«Cet énoncé apporte des mesures concrètes à la conjoncture tout en essayant de respecter l’équilibre budgétaire», pense Norma Kozhaya, directrice de la Recherche et économiste en chef au Conseil du Patronat du Québec (CPQ).
Elle souligne toutefois qu’il est difficile à dire si l’objectif d’équilibre budgétaire sera atteint si les entrées fiscales ralentissent dans ce contexte de récession.
Le CPQ se réjouit surtout de la mesure portant sur l’allongement de la période de financement des régimes de retraite à prestations déterminées pour les entreprises. «Ceci aidera grandement les entreprises qui ont besoin de préserver leurs liquidités pour soutenir leurs opérations», explique Norma Kozhaya.
De plus, le CPQ est d’avis que le plan de dépenses en infrastructures est bienvenu puisque celles-ci étaient dans un «piteux état» et que ces améliorations positionneront mieux le Québec pour le long terme.
Plan trop modeste ?
Au niveau de la Confédération des Syndicats Nationaux (CSN), sa présidente Claudette Carbonneau s’interroge sur la «modestie» du plan de Monique Jérôme-Forget au vu de la récession qui se profile.
«Pourquoi avoir entraîné le Québec dans des élections précipitées en claironnant des messages de catastrophe pour ensuite présenter un énoncé économique modeste ?», dit-elle.
Claudette Carbonneau estime cependant que les mesures présentées sont pertinentes, notamment la hausse du salaire minimum et l’allongement de la période de financement des régimes de retraite à prestations déterminées pour les entreprises.
Elle aurait souhaité voir annoncer des mesures supplémentaires pour le logement, pour l’aide aux retraités non-affectés par les régimes à prestations déterminées ou encore pour penser à une économie plus verte.
Garde à la hausse du salaire minimum
Le Conseil québécois du commerce de détail (CQCD) a quant à lui mis le gouvernement en garde contre une hausse de 6% du salaire minimum dès le 1er mai. «Le CQCD estime que cette mesure risque de réduire le nombre d'emplois et les heures travaillées chez les détaillants. Il serait regrettable que les effets de la hausse nuisent à l'emploi dans le contexte où le gouvernement anticipe une ‘tempête économique’», a déclaré le
président-directeur général de l’organisme, Gaston Lafleur.
Le salaire minimum passera de 8,50 dollars à 9 dollars le 1er mai.
Le CQCD est toutefois satisfait que le gouvernement Charest n’ait pas annoncé une autre hausse de 50 cents pour mai 2010.
L’organisme a par ailleurs bien accueilli la mesure prévoyant un crédit d’impôts remboursable de 2500 dollars pour la rénovation et l'amélioration résidentielle. «Sans être une solution miracle, cette mesure ne peut être que positive pour les détaillants en quincaillerie/rénovation et en marchandise générale. Elle pourrait contribuer à atténuer pour eux, les effets du ralentissement"», a ajouté M. Lafleur.
Rien pour la formation de la main-d'oeuvre
La Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec (FIQ) estime que l’énoncé de Monique Jérôme-Forget est insuffisant pour faire face à la crise financière et à ses effets dévastateurs sur l’économie québécoise.
«La Fédération déplore que la ministre des Finances n'ait prévu aucune mesure de soutien pour la formation de la main d'oeuvre qui se retrouvera au chômage, tout comme la désolante absence de mesures concrètes qui feront une véritable différence dans le quotidien des familles et des travailleuses et travailleurs du Québec», a déclaré la présidente de l’organisme, Lina Bonamie.
Cette dernière ajoute que «si le gouvernement se cherche une marge de manoeuvre financière pour agir efficacement sur les priorités qu'il a identifié, il n'a qu'à regarder du côté des partenariats publics privés (PPP), qui engloutissent des centaines de millions de dollars de fonds publics pour le seul bénéfice de consortiums privés».
Des besoins réels, mais attention aux PME
«Dans l'ensemble, les initiatives annoncées par la ministre des Finances permettront de stimuler l'économie et de répondre à plusieurs besoins immédiats. Elles contribueront à réduire le fardeau financier des entreprises et à bien positionner ces dernières pour traverser la crise», a déclaré le président et chef de la direction de la Chambre de commerce du Montréal métropolitain, Michel Leblanc.
M. Leblanc, entré en poste lundi, est également d’avis que les mesures pour accroître et accélérer la réalisation de travaux d’infrastructures viendront stimuler l’économie à court terme tout en répondant à des besoins qui contribueront à accroître la compétitivité de la Montréal et du Québec à long terme.
«Il faudra aussi porter une attention particulière à la situation des petites entreprises et des commerces et nous assurer que nous avons également les outils adaptés à leurs besoins, d'autant plus que la hausse du salaire minimum entraînera une hausse des coûts pour ces entreprises», a-t-il ajouté.
Des miettes pour les régions
La Fédération québécoise des municipalités (FQM) se dit satisfaite de l'augmentation des investissements annoncée dans les infrastructures, mais se dit déçue de ne pas y trouver davantage de mesures pour stimuler l'économie des régions.
«L'accélération marquée des investissements en infrastructures est saluée par la FQM,
d'autant plus que conformément à sa demande, cela inclut une augmentation de 10 % des investissements dans les infrastructures municipales, ce qui permettra de créer des emplois dans toutes les régions du Québec», souligne le président de l’organisme, Bernard Généreux.
La FQM estime toutefois que l'énoncé aurait dû comporter d'autres mesures directes visant à stimuler l'économie des régions et à susciter les initiatives locales.
«La situation économique actuelle exigeant une très grande souplesse des programmes et une très grande rapidité d'intervention des interlocuteurs locaux, la FQM aurait souhaité que le gouvernement annonce, par exemple, une aide accrue pour les centres locaux de développement afin de soutenir la relève et le redressement d'entreprises, de même que pour renforcer les mesures d'accompagnement pour les travailleurs des secteurs manufacturier et forestier», dit M. Généreux.
La FQM entend maintenant revenir à la charge afin de faire en sorte que ces mesures se retrouvent dans le budget, et c'est pourquoi elle souhaite participer aux consultations prébudgétaires que tiendra la ministre Jérôme-Forget.
Un plan en deçà des besoins
Pour le Syndicat de la fonction publique du Québec, l’énoncé ne répond aucunement aux besoins à court terme de l'économie québécoise qui fait actuellement face à un ralentissement majeur.
«La situation économique actuelle réclame une action vigoureuse de l'État pour diminuer ses impacts sur la population québécoise et cette action aurait dû être bien plus ambitieuse que les quelques mesures présentées aujourd'hui», soutient la présidente générale du SFPQ, Lucie Martineau.
«Le moment est donc excellent pour procéder au réinvestissement que nous réclamons dans les services à la population. Tout comme les investissements en infrastructure actuellement prévus, ce réinvestissement contribuerait à soutenir l'économie québécoise tout en donnant un peu d'air frais aux services publics durement touchés par plusieurs années de compressions budgétaires», dit-elle.
Le SFPQ salue tout de même l'annonce concernant la hausse du salaire minimum prévue pour le 1er mai 2009.
