Quantis, futur leader mondial de l'analyse du cycle de vie

Joncas, Hugo . Les Affaires . 31-10-2009

Quand des chercheurs du Département de génie chimique de l'École Polytechnique ont fondé un centre de recherche sur l'analyse du cycle de vie, en 2001, cette méthode était très peu connue. Aujourd'hui, elle est devenue un élément clé du développement durable.

Depuis huit ans, une cinquantaine d'entreprises ont fait appel au Centre interuniversitaire de recherche sur le cycle de vie des produits, procédés et services (CIRAIG). L'organisme étudie l'impact des activités des entreprises sur l'environnement à toutes les étapes, de l'extraction des matières premières au recyclage des produits usagés.

Ses services sont tellement en demande que le CIRAIG a décidé de laisser sa division des analyses du cycle de vie (ACV) voler de ses propres ailes. Le centre de recherche a créé Quantis avec la suisse Ecointesys, issue de l'École Polytechnique de Lausanne.

La nouvelle coentreprise sera contrôlée par les anciens actionnaires d'Ecointesys. Elle comptera environ 35 ingénieurs spécialisés dans les ACV, avec des bureaux à Boston, Paris, Lyon, Lausanne et Montréal.

Le plus important centre de recherche en ACV au monde

Le CIRAIG a fait beaucoup de chemin depuis neuf ans. " Au début, nous n'étions que trois ", raconte Daniel Normandin, directeur exécutif du CIRAIG. Avec Réjean Samson, directeur général, et Louise Deschênes, directrice adjointe, M. Normandin s'est efforcé de faire connaître le concept d'ACV au Québec.

Le trio a tellement bien réussi que le CIRAIG compte maintenant une équipe de plus de 130 personnes, dont une trentaine de professeurs de 10 universités québécoises.

" Nous sommes devenus le plus grand centre de recherche en ACV au monde ", affirme M. Normandin. Rien de moins. Électricité de France, Bell Canada et le métallurgiste luxembourgeois ArcelorMittal ont tous fait affaire avec le CIRAIG.

Mais à l'avenir, les entreprises traiteront avec Quantis. " Le service-conseil est privatisé, mais le CIRAIG continuera de faire de la recherche ", dit M. Normandin, qui sera vice-président, développement des affaires, de la nouvelle entreprise.

Le CIRAIG poursuivra le développement d'outils d'analyse. Les chercheurs travaillent notamment à de meilleurs indicateurs pour mesurer l'impact des produits et services sur l'eau. " C'est un enjeu aussi important que les gaz à effet de serre, mais il est mal pris en compte par les ACV ", dit M. Normandin. Quand le CIRAIG les aura mis au point, Quantis appliquera ces nouveaux indicateurs.

Quantis a signé ses deux premiers mandats le 22 octobre. Ses dirigeants ont de grandes ambitions. " C'est clair que nous voulons devenir les leaders dans le secteur des ACV ", dit M. Normandin, qui sera l'un des six plus importants actionnaires de l'entreprise.

Une rivale d'envergure

Comme dans plusieurs domaines de pointe, la référence est allemande : dans ce cas-ci, PE International. Cette entreprise s'est associée à l'américaine Five Winds International pour créer PE Americas, établie à Boston. Le patron des services-conseils, Nuno da Silva, croit que Quantis a de bonnes chances de devenir une sérieuse rivale. " Ce sont de bons chercheurs qui s'y connaissent beaucoup dans le domaine des ACV ", dit-il.

M. Normandin refuse de dévoiler les revenus visés par la coentreprise. Mais sa rivale allemande évolue pour l'instant dans une catégorie supérieure : PE International emploie plus de 120 personnes. Son chiffre d'affaires est d'environ 10 millions de dollars américains, selon M. da Silva.

De nombreuses occasions d'affaires

Cela dit, Quantis est appelée à brasser de bonnes affaires au cours des prochaines années, selon M. Normandin. " Tous les produits et services imaginables peuvent faire l'objet d'une ACV ", dit-il.

De plus en plus, l'Union européenne en exige pour les produits fabriqués ou importés dans son territoire. Or, le premier ingénieur venu ne peut pas s'improviser analyste de cycle de vie. " Le marché est en pleine croissance, dit M. Normandin. Ce qui le limite, c'est le manque de main-d'oeuvre. "

hugo.joncas@transcontinental.ca