Braillards, ces Français

René Vézina . . 08-09-2010

Blogue.


Deux millions de Français sont descendus dans la rue, hier, au nom de la solidarité… et pourtant, c’est une vertu dont, manifestement, ils ne comprennent même pas le sens.


Leur gouvernement veut faire passer l’âge légal de la retraite de 60 à 62 ans d’ici… 2018. Comme la Grèce et l’Italie sont en train de relever le leur, la France devient le pays de l’Union européenne où l’on peut arrêter de travailler le plus tôt. (Voir ici)


Il faut comprendre que le système français fonctionne sur le principe dit de « répartition » : les travailleurs actifs paient pour les rentes de leurs aînés. On lui a préféré, ici, celui de la « capitalisation » : les salariés versent une partie de leur paie à un organisme (le Régie des rentes, au Québec) et on leur remet la cagnotte bonifiée (en autant que le gestionnaire, la Caisse de dépôt, fasse bien son travail…) lors de la retraite. Mais cette rente ne constitue qu’une partie des fonds nécessaires à une retraite décente. Les citoyens sont donc portés à mettre plus d’argent de côté, dans des REER ou d’autres véhicules, ce qui les responsabilise.


Les Français, eux, s’en remettent davantage à l’État. Mais ils oublient que l’État, c’est l’ensemble de la population. Or, en 2050, cette population sera composée à 33 %, en Europe, de gens âgés de 65 ans et plus… Les plus jeunes auront donc un immense fardeau, d’autant plus qu’il leur faudra aussi payer l’essentiel des taxes et des impôts.


Mais en France, pas question d’affronter cette incontournable réalité. La retraite à 60 ans est devenue un dogme. Sauf que dans l’Hexagone comme ailleurs, on vit aussi de plus en plus vieux. La période où l’on vit grâce au soutien des autres (du fait de cette « répartition ») est aussi de plus en plus longue.


Une réelle solidarité demanderait que l’on accepte cette évolution et que l’on recule de quelques années (en fait, bien plus que deux petites années), l’âge légal de la retraite. En passant, deux des pays plus prospères d’Europe – la Suède et l’Allemagne – sont ceux où on quitte le travail le plus tard, à 67 ans.


Pendant ce temps, en France, on déchire sa chemise en parlant de trahison, d’abandon, des riches et des banques. Je braille, tu brailles, il braille… Comme si la solidarité, c’était pour les autres.