Face à la puissance d'Internet, Gilles-Martin Chauffier, rédacteur en chef de la section culturelle chez Paris Match, reconnaît que la bataille est dure, mais il affirme que l'hebdo continuera à miser sur ses forces, comme les photos inédites, les gros événements internationaux et la culture, entre autres.
"Il y a un certain danger pour un hebdomadaire entre le moment où se fait la nouvelle et le jour qu'on publie", a-t-il souligné.
"Entre les deux, Internet a tout saccagé, révélant même les dessous de cartes", a déploré M. Chauffier dont l'hebdo utilise maintenant le Web comme véhicule.
Mais de façon générale, M. Chauffier est confiant. "L'Internet ne va pas concurrencer Paris Match", a-t-il même affirmé.
Le populaire hebdo est, selon lui, moins affecté par cette concurrence déferlante en raison du "poids des histoires" qu'il privilégie, si on le compare à d'autres hebdos comme "L'Express" et "Le Point".
"Le slogan 'Le poids des mots, le choc des photos' est valable encore, a-t-il dit. Il demeure, mais il est en évolution. L'actualité est une histoire vraie, c'est ce que l'on fait au sens large."
L'hebdo riche en photos léchées continue de miser sur trois catégories populaires: la culture, la politique et l'art de vivre.
Et le coeur du magazine demeure intact. "Nous avons toujours 65 pages, sans publicité, qui se retrouvent au centre de l'hebdo avec des sujets graves, légers, masculins et féminins. Des sujets comme l'Afghanistan jusqu'à la remise des (prix) Césars ou encore les 400 ans de Québec", a-t-il précisé.
Paris Match est selon lui un peu moins touché face à Internet, mais il reconnaît que la montée du Web ces dernières années est "plus violente pour les médias traditionnels (les journaux) et les radios".
L'hebdomadaire, dont le tirage se maintient à près de 900 000 copies au total depuis sept ou huit ans (dont 20 000 au Québec), traite aussi d'économie, de politique, de statistiques, par exemple, et parle de la crise économique à travers la vie des gens.
On a pu voir récemment des reportages percutants sur le troc, avec des gens achetant des vaches pour avoir du lait ou d'autres qui récupèrent et vendent des produits périmés en certains endroits de Paris.
Mais le célèbre hebdo a multiplié les coups fumants avec des unes "sensationnelles", de Brigitte Bardot à Barack Obama, en passant par le duo Monica Belluci-Sophie Marceau nues, car il peut compter sur une grosse équipe de photographes, et ce, partout dans le monde.
"Pour nous, c'est OK quand on a de bonnes photos provenant de la Birmanie ou de l'Ontario. Mais il faut considérer qu'aujourd'hui tout le monde a son appareil-photo, c'est ça le danger. Les gens mettent ça sur l'Internet, c'est extraordinaire, mais ça nous vole nos scoops", a déploré M. Chauffier.
Il va sans dire que le nouveau contexte force les médias qui misent sur "la" photo à se repositionner.
"Parfois on se donne un mal de chien pour obtenir de bonnes photos. Il faut des mois pour obtenir des clichés d'Obama quand il était jeune", a-t-il donné en exemple.
Paris Match fait souvent des clins d'oeil aux Québécois. Depuis un certain temps, on note régulièrement des photos de la comédienne Marie-Josée Croze, une étoile montante dans l'Hexagone.
Et dans des entrevues avec des chanteurs et chanteuses français connus ici, il y a souvent des références aux "amis du Québec".
L'an dernier, Garou avait fait la une avec sa copine, la chanteuse pop française Lorie. Les deux étaient aussi photographiés dans une récente édition lors du spectacle d'adieu de Johnny Halliday à Paris.
Se rappelant de bons coups réalisés par "Match", M. Chauffier se souvient d'un certain Sommet du G8 qui s'était tenu à Montebello, dans l'Outaouais. Un photographe, ami de Jean Chrétien, avait réussi à se faufiler et à obtenir un cliché spectaculaire de l'ex-président George W. Bush "à quatre pattes, alors qu'il jouait avec le premier ministre japonais de l'époque", a-t-il raconté.
Il y a un peu plus d'un an, Paris Match avait fait un long reportage sur le "400e anniversaire de Québec" qui était devenu davantage le "400e du Québec".
"On a été totalement stupéfaits par les vives réactions, a dit M. Chauffier. Alors que d'autres ici ont fait cinq ou six pages ou un seul sujet, Paris Match avait parlé de culture, de politique, sur une quarantaine de pages."
L'article en avait "irrité" certains dans la Vieille Capitale, mais M. Chauffier avait une explication fort simple.
"Pour nous, le 400e anniversaire de la ville, c'était aussi en même temps la naissance de l'Etat du Québec", a-t-il soutenu.
"A Montréal, c'a très bien passé mais à Québec, les gens étaient furieux de ce malentendu. Certains voulaient des photos de cartes postales de Québec, comme le Château Frontenac, que tout le monde connaît. Nous, on prend des photos inédites", a-t-il dit, rappelant le credo de Paris Match.