La participation au RVER est moindre que prévu

Offert par Les Affaires


Édition du 17 Septembre 2016

La participation au RVER est moindre que prévu

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Édition du 17 Septembre 2016

David Charbonneau, premier vice-président, épargne-retraite collective, de Desjardins.

À l'approche de la première date butoir fixée par la Loi sur les régimes volontaires d'épargne-retraite (RVER), plusieurs entreprises n'ont toujours pas mis en place de régime. Et celles qui l'ont fait renoncent pour la plupart à contribuer à la cagnotte de retraite de leurs employés. Quant aux travailleurs, un grand nombre a décidé de ne pas participer au régime.


Retour au dossier RVER : le décompte est commencé


Les PME de 20 employés et plus doivent implanter un régime avant le 31 décembre prochain, tandis que celles de 10 à 19 employés ont jusqu'à la fin de 2017. L'échéance pour les entreprises de 5 à 9 employés reste à déterminer.


Or, au 30 juin dernier, un total de 2 226 entreprises avaient souscrit à un RVER. L'actif total atteignait 9,3 millions de dollars, selon les données de Retraite Québec. «On s'attendait à une progression plus rapide, reconnaît David Charbonneau, premier vice-président, épargne-retraite collective, de Desjardins, l'un des neuf fournisseurs de RVER. De 10 000 à 15 000 entreprises de 20 employés et plus devront s'y conformer d'ici la fin de l'année. L'automne sera très occupé !»


Même son de cloche de la part de ses concurrents. «On observe une recrudescence de la demande depuis juin, mais il n'y a pas encore de mouvement de masse, indique Philippe Toupin, vice-président, solutions aux petites entreprises, de Manuvie. La préoccupation des petites entreprises, c'est de gérer leurs activités. Certaines ignorent peut-être encore qu'elles doivent offrir un régime de retraite.»


Le verre à moitié plein


Retraite Québec lancera à la fin du mois une campagne d'information à la radio et sur le Web à l'intention des employeurs. Mais pour le moment, l'organisme préfère voir le verre à moitié plein. «Avec les nouveaux RVER mis en place, on compte environ 16 000 travailleurs de plus qui disposent d'un régime de retraite», insiste le porte-parole, Frédéric Lizotte.


Les données recueillies présentent toutefois un portrait incomplet de la situation. C'est que Retraite Québec ne comptabilise pas les entreprises qui ont opté pour un autre type de régime que le RVER, comme la loi le leur permet. Il est probable qu'un plus grand nombre d'entreprises s'y sont conformées, d'autant plus que les fournisseurs dénotent tous une augmentation des ventes de REER collectifs, de REER-RPDB (régime de participation différée aux bénéfices) ou d'autres régimes.


Peu d'intérêt à contribuer


Avec le RVER, la contribution de l'employeur est facultative. Parmi les PME qui ont choisi ce régime, une tendance se dégage : une minorité contribue au bas de laine de leurs employés. Luc Grandchamp, associé chez Morneau Shepell, indique que moins de 5 % des employeurs le font, tandis que David Charbonneau, de Desjardins, signale que «c'est l'exception».


«Pour le moment, les entreprises souhaitent seulement s'y conformer, mais c'est un pas dans la bonne direction, juge Jean-François Pelletier, vice-président régional, régimes collectifs de retraite, de la Financière Sun Life. Avant de cotiser, elles doivent s'habituer à offrir un régime.»


Une chose est certaine, cette décision de l'employeur a un impact direct sur la participation des employés. «Peu importe le type de régime, quand l'employeur contribue, plus de 95 % des travailleurs épargnent eux aussi pour éviter de laisser de l'argent sur la table, dit Daniel Beaulieu, président de la firme-conseil R.E.G.A.R. Régimes collectifs. Par contre, s'il ne contribue pas, la rétention des employés dans le régime est faible.»


C'est ce qui se produit actuellement dans les entreprises qui ont souscrit à un RVER. «Comme la plupart des employeurs ne cotisent pas, de 60 à 80 % des employés se désistent, indique Luc Grandchamp. On a même des clients chez lesquels aucun employé ne participe. C'est décevant, car l'objectif du gouvernement était de favoriser l'accès à un régime de retraite au plus grand nombre.»


Bien sûr, on doit aussi tenir compte de la capacité des gens à épargner. «Dans les entreprises où le salaire moyen est plus élevé, la participation est plus forte», relève Jean-François Pelletier.


Convaincre les employés


Avec le RVER, l'adhésion est automatique, c'est-à-dire que tous les employés admissibles sont inscrits d'office. Ils peuvent toutefois renoncer à participer en remplissant un formulaire.


Avec ce mécanisme, Québec faisait le pari que la plupart des gens ne se donneraient pas la peine d'accomplir la démarche pour se retirer. Mais les premiers résultats révèlent que le taux de retrait est beaucoup plus important qu'anticipé.


Pour renverser la tendance, le milieu s'accorde à dire que de l'éducation reste à faire auprès tant des travailleurs que des employeurs. «Il faut suggérer aux entreprises d'intégrer à leur programme de rémunération des cotisations au régime de retraite, dit Philippe Toupin. Elles pourraient y aller progressivement en commençant, par exemple, par 0,5 %.»


«Elles pourraient aussi remplacer une partie de la hausse salariale par une contribution équivalente dans le régime de retraite», poursuit-il. Cette solution est même plus économique, car chaque dollar versé par l'employeur dans un régime de retraite coûte un dollar (sauf dans un REER), tandis qu'un dollar en salaire coûte plus cher parce qu'il est assujetti aux taxes salariales.


Sans compter qu'un régime de retraite contribue à attirer et à retenir la main-d'oeuvre. «Les avantages sociaux font partie des facteurs évalués par le candidat qui a plusieurs offres d'emploi», affirme Gaétan Veillette, conseiller en assurance et en rentes collectives chez Groupe Investors.


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