RVER: Le conseil, ce grand oublié

Offert par Les Affaires


Édition du 24 Mai 2014

RVER: Le conseil, ce grand oublié

Offert par Les Affaires


Édition du 24 Mai 2014

Les intermédiaires dans la vente de régimes de retraite sont inquiets. Ils craignent que les frais de gestion de 1,25 % et de 1,5 % des régimes volontaires d'épargne-retraite (RVER) laissent peu de place à leur rémunération et, par ricochet, au conseil.


Des rumeurs courent selon lesquelles ils se verront offrir une commission de vente, mais pas de suivi. «Pour déterminer quel type de régime est le meilleur pour une entreprise, il faut analyser ses besoins, lui proposer diverses solutions, le guider dans son choix, explique Nicole Quirion, directrice des régimes de retraite chez GFMD Expert conseil en avantages sociaux. Après, nous présentons le régime aux employés, nous répondons à leurs questions, nous faisons le lien avec le fournisseur du régime.» Avec une rémunération moindre pour le RVER, il ne sera pas possible d'en faire autant, selon elle.


Une conseillère en assurance et rentes collectives, qui demande l'anonymat, affirme qu'elle ne vendra pas de RVER si sa rémunération n'est pas à la hauteur de celle des autres types de régimes. «Trop de travail», dit-elle. Plusieurs songent toutefois à facturer des honoraires aux clients pour la portion conseil, ce qui est d'ailleurs permis par la Loi sur les RVER.


La Standard Life vise offrir des commissions de suivi et de vente, mais son vice-président solutions collectives, Philippe Toupin, admet qu'elles seront probablement moins élevées que celles des autres types de régime. Il souligne que l'introduction du RVER représente une occasion d'affaires pour les intermédiaires. «Ils pourront parler à leurs clients et en approcher de nouveaux pour leur proposer un régime de retraite, mais aussi d'autres produits», fait-il valoir. Il ajoute qu'il y aura sans doute des ajustements côté rémunération, une fois les RVER mis en route. «Il y a beaucoup de compétition dans ce domaine.»


De son côté, Jean-François Pelletier, vice-président régional, régimes collectifs de retraite, de la Financière Sun Life, affirme «que la rémunération offerte sera concurrentielle», sans donner toutefois plus de détails. Il indique que la Sun Life préfère passer par des intermédiaires plutôt que de vendre directement son RVER. «Nous voulons que les employeurs soient guidés dans leur choix.» Malgré cela, il sera possible de faire une demande de RVER sur le site de l'assureur.


Pour la Banque Nationale, la question de la commission est moins épineuse, car son RVER ne sera pas distribué par des intermédiaires. Elle le proposera plutôt par l'intermédiaire de son propre cabinet d'assurance qui emploie des conseillers salariés en rentes et en assurances. Cela ne l'empêche pas de constater que les frais de gestion prévus lui laisseront peu de marge de manoeuvre pour conseiller les entreprises. C'est pourquoi elle a résolu de rencontrer en priorité celles qui veulent contribuer à la cagnotte de retraite de leurs employés, clientèle plus rentable.


«Le RVER est un produit d'entrée de gamme, constate Steeve Gagné, vice-président délégué, ventes et développement, stratégie RH. Aux employeurs qui cotisent, nous proposerons une analyse plus poussée de leurs besoins, car d'autres types de régime pourraient être plus appropriés pour eux.»


La Banque Nationale dirigera vers son site Internet les entreprises qui ne désirent pas cotiser pour leur indiquer où elles pourront adhérer en ligne. Elles auront accès à un centre d'appels qui pourra répondre à certaines de leurs questions, mais aucun conseil ne sera prodigué. «Nous prévoyons que la grande majorité des entreprises souscriront en ligne, car elles souhaiteront simplement se conformer à la loi», dit Steeve Gagné.


La Standard Life, qui permettra elle aussi de souscrire à son régime en ligne, affirme que le processus prendra tout au plus 15 minutes. Pour pallier le manque de conseil, elle prévoit fournir de l'information aux comptables. «Nous croyons que les petites entreprises auront le réflexe d'interroger leur comptable sur le RVER, car c'est souvent le seul professionnel qu'elles consultent», dit Philippe Toupin.


Les employés laissés à eux-mêmes


Les travailleurs risquent aussi de faire les frais du peu de place accordée au conseil. Bien sûr, tous les administrateurs offriront de l'information en ligne ou sur papier sur la retraite et les profils d'investisseur. Il reste que ce ne sera pas évident pour les travailleurs de déterminer s'il est avantageux pour eux d'adhérer au RVER et de faire un choix entre les options de placement offertes.


Le conseil, de toute façon, serait difficilement disponible à cause de la Loi sur les RVER elle-même. En effet, dans le cas des RVER des assureurs vie, seul un représentant en assurance de personnes (aussi appelé conseiller en sécurité financière) est autorisé à donner des conseils au participant sur le choix d'une option de placement. Pourtant, ces RVER seront principalement distribués par des conseillers en assurance et rentes collectives et des conseillers en régimes de rentes collectives.


Les individus qui souhaitent des conseils pourraient être dirigés vers un conseiller en sécurité financière, mais ce service serait facturé à part.


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