Prenez le train de la reprise

Dominique Beauchamp . les affaires.com . 28-05-2009

Tout comme bien des investisseurs, vous cherchez à profiter de la reprise qui se dessine sans trop exposer votre portefeuille ? Les titres de sociétés ferroviaires constituent un choix de placement tout désigné pour miser sur un regain d'activité économique tout en protégeant vos arrières.

Peu d'industries aussi tributaires des cycles économiques offrent le potentiel haussier d'une reprise, avec en prime un filet pour amortir le choc si le redécollage se fait attendre.

En effet, malgré la pire chute des volumes de transport de produits et de matières premières en 20 ans, survenue au cours des six derniers mois, les transporteurs ferroviaires demeurent rentables et continuent de verser des dividendes réguliers.

Le secteur parvient à réduire ses coûts afin de s'adapter à la réduction des volumes. " Lorsque les volumes de marchandises à transporter augmenteront de nouveau, la rentabilité des transporteurs grimpera ", prévoit Randy Cousins, analyste chez BMO Marchés des capitaux.

En effet, les transporteurs ferroviaires ont une capacité peu commune d'augmenter certains de leurs tarifs, explique Fadi Chamoun, analyste chez UBS.

Des avantages concurrentiels

Le train est de loin le moyen de transport le plus efficace et le moins coûteux sur de longues distances, rappelle Mark Pugsley, analyste chez Investissements Standard Life.

Cela lui confère un avantage concurrentiel à long terme d'environ 15 % par rapport au camion, précise M. Cousins.

De plus, les contrats que signent les transporteurs ferroviaires avec leurs clients comprennent une clause annuelle qui ajuste automatiquement leurs tarifs à la hausse de leurs coûts.

" À long terme, dit M. Chamoun, ces avantages concurrentiels se traduisent par des rendements financiers supérieurs à ceux de la moyenne des entreprises ",

Un rebond un peu trop hâtif

Toutefois, la remontée boursière moyenne des titres ferroviaires, de 30 % depuis le début de mars, est un peu trop rapide au goût de certains, étant donné que les volumes de transport déclinaient encore fortement en avril et au début de mai.

" L'enthousiasme des investisseurs nous apparaît un peu prématuré ", écrit Matthew Troy, analyste chez Citi, dans un rapport du 13 mai.

En cherchant à devancer la reprise, les investisseurs achètent des titres ferroviaires, car ces transporteurs ressentent rapidement tout changement dans la chaîne d'approvisionnement des entreprises, explique André Chabot, président de Triasima.

Le transport de charbon nécessaire à la production d'électricité aux États-Unis, par exemple, augmente dès que les usines fabriquent davantage de produits pour remplir les tablettes des détaillants, dès les premiers signes de reprise de la consommation.

Une évaluation plus modeste des titres

Les investisseurs auront peut-être à faire preuve de plus de patience cette fois, si la reprise s'avère plus modérée que les précédentes à cause des séquelles de la crise du crédit sur les consommateurs et les entreprises, écrit Ken Hoexter, analyste chez Bank of America-Merrill Lynch.

Toutefois, même si leur rentabilité déçoit pendant encore deux trimestres, les titres des transporteurs restent un pari de reprise intéressant. " Leurs cours peuvent continuer à s'apprécier puisque, dans 12 mois, la reprise sera engagée et les investisseurs regarderont vers 2011 ", dit M. Chamoun.

Il est possible que l'époque où les transporteurs augmentaient leurs tarifs de plus de 5 % par année et où leurs titres se négociaient à 15 fois leurs bénéfices futurs soit révolue. Cela n'empêchera toutefois pas les investisseurs de profiter de l'appréciation qui accompagne le rebond des bénéfices des transporteurs lors d'une reprise. Ils profiteront aussi de la revalorisation conséquente des titres de ces sociétés.

Les transporteurs se négocient à un cours correspondant à 12 fois les bénéfices prévus pour 2009. Ces bénéfices devraient toutefois accuser une chute de 16,5 % par rapport à 2008. Pour 2010, les analystes prévoient une remontée moyenne de 14 % de leurs bénéfices.

Voici le portrait des cinq plus importants transporteurs ferroviaires en Amérique du Nord.

Canadien Pacifique (CP)

Le deuxième transporteur canadien est le mouton noir de son industrie, car son exploitation est la moins efficace.

Ce retard confère un potentiel de redressement à son titre, mais le transporteur a souvent déçu dans le passé. À court terme, Canadien Pacifique est celui qui souffre le plus de la chute brutale des expéditions internationales de potasse et de charbon métallurgique, ses deux spécialités les plus rentables. Dans une reprise, son titre est le plus susceptible de rebondir, puisqu'il est moins chèrement évalué que celui de ses rivaux par rapport à sa valeur comptable.


Canadien National (CNR)

Le plus gros transporteur ferroviaire canadien exploite le seul véritable réseau transcontinental en Amérique du Nord. Il dessert les cinq ports canadiens, ainsi que la Nouvelle-Orléans et le golfe du Mexique.

Il est aussi le favori de bien des analystes, car il est le plus efficace. Sa gestion rigoureuse devrait lui permettre de moins souffrir de la récession que d'autres et de profiter tout autant d'une reprise. Ses sources de revenus sont aussi plus variées. Le transporteur bénéficierait d'une reprise du commerce avec l'Asie et de la production automobile.


Burlington Northern Santa Fe (BNI)

Le réseau du principal transporteur nord-américain en termes de revenus relie le centre à l'Ouest et au Sud-Ouest des États-Unis. À ce titre, l'entreprise est moins exposée à la concurrence des camionneurs que les marchés urbains de la côte Est. Ses trains parcourent de longues distances, ce qui améliore les revenus qu'il peut tirer de chaque train. L'entreprise bénéficierait d'un regain des exportations de grains vers l'Asie, d'une hausse des expéditions de charbon pour la génération d'électricité et d'une reprise de la consommation de marchandises générales. 


CSX Corp. (CSX)

Établi en Floride, le troisième transporteur américain concurrence son rival Norfolk Southern et les camionneurs dans le transport de marchandises internationales et de charbon métallurgique sur la côte Est des États-Unis. Les expéditions par train dans cette région ont plongé de 31,7 % pendant la première semaine de mai, en raison de la chute de la production automobile. Ce déclin met à l'épreuve les importants gains de productivité réalisés par le transporteur depuis 2002. Son titre est le moins chèrement évalué de l'industrie par rapport aux bénéfices prévus.


Union Pacific (UNP)

Le réseau du deuxième transporteur nord-américain relie le centre à l'Ouest des États-Unis. Il bénéficierait d'un rebond du commerce de marchandises et de grains avec l'Asie, d'un rétablissement de la production automobile et d'une hausse des livraisons de charbon à l'industrie de l'électricité. Le transporteur doit réduire davantage ses coûts et améliorer sa productivité pour mieux bénéficier de l'éventuel rebond des volumes de transport à la reprise.