Ces PME québécoises qui osent se lancer en Bourse

Publié le 04/10/2016 à 16:04, mis à jour le 05/10/2016 à 11:18

Ces PME québécoises qui osent se lancer en Bourse

Publié le 04/10/2016 à 16:04, mis à jour le 05/10/2016 à 11:18

Le nombre d’entreprises québécoises cotées en Bourse est faible et en diminution. Seulement 10 sociétés sont devenues publiques depuis 2011. En ouvrant la voie aux levées de fonds, l’appel public à l’épargne permet pourtant à une entreprise de grandir. Même si les coûts sont importants et les contraintes administratives conséquentes, des petites entreprises s’y risquent. Avec succès.


C’est le cas de sociétés comme Neptune Technologies et Bioressources(Tor., NTB), qui développe des produits alimentaires à base d’ingrédients marins, ou IntelGenx(TSX-C., IGX), une société dans les sciences médicales qui a conçu et commercialise une nouveau support pour les médicaments, un film à poser sur la langue.


André Godin a été chef de la direction financière de la première entre 2003 et 2015 et est vice-président exécutif et chef de la direction financière de la seconde depuis un peu plus d’un an. Le point commun: les deux PME sont dans l’innovation et ont fait des appels publics à l’épargne tandis qu’elles avaient peu d’employés et… aucun revenu!


Neptune Technologies est allée en Bourse en 2001 à un moment où elle ne comptait qu’une trentaine d’employés. Elle a réussi à recueillir 5 millions de dollars puis, avec le temps, jusqu’à 100 millions. Quant à IntelGenx, qui ne compte qu’une trentaine d’employés, elle a été inscrite seulement trois ans après sa création en 2006 et elle a fait plusieurs levées de fonds pour une somme totale d’environ 25 millions.


«On peut faire un appel public à l’épargne à un stade précoce de développement. Dans le cas d’une start-up dans l’innovation, comme il n’y a pas encore de revenus, ce sont les brevets sur les technologies inventées et les dirigeants qui sont importants pour convaincre les investisseurs. Dans le cas d’IntelGenx, le fait que le PDG soit le fondateur et le codéveloppeur de la technologie a donné de la crédibilité à l’entreprise», explique André Godin.


André Godin a été chef de la direction financière de Neptune Technologies entre 2003 et 2015 et est vice-président exécutif et chef de la direction financière de IntelGenx.

«Souvent jugé trop fastidieux»


Les avantages d’aller en Bourse pour une PME sont multiples. «Cela permet d’apporter du financement, de convertir de la dette en équité, de favoriser la participation des employés auxquels on peut donner des actions de l’entreprise, ce qui peut aider à les rémunérer, ça donne de la crédibilité à la société et c’est plus facile pour aller refaire des levées de fonds une fois que la première a été effectuée», énumère Marie-Claude Frigon, associée en audit chez Richter.


Pourtant, le nombre d’entreprises qui se lancent est en chute libre au Québec.


«Aujourd’hui, l’accès aux capitaux est relativement facile car les banques prêtent à des taux d’intérêt moindres et il y a beaucoup de fonds d’équité, ce qui rend l’appel public à l’épargne moins attrayant. D’autant que ça vient avec une obligation de divulguer des informations financières et d’avoir des règles de gouvernance strictes. C’est souvent jugé trop fastidieux par les entrepreneurs», explique Nicolas Marcoux, associé directeur national, Bureau de Montréal et grandes villes de PricewaterhouseCoopers.


Les contraintes d’une entreprise à capital ouvert sont effectivement importantes, tout comme les coûts. «Il faut faire du reporting très fréquemment : états financiers trimestriels et annuels, documents qui commente les résultats de la société, etc.», indique Marie-Claude Frigon.


André Godin estime les coûts pour IntelGenx de 200000$ à 250000$ par an. «Il y a des frais pour aller en Bourse et aussi pour préparer et publier les états financiers pour lesquels il faut embaucher une firme de vérification et des avocats, payer les marchés. Mais le coût le plus important est celui inhérent à une levée de fonds, car il faut verser au courtier une commission qui est environ de 6% à 8% de la somme levée», précise André Godin.


Un bon plan pour les start-ups dans l’innovation


Il estime que «faire un appel public à l’épargne n’est pas fait pour tout le monde, car il faut savoir ce que ça coûte financièrement et aussi que l’entreprise n’appartient plus vraiment à son fondateur/PDG qui doit désormais composer avec un conseil d’administration qui doit valider ses orientations».


Étant donné les lourdeurs administratives et les coûts, Nicolas Marcoux considère qu’«il faut attendre une certaine maturité de l’entreprise avant d’engager un appel public à l’épargne. «Il faut que la société soit devenue un acteur significatif dans son domaine», affirme-t-il. Lorsqu’il s’agit de petites entreprises, «elles doivent avoir une position de marché enviable, une profitabilité exceptionnelle, un produit innovant et des projets ambitieux» pour pouvoir convaincre les investisseurs et ne pas se faire engloutir par le poids des contraintes, poursuit Nicolas Marcoux.


Les startups dans l’innovation font figure d’exception. «C’est une bonne idée d'envisager un appel public à l’épargne même si elles sont encore petites, car elles ont souvent du mal à obtenir du financement, compte tenu que leurs actifs sont intangibles et qu'elles n’ont souvent pas de ventes. Mais elles peuvent faire valoir leur propriété intellectuelle», ajoute Marie-Claude Frigon, qui rappelle que la réglementation impose de toute façon au moins deux ans d’historique avant de pouvoir faire un appel public à l’épargne.


Passage obligé pour «devenir les CGI de demain»


Malgré leur courte feuille de route, «il y a de l’appétit sur les marchés pour ces entreprises», dit André Godin, même si ça demande «beaucoup de travail de pédagogie pour convaincre».


Les risques d’échec sont peu nombreux puisque la première étape consiste à consulter un courtier qui évalue les chances pour l’entreprise d’intéresser les investisseurs. Toutefois, il peut arriver que les sommes recueillies soient moindres que ce qui était espéré, ce qui peut obérer les finances de l’entreprise qui doit assumer, en plus de toutes les autres dépenses, les importants frais liés à son inscription en Bourse.


Si les appels à l’épargne public permettent de donner aux entreprises québécoises un coup de pouce important pour grandir, Nicolas Marcoux estime qu’«il en faudrait entre 10 et 15 par an pour bâtir les CGI(Tor., GIB.A) de demain. Si on veut que le Québec prenne sa place sur le théâtre international, il faut prendre le risque d’aller public plus souvent».

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