Le premier ministre du Québec, Jean Charest, a exigé vendredi du gouvernement fédéral qu'il consulte les provinces avant de se présenter à la prochaine conférence des Nations unies sur les changements climatiques.
La conférence, qui se tiendra du 7 au 18 décembre à Copenhague, au Danemark, doit en principe mener à la signature d'un nouvel accord international pour remplacer le Protocole de Kyoto qui arrivera à échéance en 2012.
A Bruxelles, où il a prononcé une allocution sur le climat aux côtés de son vis-à-vis du Manitoba, Gary Doer, M. Charest a prévenu Ottawa que les provinces n'accepteront pas d'être laissées à l'écart des discussions préparatoires.
"Peu importe l'entente convenue à Copenhague, sa mise en oeuvre dépend de notre participation et de notre adhésion. S'il n'y a pas d'adhésion des gouvernements provinciaux au Canada, ce sera très difficile de mettre en oeuvre des politiques de réduction de gaz à effet de serre", a averti le premier ministre, en point de presse.
M. Charest ne va pas jusqu'à demander une place au devant de la scène aux côtés du Canada à Copenhague. Cependant, il estime que le gouvernement fédéral a le devoir de défendre une orientation qui reflète la position des provinces et qui respecte leurs compétences.
"C'est nous (les provinces) qui gérons la forêt, le territoire, les politiques de ressources naturelles et les politiques énergétiques", a-t-il fait valoir.
S'il parvient à prendre part aux pourparlers, le premier ministre Charest devra convaincre Ottawa de mettre le pied sur l'accélérateur dans la lutte aux changements climatiques.
Pour cela, il compte sur "l'effet Obama". Le changement de ton de l'administration démocrate américaine en regard des enjeux environnementaux forcera le gouvernement du Canada à sortir de sa torpeur, pense le premier ministre.
"Avec l'élection d'Obama, la donne change radicalement", a-t-il affirmé, confiant de voir s'instaurer partout en Amérique un véritable système de plafonnement et de crédits (Cap and Trade) pour les émissions de gaz à effet de serre (GES).
Jean Charest ne se fait pas d'illusion sur la possibilité de rallier les provinces enrichies par le pétrole et qui sont réfractaires à la réduction des GES, comme l'Alberta et la Saskatchewan.
S'il y a arbitrage à faire, le gouvernement fédéral doit trancher en faveur de la majorité de la population, a-t-il analysé.
"Dans l'Ouest canadien, il y a des positions différentes et le gouvernement fédéral doit en tenir compte. Mais il doit tenir compte de la voix de la majorité qui s'est exprimée en Ontario, au Québec et au Manitoba. Du côté québécois, notre perspective ne changera pas. Notre voix doit se faire entendre", a résumé M. Charest.
Producteurs d'hydroélectricité, le Manitoba et le Québec ont beau jeu de prêcher les vertus de l'énergie "propre" et d'encourager l'adoption de mesures musclées pour réduire les émissions de GES.
Désireux d'illustrer leur détermination à lutter contre les changements climatiques, Gary Doer et Jean Charest ont signé dans la capitale belge une lettre d'intention pour joindre le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD).
Le Québec versera un million $ sur trois ans en services-conseils et en prêt de personnel pour aider les pays pauvres à se doter d'un plan de réduction des gaz à effet de serre.