La viande qui saigne notre budget

Publié le 17/08/2017 à 13:03

La viande qui saigne notre budget

Publié le 17/08/2017 à 13:03

Par Nafi Alibert

Matthieu est chef cuisinier dans un restaurant montréalais, et sa famille en est la preuve vivante. Dans ce foyer où il y a 5 bouches à nourrir, voilà près de 4 ans que la viande ne s’invite plus dans les assiettes qu’une fois par semaine.


Depuis que cette famille d’Outremont a « drastiquement » réduit sa consommation de viande, elle estime économiser entre 100 et 150 $ par mois.


« De temps en temps, on a envie de viande et on en mange, mais de la bonne et qui coute donc très cher », explique celui qui a pris conscience du coût de la viande pour ses finances certes, mais aussi pour l’environnement.


La viande, un produit de luxe?


Le prix de la viande rouge s’est envolé ces dernières années; certaines ont presque doublé comme le bœuf haché régulier (7 $/kg en 2010 contre plus de 12 $/kg aujourd’hui).


«Nous pouvons pratiquement nourrir 4 personnes avec des œufs pour ce qu’il en coute de donner une portion de contre-filet de bœuf!», observe Pascal Thériault, agronome et économiste à l’Université McGill.


Mais, faire changer les habitudes alimentaires de toute une famille peut demander un temps d’adaptation, « on peut donc commencer par se tourner vers d’autres viandes comme le porc ou le poulet dont le prix est quasiment le même qu’en 2010 », suggère M. Thériault.


Autre alternative : le poisson en conserve comme le thon ou le saumon qui se sont maintenus à des niveaux de prix très raisonnable. 


Trancher dans le lard


C’est ce que la famille de Matthieu a fait en réduisant sa consommation de viande à l’équivalent d’une poitrine de poulet par personne et par semaine.


Pois chiche, quinoa, lentilles, tofu, boulgour… «Aujourd’hui, notre apport protéiné provient principalement des légumineuses, des produits à base de soja et des céréales», précise Matthieu.


Le Guide alimentaire canadien recommande de manger 2 à 3 portions de viande ET substituts par jour. Une portion équivaut à 75 g de viande (une cuisse de poulet), et il suffit de consommer 2 œufs, ¾ de tasse de tofu, lentilles, humus ou 2 cuillères à table de beurre d’arachide pour combler cet apport.


Un steak de 10 onces (283 g) couvre donc nos besoins en viande pour presque 2 jours.


«Notre consommation de viande est trop élevée», prévient Julie Perron, nutritionniste et chercheuse à l’Université Laval, avant de rappeler que la viande rouge est associée à certains problèmes cardio-vasculaires et que les viandes transformées sont considérées comme cancérigènes par l’OMS depuis 2015.


Du simple au double


Pour mieux apprécier les économies qu’une famille de carnivores pourrait réaliser en mangeant moins de viande, nous nous sommes prêtés à un petit exercice à l’aide des prix moyens des denrées compilés par le Dispensaire diététique de Montréal et l’expertise de Mme Perron.


Le Dispensaire évalue à 11,74 $/kg le prix moyen de la viande (bœuf, porc, poulet et viandes transformées), et à 4,87 $ celui de légumineuses. Déjà l’écart de prix est frappant.


Mme Perron estime qu’une famille peut dépenser 65 $ par semaine en viande (200 g x 4 personnes x 7 jours x 11.74 $/kg) soit plus de 3400 $ par année.


«Ce type de famille aurait pu épargner 1000 $ par année en remplaçant juste la moitié de sa consommation de viande par des légumineuses, calcule Mme Perron, une économie qui aurait frôlé les 2000 $, si elle avait renoncé complètement aux produits carnés».


Pour la nutritionniste, toutes les légumineuses représentent d’ailleurs une avenue intéressante, «elles s’intègrent bien au repas que ce soit en mijoté, en salade ou en croquette, l’idée est de les varier et si on n’est pas habitué à en cuisiner, on peut toujours commencer par les légumineuses en conserve», termine-t-elle.


 


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