Un premier média québécois destiné aux start-ups est né

Publié le 25/05/2016 à 16:30

Un premier média québécois destiné aux start-ups est né

Publié le 25/05/2016 à 16:30

Par Matthieu Charest

C’est officiel. Après des mois à vivoter sur du temps volé à ses trois cofondateurs, le blogue MTL in Tech devient un vrai média. Vrai dans le sens où le site de nouvelles destiné à la communauté start-up sera géré à temps plein par Joseph Czikk, l’un des cofondateurs, grâce à l’appui de grands commanditaires. Sans but lucratif, le média va toutefois demeurer en anglais seulement.


«Joey [Joseph Czikk] y travaillait à temps partiel, alors que pour Gabriel [Sundaram, de Real Ventures] et moi, c’était un peu notre travail de nuit, raconte Ian Jeffrey de Password Box [acheté par Intel]. Après douze mois en mode MVP [produit minimum viable], c’est le lancement officiel».


Un service né d’un besoin de mieux couvrir l’actualité foisonnante de l’écosystème start-up montréalais, expliquent les cofondateurs.


«Je me rappelle du moment exact où j’ai réalisé qu’il nous fallait absolument un site comme ça, se souvient Gabriel Sundaram. En janvier 2015, je lisais des blogues bien connus au Canada anglais, BetaKit et TechVibes. Les deux médias avaient fait des classements des «10 meilleures histoires» sur des start-ups canadiennes de l’année précédente, et il n’y avait rien du tout sur Montréal! Pourtant, LightSpeed ou Breather, par exemple, avaient connus une année exceptionnelle».


Loin des yeux, loin du cœur, finalement. Les deux blogues sont gérés à partir de Toronto et de Vancouver. Il y avait bien d’autres blogues destinés aux start-ups montréalaises auparavant, mais ils sont à peu près disparus maintenant.


Un cri du coeur


«Il y a un grand besoin d’encourager l’entrepreneuriat et l’innovation au Québec, pense Ian. Et l’une des meilleures façons de le faire, c’est de braquer les projecteurs sur des initiatives et des succès. Montréal est l’une des plus grandes villes universitaires en Amérique, pourtant, il y a trop de jeunes qui vont travailler pour de grandes entreprises. C’est difficile pour les start-ups de recruter, et si l’on veut que le cercle vertueux grandisse, il faut l’encourager».


En plus, selon un mémoire publié par Montréal International en février 2015, près de la moitié des étudiants étrangers (49 %) ont l’intention de quitter Montréal à la fin de leurs études. Des candidats qui seraient pourtant qualifiés et alléchants pour les start-ups québécoises.


[De gauche à doite: Gabriel Sundaram, Ian Jeffrey et Joey Czikk]


Un nouveau modèle


Encourager l’innovation, les start-ups, d’accord. Mais avec la crise qui secoue l’ensemble des médias depuis des années, en laissant plusieurs exsangues au passage, l’idée de lancer un autre média semble pour le moins étrange, voire vouée à l’échec.


«Mais nous ne sommes pas à but lucratif, répond Gabriel Sundaram. Nous n’avons pas à survivre au gré des revenus publicitaires».


« Nous arrivons à payer Joey avec le support financier de nos commanditaires: Richter, Deloitte, Shopify, BNC, Teralys, PME MTL, Rogers, Cloud.ca et Fasken Martineau, ajoute Ian Jeffrey. Ces grandes organisations-là ont compris l’importance des start-ups et y voient des occasions».


Un petit monde


Reste à savoir si MTL in Tech sera capable, avec Joey Czikk et ses pigistes, de déplaire aux commanditaires et de poser des questions difficiles aux start-ups lorsqu’il le faudra. Si le Québec est un petit univers médiatique, l’effet de petitesse est magnifié lorsqu’il est question de la communauté start-up.


«Nous sommes conscients de la petite taille du marché, assure Joey. Et nous serons capables de poser des questions qui déplaisent lorsqu’il le faudra. Si notre priorité n’est pas de trouver le «prochain Watergate» ou d’être méchant seulement pour être méchant, la communauté start-up est particulière. Les gens s’attendent à se faire dire leurs quatre vérités. Ça ne sert à rien d’embellir la vérité».


Une initiative à suivre avec intérêt, alors que la communauté start-up ne cesse de grandir: les bonnes histoires devraient suivre le même rythme de croissance. En anglais seulement par contre. Mais pour le reste, il y a — et surtout — Les Affaires.

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