La nouvelle bête noire des compagnies d'assurance

Offert par Les affaires plus

Publié le 01/10/2015 à 12:00

La nouvelle bête noire des compagnies d'assurance

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Publié le 01/10/2015 à 12:00

Grêle, vents violents, pluies torrentielles, tornades, hivers rigoureux : à la suite des changements climatiques - un réchauffement chiffré à 2 Celsius depuis 1940 au Canada -, mère Nature n'a jamais été aussi colérique.


Au Québec, les inondations sont les catastrophes naturelles les plus fréquentes. Entre 1900 et 2005, le Québec a connu 27 inondations qualifiées de «catastrophiques». On se souvient tous des images des inondations au Saguenay, en 1996, ou plus récemment, de celles qui ont détruit plusieurs propriétés riveraines en Montérégie.


La fréquence et la sévérité des récents événements montrent qu'il s'agit d'une réalité «qui ne fait que commencer», a dit Charles Brindamour, chef de la direction d'Intact Corporation financière, dans une allocution prononcée lors de la Journée de l'assurance de dommages, tenue au printemps dernier. «Des événements habituellement rares se produisent à des fréquences de cinq à huit fois plus élevées que par le passé», a-t-il aussi mentionné. 


Selon ses projections, les journées de précipitations abondantes - soit des journées où il tombe plus de dix millimètres de pluie - devraient augmenter de 40 % d'ici 2050, et les épisodes de pluie verglaçante qui s'étirent sur plus de six heures, de 80 %. 


Des conséquences coûteuses


Or, quand on sait que les compagnies d'assurance canadiennes n'offrent aucune protection contre les inondations dues à des débordements de cours d'eau, ces catastrophes ont-elles de si grandes répercussions sur leurs finances ? Plutôt, oui.


«Les pluies torrentielles ou les tempêtes entraînent un lot de conséquences qui dépassent la hauteur des cours d'eau, notamment des infiltrations d'eau au sol ou au toit», cite en exemple Line Crevier du Bureau d'assurance du Canada (BAC).


On estime d'ailleurs que 50 % de chaque dollar versé aujourd'hui en indemnités sert à dédommager des dégâts d'eau. Au Québec seulement, cette dépense annuelle se chiffre actuellement autour de 500 millions de dollars. Et si on se fie aux prévisions météorologiques à venir dans les prochaines décennies, les compagnies d'assurance n'ont pas fini de se mouiller...


La météo, les municipalités et les maisons


Qui plus est, la nature n'est pas la seule à blâmer. Les maisons et les municipalités ne sont ni bien protégées ni préparées. Selon le BAC, la défaillance des infrastructures municipales serait à l'origine de 60 % des dommages causés par l'eau. Une situation que montrait d'ailleurs du doigt Charles Brindamour, qui qualifiait leur état de «piteux», et de «vétuste».


Un rapport du Dr Blair Feltmate, de la Faculté de l'Environnement de l'Université de Waterloo, publié en mai dernier, évaluait que l'état de préparation des villes aux inondations allait dans le même sens. Une note de B- a été accordée à Montréal et à Toronto... et la ville de Québec a reçu un C-.


Cela dit, non seulement les dégâts d'eau sont plus fréquents, mais ils causent des dégâts plus importants. En effet, comme les gens «habitent» de plus en plus leur sous-sol, son aménagement a un impact considérable sur la valeur des indemnisations. Ce ne sont plus des sous-sols bric-à-brac qui sont inondés, mais des logements entiers, des cinémas maison, des équipements de conditionnement physique...


Les avenants en cas de dégât d'eau


La situation n'est pas vraiment nouvelle. Plutôt, elle se détériore. Déjà, en 2009, l'industrie de l'assurance avait réagi :


«Avant, à l'exception de ceux liés à un débordement de cours d'eau, tous les dégâts d'eau étaient couverts par une police habitation générale, dit Line Crevier. Réagissant à la croissance en valeur et en fréquence des réclamations pour dégâts d'eau, les compagnies d'assurance ont alors choisi de scinder la couverture en deux avenants : les dégâts d'eau au-dessus du sol et les dégâts d'eau au-dessous du sol.»


Le libellé de ces avenants est assez explicite : chaque couverture se limite maintenant à un problème bien précis, qui a des facteurs de risque différents.


«Rappelons que les compagnies d'assurance assurent des événements imprévisibles et accidentels. Si un propriétaire a des refoulements d'eau chaque année à cause de la mauvaise qualité des infrastructures de sa municipalité, par exemple, ce n'est plus une situation exceptionnelle. Au moins, grâce à la séparation de la couverture, il est possible de continuer à lui offrir une protection pour les dégâts d'eau au-dessus du sol», explique Line Crevier. 


Devant une problématique qui prend de l'ampleur, et la pluie de réclamations qui en résultera, les compagnies d'assurance devront-elles récidiver en revoyant leurs couvertures au cours des prochaines années ?


«Il n'y a pas de nouvelles modifications en vue», affirme Line Crevier. «Les compagnies d'assurance valoriseront plutôt les mesures préventives», ajoute-t-elle.


Bien entendu, c'est aux municipalités et aux propriétaires d'habitation que ces mesures incombent. Aucun représentant en assurance n'ira chez vous évaluer vos habitudes de recyclage afin de chiffrer votre apport à la problématique du réchauffement climatique... Les compagnies d'assurance seront plus sensibles, par exemple, à l'installation d'un clapet dans un sous-sol pour limiter les risques d'un refoulement. Des actions concrètes qui se traduisent par des économies réparties entre tous les intervenants. Lors de la Journée de l'assurance de dommages, en mars 2014, Sylvie Paquette, chef de l'exploitation de Desjardins Groupe d'assurances générales, considérait aussi comme essentielle la responsabilisation des consommateurs au maintien de protections abordables. Selon elle, cela passe par le partage et la réduction des risques.


Hélas, diront certains, le fléau des inondations et des changements climatiques, bien que dramatique, est désormais une réalité avec laquelle nous devons tous composer. À nous de bien nous protéger au quotidien d'abord, pour que les compagnies d'assurance puissent se concentrer sur le «vrai risque»... Soit l'exception.


LES ASSUREURS DES ASSUREURS


En 2014, les catastrophes naturelles ont causé 110 milliards de dollars américains de dommages dans le monde, engendrant une somme totale de réclamations payées par les compagnies d'assurance de l'ordre de 35 milliards de dollars. En Amérique du Nord seulement, la valeur des dommages assurés s'est élevée à 17,5 milliards de dollars.


Cette somme astronomique représente un risque que même les compagnies d'assurance ne sont pas prêtes à courir. Leur solution ? La même que celle des particuliers : s'assurer. Bienvenue dans le monde des réassureurs.


C'est en Allemagne, à la fin du 19e siècle, que la première compagnie de réassurance voit le jour. La Kölnische Rück a été fondée pour répondre aux besoins des sociétés d'assurance qui peinaient de plus en plus à satisfaire les demandes de dédommagement croissantes de leurs clients industriels. Le principe est le même aujourd'hui : le réassureur assume un risque exceptionnel, par exemple le risque associé à un tremblement de terre, en échange d'une compensation. La valeur de celle-ci varie selon le risque encouru, et dans le cas des réassureurs, la facture finale dépasse souvent un milliard de dollars par réclamation.


Comme les réassureurs entrent en jeu quand l'échine des compagnies d'assurance commence à plier, on devine que ces compagnies doivent avoir les reins solides. Le chiffre d'affaires de Munich Re, la firme de réassurance la plus importante du monde, était de 48,8 milliards de dollars en 2014. Une somme en théorie suffisante pour régler tous les dommages assurés dans le monde.


Cela dit, Munich Re et les autres compagnies de réassurance parviennent à dédommager les compagnies d'assurance et à régler leurs indemnités onéreuses pour des catastrophes naturelles en diversifiant leurs activités à l'international, réduisant du coup le risque. Parce que si les malheurs n'arrivent pas seuls, ils n'arrivent pas non plus partout ni en même temps.

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