La biomasse, un «buffet chinois» qu'il faudra encadrer

Offert par Les Affaires


Édition du 24 Septembre 2016

La biomasse, un «buffet chinois» qu'il faudra encadrer

Offert par Les Affaires


Édition du 24 Septembre 2016

Christian Simard, directeur général de Nature Québec.

De toutes les sources d'énergie énumérées dans la politique énergétique du Québec, la plus équivoque est la biomasse.


Québec s'est fixé comme objectif d'augmenter la production de bioénergie de 50 % d'ici 2030, mais il ne précise pas quels secteurs ni quelles filières en profiteront : la chauffe pour le bâtiment ? La cogénération d'électricité pour les entreprises de pâtes et papiers ? Les biocarburants comme l'éthanol dans les transports ? Le biométhane pour le réseau de Gaz Métro ou pour les camions convertis de la Route bleue ?


Pourtant, il faudra bien faire des choix un jour, souligne Christian Simard, directeur général de Nature Québec et co-porte-parole de Vision Biomasse Québec, un regroupement qui milite pour le développement du chauffage à la biomasse forestière.


«Augmenter de 50 % l'usage énergétique de la biomasse, c'est bien, convient-il. Mais si ça équivaut à développer huit ou neuf filières différentes, ça restera des filières non rentables, sans masse critique. Si on éparpille nos énergies, on plaira à tout le monde mais on n'obtiendra pas de résultats concrets.»


À lire: Le chauffage, voie royale des résidus forestiers


C'est d'ailleurs le principal reproche de M. Simard à l'égard du projet de loi 106 : «L'édifice semble bancal, va donner des résultats éparpillés et c'est le meilleur moyen de rater toutes les cibles», dit-il.


Selon lui, il faut que le gouvernement établisse des critères clairs pour évaluer les différentes filières qui se réclament toutes de la transition énergétique : lesquelles offrent la meilleure solution pour ce qui est de l'exploitation de la ressource, de la création d'emplois, de la réduction des émissions de gaz à effet de serre (GES) ? C'est la seule façon pour le gouvernement de sortir du «buffet chinois» qu'est devenue la politique énergétique du Québec, selon lui.


Vers une norme québécoise


Dans son projet de loi 106 sur la mise en oeuvre de la Politique énergétique 2030, Québec entend obliger les distributeurs d'essence à intégrer dans leur réseau une portion minimale de biocarburants - une mesure saluée par la filière des biocarburants et plus particulièrement de l'éthanol. Le Québec devient ainsi la sixième province canadienne à se doter d'une telle norme. L'objectif ? Remplacer à terme jusqu'à 10 % de l'essence consommée dans le secteur des transports.


«On salue et appuie cette initiative, qui nous permettra de cibler le secteur qui est le plus grand émetteur de GES : celui des transports», se réjouit Marie-Hélène Labrie, première vice-présidente aux affaires gouvernementales et communications d'Enerkem. Cette entreprise montréalaise produit des biocarburants et des produits chimiques à partir de déchets non recyclables. «Il y a cinq millions de voitures qui roulent aujourd'hui au Québec. Les biocarburants peuvent réduire dès maintenant nos émissions de GES, sans même avoir à changer nos voitures ou nos infrastructures.»


Le gouvernement fédéral impose déjà aux distributeurs un minimum de 5 % de biocarburants sur leurs réseaux, mais cette norme demeure une moyenne nationale : un distributeur qui intégrerait 10 % de biocarburants dans son mélange en Ontario et aucun au Québec se conformerait à la loi.


«On demande à Québec que ce soit une norme minimale de 5 % et que, d'ici 2030, on se rende à 10 %», dit Mme Labrie. Techniquement, les moteurs de voitures peuvent recevoir jusqu'à 15 % de biocarburants, précise-t-elle. Dans certains pays comme le Brésil, la proportion peut grimper jusqu'à 20 %.


Le hic, c'est qu'Enerkem ne produit pas encore d'éthanol. Elle vient plutôt d'obtenir la certification nécessaire pour exporter en Europe le méthanol qu'elle produit à son usine d'Edmonton.


«Normalement, le méthanol nous sert de produit intermédiaire vers la production d'éthanol, un biocarburant recherché en Amérique du Nord, explique Marie-Hélène Labrie. À Edmonton, la vente commerciale d'éthanol commencera en 2017. Donc en attendant, on va vendre notre méthanol en Europe.»


Mme Labrie assure toutefois qu'en matière de biocarburants, l'éthanol destiné au marché nord-américain reste le «produit phare» d'Enerkem. Quatre ans après l'annonce du projet, Enerkem compte toujours construire une réplique de l'usine d'Edmonton à Varennes, où elle souhaite profiter de la présence d'une grappe chimique et pétrochimique à proximité.


Retour au dossier Spécial énergie : Objectif 2030


 

À suivre dans cette section


image

eCommerce B2B

Mardi 29 mai


image

Forum TI DevOps

Mercredi 12 septembre


image

Usine 4.0

Mardi 18 septembre


image

Gestion de l'innovation

Mercredi 19 septembre


image

Objectif Nord

Mardi 25 septembre


image

Gestion du changement

Mercredi 03 octobre


image

Marché du cannabis

Mercredi 10 octobre

DANS LE MÊME DOSSIER

Sur le même sujet

À surveiller: BRP, Innergex et Saputo

Que faire avec les titres de BRP, Innergex et Saputo?

Québec veut favoriser les crypto-entrepreneurs d'ici

11/05/2018 | François Remy

Forcé d'embrasser la blockchain, le premier ministre ne veut pas succomber à des parasites énergétiques trop exotiques.

À la une

SNC-Lavalin règle deux actions collectives pour 110 M$

16:15 | Julien Arsenault, PC

Les réclamations totalisaient près de 1,25 milliard $. Le règlement annoncé ce mardi correspond aux attentes du marché.

Shopify chute après une acquisition d'Adobe

Les actions de Shopify ont glissé de plus de six pour cent mardi après que son rival Magento Commerce a ...

Les jeunes entrepreneurs ne sont pas le futur, ils sont le présent

BLOGUE INVITÉ. Réflexion sur mon passage de 18 mois à la présidence de la Jeune chambre de commerce de Montréal.