La leader adjointe de l'opposition officielle, Agnès Maltais, a affirmé qu'elle était outrée, lundi, et elle a réclamé que M. Whissell renonce aux actifs qu'il détient dans ABC Rive-Nord.
"David Whissell n'a plus qu'un seul choix: ou bien il vend les parts de sa compagnie ou il renonce à son siège de ministre, a-t-elle déclaré. C'est seulement ça qu'il a à faire."
Dans un reportage diffusé lundi, Radio-Canada a révélé que le ministère des Transports a attribué sans appel d'offres deux contrats de plus de 800 000 $ à l'entreprise, l'an dernier. L'un d'eux, d'une valeur de 564 000 $, portait sur la réfection de routes dans la circonscription d'Argenteuil, que représente M. Whissell.
Les règles du Conseil du trésor stipulent pourtant que les marchés publics de plus de 100 000 $ doivent faire l'objet d'un appel d'offres.
Un porte-parole du ministère a soutenu dans le reportage que les contrats d'asphaltage pouvaient être exemptés d'appel d'offres dans le cas où ils sont attribués dans des régions éloignées.
Lors d'un point de presse, Mme Maltais a estimé que la circonscription d'Argenteuil, qui inclut la ville de Lachute, à environ 70 km de Montréal, n'est pas dans une région éloignée.
"C'était une mesure qui était faite pour les régions éloignées, pour les endroits où il n'y a pas beaucoup de compagnies: là, on est à une heure de Montréal", a-t-elle dit.
Mme Maltais a reconnu qu'elle n'était pas en mesure de juger si l'attribution des deux récents contrats constitue un cas de favoritisme mais elle a estimé qu'il s'agit d'une situation qui a l'apparence d'un conflit d'intérêts.
Selon elle, ce cas survient parce que le premier ministre Jean Charest a assoupli les règles d'éthique pour permettre à M. Whissell de conserver sa participation de 20 pour cent dans ABC Rive-Nord tout en siégeant au conseil des ministres, ce qui était interdit auparavant.
"Aujourd'hui, il est dans les médias, parce que ça montre un conflit d'intérêts, a-t-elle dit. Ca ne s'était pas fait avant, ça s'est fait sous Jean Charest, il faut arrêter ça. Ca salit toute la classe politique et ça alimente le cynisme."
La chef de l'Action démocratique du Québec, Sylvie Roy, a soutenu que les exceptions décrétées à l'endroit d'ABC Rive-Nord n'étaient pas d'intérêt public.
"Il pourrait y avoir des motifs communautaires ou d'absence de compétition mais dans ce cas-là, on n'allègue rien qui peut supporter l'intérêt public, a-t-elle dit. Je pense que c'est plutôt l'intérêt du ministre."
Mme Roy a réclamé l'intervention de M. Charest pour trouver une solution à cette situation.
"Cet automne il va falloir qu'il fasse preuve d'une grande éthique et qu'il nous dise ce qu'il veut faire, a-t-elle dit. Parce qu'on ne peut pas prêcher la charité et ne pas la faire."
Au cours des derniers mois, M. Whissell s'est déjà retrouvé dans l'embarras à au moins deux reprises relativement à ses actifs dans ABC Rive-Nord.
En mai, le ministre avait dû s'expliquer parce que la valeur des contrats publics de l'entreprise a plus que doublé depuis l'entrée de M. Whissell au conseil des ministres, en 2007.
A cette occasion, M. Whissell avait plaidé que tous ses actifs étaient placés dans une fiducie sans droit de regard, et qu'il ignorait tout de sa gestion.
Quelques jours plus tard, le Syndicat de la fonction publique du Québec avait protesté contre l'attribution à ABC Rive-Nord d'un contrat de déneigement de l'autoroute 50, qui traverse la circonscription de M. Whissell.
Le SFPQ alléguait que les employés du ministère auraient pu faire le travail à la satisfaction du gouvernement.
Lundi, la présidente générale du SFPQ, Lucie Martineau, a critiqué l'attribution de contrats sans appel d'offres, soutenant que l'entreprise a été favorisée.
"Les processus d'appels d'offres existent pour éviter le favoritisme et le copinage, a-t-elle déclaré dans un communiqué. Dans ce cas-ci, non seulement il a été court-circuité, mais encore pire, c'est pour favoriser l'entreprise de M. le ministre."