«Les trimestre se suivent et se ressemblent. Il faudra s’attendre à un scénario déjà vu de solidité dans la banque de détail, de charges exceptionnelles et de hausses au niveau des pertes sur prêts», pense Ian de Verteuil, analyste à la BMO.
Ce trimestre, les investisseurs auront cependant à l’œil les niveaux de capital des banques. Toutes solides soient-elles, les banques canadiennes ont continué à assurer leur résilience par des émissions de capital ordinaire et d’actions privilégiées au dernier trimestre de 2008. Les actionnaires qui ont été quittes pour une certaines dilution veulent voir le résultat.
«Le ratio de capital de catégorie 1 devrait avoir été rehaussé de 50 points de base en moyenne», estime Ian de Verteuil, ce qui devrait rassurer le marché.
Reste à savoir si ce capital résistera à une rentabilité opérationnelle qui se contracte. Les attaques proviendront de trois postes : les marges nettes, les charges spéciales et les pertes sur prêts.
Marges nettes
À ce niveau, les analystes ne sont pas tous sur la même longueur d’onde. Alors que Kevin Choquette, analyste à la Banque Scotia, anticipe une contraction de la marge nette, Ian de Verteuil de la BMO table sur un élargissement.
Les profils des résultats opérationnels pourraient être différents selon les banques car deux forces se sont opposées pendant le trimestre. D’une part la différence entre le taux de base et le taux d’acceptation bancaire s’est élargie. Mais en parallèle le taux effectif a baissé.
«Les banques ont été forcées de suivre les baisses du taux d’intérêt de la Banque du Canada. Elles entrent dans la zone rouge où ces baisses rongent dans leur rentabilité », écrit Kevin Choquette qui estime que ces baisses coûteront aux banques un recul de 4% dans leurs bénéfices.
Charges «spéciales»
Il faudra aussi compter avec des charges spéciales, qui «à force d’être spéciales n’ont de spécial que le nom», ironise Ian de Verteuil. En effet, la détérioration du marché du crédit aux États-Unis devrait affecter encore une fois le portefeuille de titres que détiennent les banques. La BMO table sur des charges de 750 millions de dollars à la CIBC, de 500 millions de dollars à la Banque Royale et de 200 millions de dollars à la Banque Nationale.
Là encore Kevin Choquette relativise l’impact de ces charges spéciales. Il estime que celles du premier trimestre de 2008 ont été très élevées et que, en comparaison, les charges de 2009 selon plus faibles.
Pertes sur prêts
Récession oblige, les analystes s’attendent à ce que les banques dévoilent des hausses dans les taux de pertes sur prêts aux entreprises et aux particuliers. Ian de Verteuil anticipe des pertes de 2 milliards de dollars au total pour toutes les banques, soit une hausse de 15% par rapport au niveau du dernier trimestre de 2008. Kevin Choquette le suit de près et table sur des pertes de 1,8 milliards de dollars.
«Ce n’est toutefois que le début du cycle de pertes. Nous entrevoyons des pertes qui iront grandissant et atteindront leur maximum au premier trimestre de 2010», avertit-il
Dividendes
Au final, ce qui intéresse de près les investisseurs est la capacité des banques à payer des dividendes. «Il y a 20% de chances de baisses de dividendes», affirme Ian de Verteuil.
À en lire les prix des actions, Kevin Choquette estime que les investisseurs tablent sur des chances de baisses de dividendes de 35%.
Rebond ?
À savoir maintenant si ces résultats seront positifs ou négatifs pour les titres du secteur financier canadien, c’est une autre histoire.
«Nous ne pouvons tabler sur un rebond tant que nous n’aurons pas de visibilité sur la santé du secteur bancaire mondial», pense Garry Cooper, stratège chez UBS.
Kevin Choquette appuie cette idée et anticipe «un rebond brutal quand les doutes sur les financières aux Etats-Unis et en Grande Bretagne se seront dissipés».
Pour Ian de Verteuil, le secteur bancaire canadien évoluera à la cadence du marché en général.
