­Achèterez-vous votre assurance vie en ligne ?

Offert par Les affaires plus


Édition de Mai 2018

­Achèterez-vous votre assurance vie en ligne ?

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Édition de Mai 2018

On peut assurer sa vie par Internet, sans l’aide d’un intermédiaire. L'offre dans le domaine s'apprête à exploser. Est-ce que ce mode de distribution pourra mieux répondre aux besoins du client ? Oui, selon certains. D'autres en doutent.


Complet brun, chemise blanche et cravate assortie. Un conseiller en sécurité financière fait son entrée dans la résidence familiale de mes parents, trimballant une valise de cuir noir remplie de formulaires. Son mentor — un directeur des ventes — s’installe aussi à la table, échangeant les politesses d’usage avec mon père. Mais en cette chaude journée de 1996, du haut de mes 18 ans, le client, c’est moi ! Deux professionnels se sont déplacés pour me recommander de souscrire un contrat d’assurance vie.


Les temps ont bien changé depuis. Il n’est plus nécessaire de voir débarquer chez soi un conseiller pour souscrire une telle assurance. Grâce à de nouvelles plateformes en ligne, on peut très bien se débrouiller seul. Des voix s’élèvent cependant pour souligner les risques d’une telle pratique : peut-on acheter les bons produits sans l’aide d’un conseiller ?


Feu vert à la vente en ligne


L’industrie de l’assurance est à la traîne. Si l’investisseur autonome peut depuis longtemps négocier des actions et des produits dérivés complexes avec l’aide d’un téléphone intelligent, il était jusqu’à récemment plutôt limité dans la possibilité de magasiner un produit d’assurance de personnes sur Internet.


C’est que la plupart des compagnies hésitent. Elles se butent depuis des années à un brouillard législatif, un flou qui sera bientôt levé. Il faut savoir que la Loi sur les assurances et la Loi sur la distribution de produits et services financiers, qui régissent l’industrie, n’avaient pas été révisées en profondeur depuis 1974 et 1998, soit bien avant l’explosion du commerce en ligne, et même avant Internet. C’est tout dire sur leur désuétude.


Or le projet de loi 141, qui encadrera la distribution des produits d'assurance sur Internet, en est aux dernières étapes de son long cheminement dans le processus législatif. Au moment où vous lirez ces lignes, il pourrait déjà avoir force de loi.


L’avantage, pour l’assureur, est de développer un nouveau marché, d’attirer des clients qui, normalement, sont rebutés par le réseau de distribution traditionnel.


Les compagnies d’assurance, qui réclament depuis des années ces changements, applaudissent. Les intermédiaires, qui pourraient voir s’envoler une partie de leurs affaires, s’y opposent au nom de la protection des assurés. Entre les deux, des intervenants moins intéressés réclament plus de protection pour les consommateurs.


Pour Ian Sénéchal, président du cabinet VotreConseiller.net, le nouveau mode de distribution pose certes quelques risques pour le consommateur, mais il apporte avec lui un vent de fraîcheur sur une industrie qui en avait bien besoin. La vente en ligne pourrait débarrasser le marché des conseillers qui ne procurent aucune valeur ajoutée. « Les meilleurs conseillers, à l’écoute de leurs clients, et qui placent l’intérêt de ceux-ci avant les leurs, continueront d’avoir du succès », pense le coauteur du livre intitulé D’endetté à millionnaire.


Les assureurs n’ont pas attendu l’arrivée d’une nouvelle loi pour se lancer dans le commerce en ligne. Le consommateur peut acheter sur Internet des produits d’assurance vie temporaire sans recevoir un conseiller chez lui. Mais à l’approche de la réforme législative, l’offre se développe.


Le site de la société Empire Vie propose depuis juin 2015 des produits d’assurance vie temporaire conçus pour la vente en ligne, sans l’intervention d’un intermédiaire. Les consommateurs peuvent ainsi estimer le montant de couverture dont ils ont besoin, obtenir une soumission et acheter le produit convoité directement à partir de leur écran.


La plateforme virtuelle de la Financière Sun Life, baptisée Go Sun Life, permet depuis août dernier aux consommateurs de choisir parmi quelques options une protection d’assurance vie temporaire. La tarification est établie selon l’âge et la quantité de renseignements médicaux que le client aura décidé de partager avec l’assureur.


Il suffit de répondre à quelques questions pour évaluer le capital-décès nécessaire. En faisant le test, j’ai appris qu’une couverture additionnelle de 196 145 dollars était souhaitable pour consolider ma planification successorale. « Le coût de cette couverture peut varier entre 25 et 27 dollars par mois, en fonction de votre état de santé, de votre âge et de votre style de vie », indique la soumission obtenue. Le processus menant à l’achat d’une police dure une vingtaine de minutes. On est loin de l’époque où mon père voulait m’assurer !


La plateforme de Karma Assurance, quant à elle, permet au consommateur d'entreprendre le processus en ligne et de terminer la phase d’achat du produit d’assurance — vie, invalidité et assurance maladies graves (AMG), notamment — à l’aide d’un conseiller certifié. Celui-ci a le mandat de communiquer avec l’assuré pour mettre au point, par le partage d’un écran virtuel, la proposition d’assurance électronique. « Nous sommes très satisfaits de la réponse du consommateur. Il y a définitivement une demande pour l’achat en ligne », confirme la cofondatrice de l’entreprise, Isabelle Bouchard.


C’est ce dernier modèle qui répondrait le mieux aux réticences d’Option consommateurs. L’organisme considère que le cadre du projet de loi 141 qui permet la vente d’assurances par Internet doit être renforcé afin de protéger l’acheteur. Il prône plutôt l’adoption d’un modèle hybride, basé sur la souscription en ligne combinée à l’expertise d’un représentant certifié.


Avant de vous lancer…


Le magasinage d'un produit d'assurance sur les plateformes numériques comporte certains risques. « Ces contrats contien-nent généralement plusieurs avenants et exclusions. Les consommateurs n’ont pas nécessairement l’expertise pour comparer divers produits entre eux et reconnaître si le produit convient ou non. Ce n’est peut-être qu’au moment de réclamer auprès de l’assurance que le client pourra s’en rendre compte », met en garde Annik Bélanger-Krams, avocate pour Option consommateurs.


« Toute information dénichée sur le Web n’est pas nécessairement objective. Est-ce qu’on cherche à vous informer ou à vous influencer ? » se questionne Daniel Guillemette, président de Diversico, un cabinet de services financiers où l’on vend surtout des produits d’assurance.


En fait, le plus grand risque pour le consommateur consiste à vouloir fournir les bonnes réponses au moment de l’évaluation de son dossier, ou à escamoter des détails, ce qu’on appelle les « petits mensonges blancs ».


« Un conseiller d’expérience s’en rend rapidement compte », dit Ian Sénéchal. Bref, mieux vaut avoir tout dévoilé au préalable. « Seul devant l’écran, sans représentant certifié pour lui expliquer l’importance de divulguer son statut de fumeur, que fera le consommateur ? » se demande-t-il. Et même si vous venez de consulter pour un problème de santé « gênant », vous devez le déclarer à l’assureur au moment de remplir la proposition .


La prudence est de mise avec les produits dont vous ne maîtrisez pas les subtilités. Le projet de loi 141 ne limite pas les produits d’assurance qui pourront être offerts à la vente par Internet. Bien qu’ils disent n’avoir aucun intérêt à le faire, les assureurs pourraient en venir à offrir en ligne des produits plus complexes que l'assurance vie temporaire de base.


Daniel Guillemette doute que les assureurs se contentent à l’avenir de distribuer des produits de base par Internet. « Les compagnies d’assurance souhaitent s’affranchir de l’intermédiaire dans l’objectif de conserver 100 % des marges », pense-t-il.


« Si c'était le cas, une bonne pratique de gestion du risque de la part des assureurs serait alors de donner accès à un représentant », croit Denis Preston, formateur, retraité de la planification financière.


Isabelle Bouchard, de Karma Assurance, croit toutefois que les assureurs ne proposeront dans l’immédiat que très peu de produits sur leur plateforme numérique. « La tarification automatisée — la soumission obtenue instantanément en ligne par le consommateur — représente un défi technologique pour certains produits plus complexes », explique-t-elle. Rappelons que l’assureur se doit de bien quantifier le risque à assumer. Or, les questionnaires médicaux liés aux propositions de produits d’assurance plus complexes sont longs et fastidieux, et ne se limitent pas à « cocher oui, cocher non ». L’intervention d’un professionnel de la santé se révèle parfois nécessaire avant l’acceptation ou la tarification d’une demande.



Le petit cadeau empoisonné


Votre voisin se vante du « cadeau » reçu de son assureur ? Un bracelet intelligent ! « Quelle chance ! », vous dites-vous. Cet appareil permet de calculer vos pas quotidiens, de mesurer les distances parcourues, d’enregistrer votre fréquence cardiaque, de jauger la qualité de votre sommeil et de détecter les cas de diabète, notamment.


L’objectif de l’assureur n’est pas de gâter son client, mais plutôt de prendre la juste mesure des risques liés au comportement de celui-ci et d’y associer une prime en conséquence. Le client consent donc à partager les données personnelles recueillies par le bracelet santé, en échange d’une réduction du coût de l’assurance et… d’un encouragement constant à fréquenter le gym ! En influençant positivement l’hygiène de vie de son client, l’assureur ne fait pas que de la gestion du risque : il réduit le nombre de réclamations éventuelles à assumer !


Le phénomène « assurance vie et objet connecté » prend surtout de l’ampleur aux États-Unis. Manuvie a été la première société d’assurance vie au Canada à implanter une telle initiative. Son programme Vitalité incite l’assuré à acheter une montre intelligente du fabricant Apple et subventionne une partie du coût de l’appareil. Le client fait le suivi de ses activités physiques à l’aide de son Apple Watch et de l’application mobile associée, dans le but d’accumuler des points. Ces derniers permettent la réduction du paiement mensuel du gadget, et l’atteinte d’un niveau de points supérieur entraîne une possible réduction du coût annuel de l’assurance vie.


Le fait qu’une société à but lucratif recueille des renseignements confidentiels à des fins commerciales en fait cependant sourciller plus d’un. Ces informations pourraient-elles servir dans le cadre de l’analyse d’une éclamation et justifier le refus d’indemniser l’assuré ? La carotte, l’appareil, pourrait-elle servir de bâton ? Si votre santé en venait à péricliter, perdrez-vous une garantie particulière de votre contrat ou verrez-vous les primes gonfler drastiquement au moment du renouvellement ?


Le plus grand risque lié à cette initiative demeure cependant le vol de données. Aucune société n’est à l’abri d’une fraude. Or, bien souvent, l’assureur n’est pas responsable directement des données recueillies par l’objet connecté, plutôt détenues par une tierce partie. Alors, en tant qu’assuré, faites vos devoirs. Avant d’accepter le gadget à la mode, informez-vous adéquatement sur l’utilisation qui sera faite des données en question et sur le degré de protection entourant leur confidentialité.


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