L'affacturage comme alternative aux banques réticentes

Publié le 12/01/2016 à 14:32

L'affacturage comme alternative aux banques réticentes

Publié le 12/01/2016 à 14:32

(Photo: Shutterstock)

L’affacturage est encore une solution de financement peu utilisée au Québec. Mal connu, souffrant de préjugés, il peut pourtant donner un coup de pouce salutaire aux entreprises en croissance. À condition de maîtriser les coûts et de s’en servir de manière temporaire.


Martin Gilbert, président du Groupe Logic-Or, qui comprend trois entreprises de placement de personnel (notamment dans les domaines pharmaceutique, infirmier en région isolée et d’évacuations médicales), ne trouve à l’affacturage que des avantages. La preuve : il y a eu recours pour une de ses sociétés pendant sept ans, entre 2007 et 2014, date à laquelle il a vendu la majeure partie de cette entreprise.


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L’affacturage, c’est la possibilité de se faire acheter et/ou assurer ses comptes clients par une société externe. «Mon entreprise plaçait des infirmiers (jusqu’à 700) qui étaient mes salariés et que je devais donc payer toutes les deux semaines, alors que mes clients me payaient avec un délai de 60 ou 120 jours. J’ai très vite eu beaucoup de clients, donc besoin d’un bon fonds de roulement. J’avais des sous de côté et une marge de crédit, mais je ne pouvais pas avoir un prêt d’un million auprès d’une institution financière. Quand j’ai sollicité une société d’affacturage, en quelques jours, elle m’a acheté 90 % de mes factures, puis j’ai rapidement eu 1,5 M$ avec elle. La chance, c’est elle qui me l’a donnée», se souvient Martin Gilbert.


Adapté à la croissance


L’affacturage est effectivement une source de financement alternative adaptée «aux entreprises en croissance, saisonnières ou en restructuration», explique Richard Morrison, président d’IRR Conseils, une agence spécialisée dans le financement d’entreprise.


«Une entreprise ne peut pas aller voir la banque avec un bon de commande, explique Clément Paré, président d’Affacturage Canada, une société de courtage en affacturage. Celle-ci [la banque] accepte de financer en fonction du bilan de fin d’année, des actifs et  du chiffre d’affaires, mais un chef d’entreprise en démarrage ou en croissance ne peut pas toujours attendre de réunir toutes ses conditions pour croître. L’affacturage lui permet d’avoir du financement de façon rapide, souple et sans exigence de garantie.»


Le fonctionnement est assez simple : la société d’affacturage évalue la qualité des comptes clients grâce à des enquêtes de crédit, afin de les assurer ou de les financer, puis elle achète un pourcentage (variant entre 75 et 90 %) des factures. Elle paie donc les factures à l’entreprise dès présentation, et les clients doivent les régler auprès d’elle par la suite, puisqu’elle est devenue leur créditeur.


Les sociétés d’affacturage, dont certaines sont spécialisées pour les très petites entreprises ou dans certains secteurs d’activités, offrent également des services complémentaires de gestion des factures et de rappels, en plus de s’occuper de récupérer les créances en souffrance. Une offre qui a séduit également Martin Gilbert. «Je ne me cassais plus la tête avec les comptes à recevoir et j’ai pu me concentrer sur mon cœur de métier», raconte-t-il.


Une solution temporaire


Bien sûr, il faut répondre à certains critères pour avoir accès à l’affacturage. La qualité des comptes clients est par exemple plus facile à démontrer lorsqu’on fait affaire avec de grandes entreprises établies que lorsque nos clients sont des PME plutôt confidentielles. Il a aussi un coût, supérieur à celui des institutions financières. Les sociétés d’affacturage – moins d’une vingtaine au Québec – prélèvent généralement 1 à 2 % sur chaque facture pour l’assurer ou la financer.


Mais ça n’est pas une raison pour écarter ce mode de financement, selon Richard Morrison. «Tout financement vient avec des contraintes. Il faut voir les avantages, soit la possibilité de recevoir des sommes importantes rapidement, et considérer la solution comme temporaire, par exemple pour 12 à 18 mois, le temps de gérer une forte croissance. Ensuite, l’entreprise peut retourner auprès des institutions financières», estime-t-il.


L’affacturage, malgré ses avantages, est une solution encore marginale au Québec, alors qu’il s’agit d’une habitude bien ancrée en Europe. S’il est vrai qu’elle remporte de plus en plus de succès, «il y a encore la perception que c’est une solution pour les entreprises en difficultés financières», regrette Clément Paré.


Le principal écueil est l’obligation faite par les sociétés d’affacturage d’être payées directement, estime Richard Morrison. «Les grands détaillants sont habitués [à cette façon de fonctionner], mais les petits clients se posent des questions. Ça peut nuire à la relation entre l’entreprise et son client, et faire refuser la solution d’affacturage.»


Pour éviter cela, Martin Gilbert a rédigé lui-même la lettre que la société d’affacturage a envoyée à ses clients. Il y a expliqué que cette entreprise aidait la sienne dans son développement et pour la gestion des comptes à recevoir. «Je n’ai jamais eu de problème», dit-il.

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