À quand la fin du chèque personnel?

Publié le 13/11/2015 à 09:26

À quand la fin du chèque personnel?

Publié le 13/11/2015 à 09:26

Par Véronique Champagne

Alors que les façons de transiter de l’argent se multiplient depuis les dernières années, les chèques, qui circulent de main en main depuis plus de 350 ans, ont-ils encore un avenir ?


Sue Hutchison, vice-présidente senior des solutions de paiement à D+H, le plus grand fournisseur de chèques au Canada, a bien entendu constaté le déclin du marché des chèques dans la dernière décennie. Le produit vache à lait de la multinationale depuis deux siècles compte désormais pour moins de 20 % de ses revenus, remplacé par des solutions de paiement plus innovantes qu’elle commercialise à l’international. La vice-présidente pense que les chèques feront toutefois toujours partie du portfolio de l’entreprise pour au moins la prochaine décennie.


« On paie bien encore avec de l’argent comptant, dit Sue Hutchison. Les chèques papier ne sont peut-être pas efficaces, mais ils sont encore considérés comme utiles pour bien des consommateurs et des entreprises. On respecte leur choix. »


Pourquoi les chèques ?


Sans aucun doute, c’est par habitude d’abord que particuliers et entreprises choisissent encore de s’échanger des chèques. La valeur sentimentale de la note écrite comme promesse de paiement joue aussi dans la balance, selon Sue Hutchison. Le papier signé est-il inscrit dans nos mœurs ?


Thomas-Louis Lafleur, CPA et CMA chez LCLT, une firme qui fait une comptabilité « sans papier » (et donc sans chèque) est lui aussi témoin dans sa pratique du sentiment de sécurité qu’ont les gens lorsqu’ils ont un bout de papier en main. Selon le comptable, les utilisateurs ne saisissent pas cependant les frais directs et indirects associés à l’utilisation des chèques, dont la facture nationale grimpe à plus de 1,5 milliard annuellement pour les entreprises canadiennes. Lorsqu’on le leur apprend, leur capital de sympathie envers l’artefact diminue…


Fait étonnant : la lenteur de la transaction par chèque est un de ses principaux atouts. « Les quelques jours qu’on gagne en émettant un chèque jouent encore un rôle positif dans le fonds de roulement de certaines entreprises », ajoute M. Lafleur. Comme quoi la formule classique « le chèque est dans la malle » est toujours d’actualité…


Les solutions de rechange au chèque


Surtout, il n’existe pas une solution de transfert de fonds entre particuliers ou entre entreprises qui fait l’unanimité. La solution de Virement Interac est sans contredit la plus populaire, ayant été adoptée massivement par les banques dans les dernières années, mais elle demeure assez dispendieuse, de 1 $ à 1,50 $ par virement en moyenne.


Quant aux solutions de paiement alternatives, elles sont nombreuses – Payso, Paypal, Venmo, Square Cash, Google Wallet… –, chacune imposant des exigences particulières, par exemple la nécessité d’ouvrir un compte, de connaître les coordonnées bancaires du récipiendaire ou de payer un frais de commission élevé, ce qui complique leur adoption à grande échelle. Bref, une jungle qui nuit à la démocratisation d’une solution.


« Un jour, lorsqu’une entreprise tierce saisira ce marché avec une vraie solution innovante et abordable, les banques n’auront plus le choix d’emboîter le pas et de travailler de concert », croit Thomas-Louis Lafleur. Selon lui, si on se fie au bouillonnement technologique dont on est témoin depuis les deux dernières années, ce jour arriverait dans moins de cinq ans.


La technologie au service des chèques?


Sue Hutchison est d’avis que la technologie remplacera peut-être éventuellement les chèques papier, mais que, pour l’instant, elle est en fait en partie responsable de leur plus longue espérance de vie.


« La numérisation du chèque papier rend son utilisation plus pratique. Aujourd’hui, il est possible de prendre une photo d’un chèque pour le déposer simplement dans son compte », donne-t-elle en exemple.


Cette pratique adoptée par les banques canadiennes depuis un peu plus d’un an est chose courante depuis des années au sud de la frontière. Vous n’en avez jamais entendu parler ? C’est peut-être parce que bien des banques préfèrent pour l’instant garder l’utilisation de cette technologie à l’interne plutôt que de la proposer aux consommateurs…


À quand la fin des chèques personnels ? La véritable question serait plutôt celle-ci : à quand l’arrivée d’une solution de rechange pratique qui viendra brasser les vieilles façons de faire ? Car si la vieille tante tient à remettre au petit-fils un chèque à Noël, grand bien lui fasse !


 

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