Le créneau de l'innovation porte ses fruits à Sherbrooke

Publié le 21/05/2015 à 08:00

Le créneau de l'innovation porte ses fruits à Sherbrooke

Publié le 21/05/2015 à 08:00

L’économie de Sherbrooke a longtemps reposé sur l’industrie manufacturière traditionnelle, comme le textile et le caoutchouc. Après les nombreuses délocalisations des années 2000, la ville a pris le virage vers l’innovation et l’entrepreneuriat. Un changement qui commence à porter ses fruits.


Imeka, entreprise spécialisée dans les logiciels d’analyse d’imagerie médicale, a vu le jour dans le giron de l’Université de Sherbrooke. À l’époque, Jean-René Bélanger, aujourd’hui président de la start-up, étudiait en administration.


« Pierre-Marc Jodoin, un des professeurs ayant fondé Imeka, était venu dans un cours en nous expliquant qu’il avait besoin d’un plan d’affaires et… d’un président pour son entreprise », se rappelle-t-il. Le jeune homme n’a fait ni une ni deux et s’est lancé dans l’aventure, avec les deux professeurs qui pilotaient le projet.


Quatre ans plus tard, l’entreprise prévoit tout juste commencer à flirter avec les profits. Si elle n’est pas unique – Sherbrooke compte 47 entreprises en sciences de la vie –, Imeka symbolise la transformation amorcée par la municipalité en 2007.


Cinq filières clés


Secoué par plusieurs fermetures d’usines, le tissu économique de la ville était alors affaibli, rappelle Marie-Ève Poliquin, directrice des communications de Sherbrooke Innopole.


Pour sortir de la crise, le maire de l’époque, Jean Perrault, avait convié plus de 300 intervenants pour déterminer les atouts de Sherbrooke. En tête de liste : son statut de ville du savoir, peu exploité, malgré ses deux universités, ses instituts et ses centres de recherche.


« Nous avons aussi déterminé cinq filières clés sur lesquelles nous avions déjà une masse critique d’entreprises et de chercheurs. Nous avons embauché un expert pour chaque domaine, ce qui lui permettait d’arriver avec sa connaissance du domaine, ses experts et un réseau de relations. »


Parmi les forces ciblées : les technologies propres, les sciences de la vie, les micronanotechnologies, les TIC et le secteur manufacturier, une branche encore névralgique dans l’économie sherbrookoise.


« Mais les entreprises manufacturières qui ont survécu ont su innover en mettant au point des produits de niche ou à valeur ajoutée », précise Marie-Eve Poliquin.


C’est le cas de FilSpec. Pour survivre, elle a développé des tissus techniques utilisés notamment dans les habits de pompiers. Autre exemple : Dettson, fabricant d’appareils de chauffage, qui a revu ses produits pour diminuer son empreinte écologique. La PME a reçu, entre autres, l’appui du Centre de technologies du gaz naturel pour limiter sa consommation de mazout.


Des ponts à créer


Cette stratégie rapporte : depuis 2010, Sherbrooke a enregistré un gain net de 62 entreprises et de 1 895 emplois dans ces cinq filières clés. À cela s’ajoutent des investissements dépassant 850 M$ dans le secteur industriel.


Mais pour que cela se traduise en résultats concrets, il fallait établir des ponts entre la recherche et l’industrie. « Autrefois, tout le monde travaillait en vase clos », soutient Mme Poliquin. Il a fallu développer une culture de communication, de partage de même que des occasions de maillage entre les différents acteurs.


L’Université de Sherbrooke a toujours misé sur ce partenariat entre le monde des affaires et la recherche. Cela fait partie de l’ADN de l’établissement, qui a été précurseur avec son programme d’enseignement coopératif misant sur les stages, rappelle Jacques Beauvais, vice-recteur à la recherche, à l’innovation et à l’entrepreneuriat.


« C’est important pour nous, car dans plusieurs domaines, les connaissances à la fine pointe sont détenues par les industriels. C’est donc une relation bilatérale : les entreprises apprennent de nos chercheurs, et nous apprenons des entreprises. Au final, cela améliore la qualité de la formation des étudiants. »


L’établissement a joué un rôle de premier plan dans ce virage avec, entre autres, six chaires industrielles, un parc d’innovation, l’Institut interdisciplinaire d’innovation technologique, un centre de technologies avancées associé à Bombardier Produits Récréatifs (BRP) et un autre, avec IBM.


L’université s’est aussi inspirée des modèles développés par le Massachusetts Institute of Technology (MIT) pour lancer en 2011 l’Accélérateur de création d’entreprises technologiques (ACET). Cet organisme tente de transformer les idées issues de la recherche en entreprises. « Depuis sa création, l’ACET a permis de créer plus de 40 entreprises. Une forte augmentation, alors que dans les 15 années précédentes, ce nombre n’était que de 26 », explique Jacques Beauvais.


C’est grâce à l’ACET que des PME comme Immune BioSolutions ou Imeka ont vu le jour. « Cela permet de mettre en contact des chercheurs qui ne connaissent pas la gestion des affaires avec des porteurs de ballon d’affaires », affirme Jean-René Bélanger. L’organisme offre du financement, des conseils pour monter un plan d’affaires, du soutien pour dénicher des bailleurs de fonds, du coaching, de la formation, etc.


Le goût d’entreprendre


Autre stratégie pour diversifier l’économie : stimuler la création de PME innovatrices. En plus d’avoir orchestré d’importantes campagnes de sensibilisation à l’entrepreneuriat auprès des jeunes, Sherbrooke Innopole vient de lancer Espace-INC, un incubateur-accélérateur d’entreprises.


« Démarrer une entreprise technologique innovante demande énormément d’efforts et de compétences. Nous tentons donc de les aider à se rendre à l’étape de commercialisation, en leur offrant des services calqués sur leur réalité. Nous misons beaucoup sur le coaching par les pairs », indique la directrice générale, Chloé Legris.


Actuellement, Espace-INC couve une quinzaine de jeunes pousses. Des entreprises comme GeeBee, qui teste des véhicules électriques sur deux roues, ou MesCoursPrénataux.org, qui diffuse des vidéos pour les futures mamans sur Internet. De petites entreprises pour le moment, mais qui sont solidement enracinées dans leur communauté.


« Ces entreprises ne créent pas des centaines d’emplois et ne réussissent pas toutes à survivre », explique Mme Poliquin. Cependant, elles ne plieront pas bagage en emportant dans leur sillage des dizaines d’emplois. Et elles contribuent à la diversité de l’économie. Un atout certain pour Sherbrooke.


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