«L'innovation, c'est comme le sexe, il faut en parler moins et le faire plus» - Elmar Mock, inventeur en série

Publié le 22/10/2011 à 00:00, mis à jour le 14/05/2012 à 16:05

«L'innovation, c'est comme le sexe, il faut en parler moins et le faire plus» - Elmar Mock, inventeur en série

Publié le 22/10/2011 à 00:00, mis à jour le 14/05/2012 à 16:05

Par Diane Bérard

Elmar Mock est un «inventeur» en série. Depuis qu'il a cocréé la montre Swatch, dans les années 1970, cet ingénieur suisse invente comme d'autres s'entraînent ou gèrent. C'est une discipline quotidienne qu'il met au service de ses clients qui lui impartissent leur processus d'innovation comme on impartit ses services informatiques. Je l'ai rencontré alors qu'il était de passage à Montréal.


DIANE BÉRARD - Qu'est-ce qui nuit le plus à l'innovation ?


Elmar Mock - D'abord, nous-mêmes. Ensuite, les dogmes. L'innovation est un strip-tease intellectuel. Elle ne fonctionne que si l'on accepte de se mettre à nu. Or, nous avons très peur que nos idées ne soient pas acceptées, qu'on nous juge. Les dogmes viennent en rajouter. Au nom du dogme écologique, par exemple, on s'interdit de remettre en question certaines idées. Comme ceux qui estiment qu'on ne doit pas travailler sur les organismes génétiquement modifiés, que ce n'est pas éthique. Et si au nom d'un dogme on se privait d'explorer une solution qui pourrait nourrir la planète ?


D.B. - Comment en êtes-vous arrivé à créer la Swatch ?


E.M. - À la fin des années 1970, on donnait l'horlogerie suisse pour morte. J'étais un jeune ingénieur avec une formation en polymères. Comme un gosse qui réclame un nouveau jouet, je voulais une machine à injection pour mettre mon savoir en pratique. Alors qu'Eta congédiait des milliers d'employés pour survivre, j'ai eu le culot - ou l'insouciance - de remplir un bon de commande pour une machine d'un demi-million de francs. Le directeur général m'a fait venir dans son bureau et m'a traité de «malade mental», mais il a tout de même acheté ma machine ! Car, sans le savoir, j'enfonçais une porte ouverte. Mon directeur général, Ernest Tohmke, jonglait lui aussi avec un projet de montres bon marché. Ainsi est née la Swatch et le succès que l'on connaît.


D.B. - Vous avez eu un sérieux «post-partum» après la création de la Swatch...


E.M. - Lorsque Jacques Müller et moi avons imaginé la Swatch, notre employeur était en crise. Nous ne savions pas de quoi demain serait fait. La peur et l'insécurité constituent des moteurs incroyables pour un créatif et un anarchiste comme moi. Avec le succès, Swatch s'est mise à se structurer et à s'organiser. Il n'y avait plus d'urgence et plus de chaos, que de la planification. J'avais le sentiment de perdre ma liberté. Il fallait que je parte.


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