81 $


-Un découvert sur un compte bancaire : 7,19 $


-Une avance de fonds sur carte de crédit : 7,42 $


-Un prêt sur salaire : 63 $


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Du simple au double


Moins de 2% des Canadiens avaient recours au prêt sur salaire en 2009, contre 4,3% en 2014.


Source : Agence de la consommation en matière financière du Canada.


 


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