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Carnet de voyage
Les murs de Chine - Carnet de voyage
Vendredi 23 février,
vol Chicago-Shanghai (13 heures dans les airs...)
Nous survolons la Sibérie, après être
passé au-dessus du Pôle-Nord. Mon Agathe de 6 ans
avait raison de me demander, en regardant un globe terrestre,
pourquoi on ne passait pas par le haut plutôt que vers
l'ouest pour se rendre à Shanghai. Elle ira loin, cette
petite!
Huitième heure de vol, 8h du matin, heure de Chine,
après une heure et demie de routes de campagne pour se
rendre à Burlington, puis deux heures d'un vol
Burlington-Chicago sans histoire. Sinon que l'aéroport de
Chicago est immense. On n'en voit même pas le bout du couloir
quand on entre.
Dans l'avion, chaque derrière de siège a son petit
écran, avec plein de postes, la plupart plates à
mort, comme ce film français doublé en allemand et
sous-titré en mandarin, qu'on ne comprend pas de toute
façon avec la ventilation et le bruit de moteurs du Boeing
777. Alors, je me suis rabattu sur Rage against the machine, qu'on
entend très bien dans l'Ipod.
Sinon, on s'ennuie un brin, mais moins que je pensais. J'ai rempli
trois formulaires pour le gouvernement chinois et j'ai fait une
bonne douzaine de siestes de 3 minutes et j'ai été
à la toilette super souvent pour éviter les plaies de
siège. Sinon, je ne remercierai jamais assez Aurore et sa BD
Shentzen, de Guy Delisle, qui m'a fait sourire tout le long
(l'histoire d'un bédéiste québécois qui
s'installe dans une ville chinoise industrielle). Là, je
risque de commencer un roman policier d'écrapous, vu qu'on a
une petite pause entre le déjeuner et le dîner.
D'ailleurs, j'ai mangé mon premier petit dej. chinois,
composé de nouilles, de thé et d'un biscuit au
citron. C'est quand même mieux qu'un verre d'alcool
agrémenté de sang frais de serpent (ça
existerait pour vrai).
24 février
Voilà, nous sommes à Shanghai, en un morceau,
à 14h30, soit 18 heures après le départ de
Burlington, en enlevant tous les décalages. Ça s'est
très bien passé. Juste un long voyage d'avion. Mais
j'ai dormi quelques heures entrecoupées, alors ce n'est pas
si mal.
J'ai besoin d'une douche, et après on va aller explorer un
peu, mais pas trop (il est 16h30 ici), car on est quand même
fatigué…
26 février
Ici ça se passe bien. Pas de trouble avec les Chinois! Ils
sont très polis et avenants. Sauf quand ils renâclent
et lancent leurs crachats compacts n'importe où. Vraiment,
j'en ai vu un se lever pour sortir du resto, regarder leur blonde,
renâcler un bon coup, puis aller payer. Elle n'a même
pas réagi. Moi qui mets de la laine isolante dans les murs
de la salle de bains avant de faire ça chez moi. Mais, pas
de blague, je m'habitue. Même que je risque d'essayer
ça sur l'heure du midi sur Nanjing Lu, leur rue
Sainte-Catherine. Ils vont me trouver bien intégré.
En vrac, j'ai mangé de la cervelle de canard, mais j'ai
repoussé pour l'instant ce que je crois être des vers
de terre braisés (ou est-ce des intestins de caille?!). Je
m'approche lentement du chien. Difficile de demander ce que c'est
(difficile de mimer un ver de terre?) En plus, c’est
préparé avec amour sur un tibashi au coin de la rue.
Tibashi qu’ils vident d’ailleurs sur le trottoir
à la fin de leur longue journée de travail.
C’est encore chaud au matin, quand je vais acheter le
Shanghai Daily.
À part cela, une chance qu'Eric est avec moi, parce que je
n'aurais pas parlé à grand' monde. Très peu
parlent anglais, pas même en le baragouinant. Et mon mandarin
se limite aux choses essentielles (merci, thé, s'il vous
plaît, non merci et bonjour). Et encore, les accents et les
toniques sont tellement importants dans cette langue,
qu'aussitôt que tu dévies un peu, ils prennent
ça pour un autre mot ou ne te comprennent pas. Hier, Eric a
dit "châ" (fusil) au lieu de "tsâ" (thé) pour
avoir du thé. Si ça se trouve, les serveurs rient
encore. On a entendu des châ et des tsâ partout pendant
une heure dans la cuisine. C'est une autre chose, çà.
Ils rient énormément de nous. Mais je ne crois pas
que ce soit méchant. Les Chinois rencontrés jusqu'ici
sont le plus souvent d'une gentillesse exemplaire. D'ailleurs,
c'est ahurissant comme on se fait regarder. Oublie ça,
passer inaperçu ici. Nos «longs nez» nous
trahissent constamment.
La vraie job commence aujourd'hui, après une quinzaine de
kilomètres à marcher la ville pour faire du
repérage et à régler plein de cossins
logistiques, comme faire fonctionner le cellulaire et
décider, si oui ou non, on va accepter de payer les 48 yuans
exigés (8$) pour un massage d'une heure des pieds.
5 mars
Nous faisons de belles découvertes culinaires. Hier, nous
sommes allés dans un genre de Red Lobster chic, avec tous
les poissons qu'on voulait, mais vivants. Des dizaines d'aquariums.
Fou raide. Puisqu'ici on choisit des plats qu'on partage, j'ai
dû laissé tomber les genres de coquerelles aquatiques.
Astrid, la collègue journaliste rencontrée ici, a
pris un genre de poisson gras qu'elle trouvait beau, Eric des clams
géants, mais géants, ainsi que des aubergines
sautées, et moi une tortue à long cou avec un cactus
poêlé. Fameuse, la tortue. Quant au cactus,
c'était morveux comme un aloes.
Ce soir, petit resto de quartier dans le ghetto français
(ici, on dit «l'ancienne concession française»,
hi hi). Très très bon. Haut de jarret de porc dans
une sauce brune sucrée, scampies épicées,
«mandarin fish» absolument succulent, poulet
spécialité maison (simplement salé et vapeur)
et, plat étonnant, méduse vapeur à la
coriandre et vinaigre peut-être balsamique. C'est encore plus
caoutchouteux que des bourgaults ou de la pieuvre trop cuite. Le
tout arrosé de Tsingtao, bière locale
supposément chinoise, mais qui est en fait allemande.
Jeudi, 8 mars
Nous sommes en route pour Beijing. Des couchettes de quatre. Nous
sommes en haut, c'est cool. Mon ipod hésite entre Lyle
Lovett et Dead Kennedys. Bon, une gentille jeune dame vient de nous
apporter le souper, surprise! il était inclus.
Voilà. Genre de rondelles de saucisses (mais pas sûr,
on s'habitue ici à ne pas toujours savoir ce que l'on
mange!) petits légumes surcuits (c'est très rare, en
Chine la cuisson est à peu près toujours parfaite),
un pain avec des rangées de couleurs à
l'intérieur (on dirait les burgers en guimauves immangeables
que mes filles ramènent du Dollarama) et du riz.
Depuis trois jours, nous faisons au moins deux choses de
spécial chaque journée. Avant-hier, nous avons
effectué une entrevue à l'intérieur d'un
tunnel en construction. Un privilège, semble-t-il. La
compagnie, allemande est le fabricant de la foreuse de 15
mètres de diamètre qui fait deux trous de 10 km qui
relient une île à Shanghai. Après avoir vu la
foreuse, Eric a fait l'entrevue à reculons, caméra
à l’épaule (sur plus d'un km!) Un
Québécois, super gentil, qui gagne qques centaines de
milliers de dollars par an à runner la section asiatique
d’une société allemande. Avouez que ce n'est
pas banal!
Hier, nous nous sommes rendus chez un vendeur d'autos par encan.
Avec un petit chinois qui tient un gros marteau, qui crie des
choses qui sont sûrement des montants en yuans pendant que
les autos défilent dans le garage chic au rythme d'une
toutes les cinq minutes, devant environ 200 Chinois qui rigolent en
levant leur petit carton pour faire lever le prix. Aux amateurs de
chars, sachez qu’à Shanghai, une voiture sur deux est
une Volkswagen Santana 2000, un genre de Fox qu'à peu
près tous les taxis ont.
Et aujourd'hui, nous avons été chez Ubisoft. La
dernière entrevue a été faite à l'apart
d'un Québécois. Un artiste, super
intégré dans son quartier – il parle bien
mandarin et a réussi à nous trouver des épices
particulières (va falloir un traducteur pour savoir ce que
c'est) - qui fait des statues de bronze à temps perdu. Son
apart en est plein. Il nous a autographié et dessiné
une des trois triplettes de Belleville sur le DVD (il est un des
dessinateurs du film). Méchant phénomène le
gars.
Vendredi, 9 mars
Beijing
Très bonne nuit. 12 heures à 140 km/h avec le
clic-clic, clic-clic des rails. Arrivée à 7h30.
Check-in à l'hôtel à 9h. Trente minutes avant
de prendre un taxi; nous étions au moins 75 à en
vouloir un. Et hop chez Boumbârdier, comme ils disent. Un
chic type, le boss chinois de la multinationale. Nous avons aussi
parlé de ses enfants et de sa femme, qui le chicane souvent
parce qu'il n'est jamais là (il travaille aussi sur les
fuseaux horaires de l'Europe et de Montréal…)
Dimanche, 11 mars
Train Beijing-Shanghai
Trois très beaux jours à Beijing, une ville,
disons-le, qui offre une moins bonne première impression que
Shanghai, plus compacte et éclectique. En jasant avec Eric,
nous nous sommes aperçus qu'avec quatre entrevues, un
cocktail de soirée et un dîner dans un club
privé (de vieilles bâtisses à
l'intérieur de la Cité interdite, vraiment chouette),
c'étaient deux journées assez relax par rapport
à la semaine qui venait de s'achever. De trois à cinq
entrevues par jour dans les deux langues officielles, avec des
artistes comme des chefs de consul, à parfois une heure de
taxi et, Dieu sait pourquoi, le dernier de la journée nous
invitait tout le temps à boire ou à manger. La vie
est courte, alors on acceptait (au fait, hier nous avons
mangé des tripes de cochon effilochées dans une
vinaigrette douce, très très bon).
Sinon, nous étions assez émus de nous retrouver
à la Place Tian an men hier. Surtout que c'était
plein, mais alors là plein de gardes sérieux (t'as
pas le goût de faire comme à la citadelle de
Québec et de tenter de faire rire le garde) because la
rencontre annuelle du Parti communiste juste à
côté. Un genre de grand conseil qui dure deux
semaines.
Et aujourd'hui, de marcher à l'intérieur de la Grande
muraille était fabuleux. Un de nos interviewés nous a
suggéré un bout de muraille pas trop touristique,
à environ une heure et demie de Beijing. Tellement peu
d'affluence que nous avons réussi à prendre des
photos avec pas de touristes. Cela dit, il y avait quand même
une tonne de vendeux de cossins à cet endroit "pas
touristique". Avec leur accent fameux, genre "looki looki". On
achète un t-shirt. Le boui-boui suivant nous demande : "want
another t-shirt", en sachant très bien que ses t-shirts sont
pareils au précédent. Sinon, les montagnes
escarpées, les plateaux naturels qui rappellent un peu les
vignes en étages de Porto, le calme une fois dans la
muraille, et bien sûr la majestuosité de la
construction (ils sont fous ces Chinois), bref une autre chose de
cochée avant de mourir.
Sinon, question étranger, c'est la saison morte du tourisme
en ce moment. Alors, on se fait regarder comme ça n'a pas
d'allure. On dit "ni hao" (bonjour) aux gens pour être poli.
Et ils rient parce que, franchement, très peu d'Occidentaux
croisés abordent les Chinois dans leur langue.
Ellipse de 12 heures. De retour à Shanghai. Il est 7h30, on
croise quelques banlieues (évidemment, ici, une banlieue est
toujours composée de quelques millions d'habitants), je vais
préparer mon bagage. Deux entrevue aujourd'hui, (la chambre
de commerce américaine et une cie québécoise),
un 5 à 7 chez un Québécois, un petit dodo, et
puis hop, premier avion pour Chicago, puis Burlington, puis
Montréal. On est super bien ici, mais bon, ça va
faire du bien de se retrouver à la maison…
S.