Conserver un régime à prestations déterminées, le choix de Desjardins

Offert par Les Affaires


Édition du 29 Novembre 2014

Conserver un régime à prestations déterminées, le choix de Desjardins

Offert par Les Affaires


Édition du 29 Novembre 2014

Le Mouvement Desjardins a conservé son régime à prestations déterminées malgré les lourds déficits accumulés. Question de philosophie et de nécessité d’attraction de main-d’œuvre. Mais depuis plusieurs années, il a pris un virage pour maîtriser les coûts du régime et en assurer la pérennité. Le tout en concertation avec les employés.


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Le régime, qui compte 50 000 participants et a accumulé près de 10 milliards de dollars, a accusé un déficit en solvabilité de 4 milliards en 2010. Mais, dès 2006-2007, sans savoir qu’une crise économique allait entraîner une détérioration du régime, le Mouvement Desjardins s’est rendu compte que les projections, notamment démographiques, imposaient une révision complète du régime à prestations déterminées en place depuis une trentaine d’années au Mouvement.


La crise de 2008 et surtout la baisse des taux d’intérêt en 2009-2010 ont confirmé la nécessité de «faire des gros changements », se souvient Sylvain Gareau, vice-président pour le régime de rente du Mouvement Desjardins. L’employeur, qui cotise au régime à hauteur des 2/3 contre 1/3 par les employés, a injecté plus de 500 millions en deux ans pour recapitaliser et sauvegarder le régime.


Le Mouvement a bien pensé changer de régime comme bon nombre d’entreprises l’ont fait ces dernières années. «On a étudié toutes les hypothèses, reconnaît Sylvain Gareau. Mais fermer le régime à prestations déterminées ne règlerait pas le problème du déficit à éponger. De plus, le Mouvement croit beaucoup en la sécurité financière de ses employés et à l’équité entre eux : on n’aurait pas voulu que certains employés bénéficient d’un régime à prestations déterminées pendant que les autres n’avaient droit qu’à un régime à cotisations déterminées.» De plus, le vice-président reconnaît que c’est un atout de poids pour attirer et retenir les talents.


Hausse des coûts, baisse des prestations


Si le régime est resté en place, de nombreuses mesures ont été adoptées en concertation avec le personnel pour en réduire les coûts. «Nous avons dû prendre des décisions difficiles que les employés ont cependant bien comprises», explique Sylvain Gareau, qui a sillonné le Québec pendant deux ans à la rencontre des succursales. Premier changement drastique, l’âge du départ à la retraite : il est passé de 57 ans à … 62 ans. Bien sûr, des mesures transitoires ont été mises en place pour les travailleurs les plus âgés. «Mais les jeunes, ça ne les a pas choqués », se souvient le vice-président. Deuxième décision difficile : la hausser des cotisations. Elles ont augmenté d'environ 3,5 % du salaire lors de l'implantation du plan action global, en 2009-2010.


La stratégie de placement a aussi été revue profondément. «Juste après la crise de 2008, on a décidé de gérer le risque différemment, explique Sylvain Gareau : désormais, notre objectif sera d’obtenir les rendements nécessaires à la satisfaction de notre obligation de paiement des rentes promises, soit 5-6%. Pas de faire un rendement supérieur à ce dont on a besoin. Le problème des régimes de retraite, c’est qu’ils prennent des risques pour faire des rendements élevés.» Dans ce cas, quand les marchés financiers traversent des turbulences, les déficits se creusent.


Santé retrouvée


«Aujourd’hui, les fonds de pension du Mouvement sont investis à hauteur de 30 % en actions contre 50 % pour les régimes des autres entreprises habituellement», précise le vice-président. Le Mouvement a également privilégié les placements alternatifs en investissant dans l’immobilier ou les infrastructures. «Auparavant, nous avions par exemple des hôtels dans notre portefeuille, explique le dirigeant. C’est très lucratif quand ça marche bien, mais c’est risqué. Maintenant, on préfère investir dans l’immobilier locatif, l’énergie éolienne, les autoroutes ou les barrages hydroélectriques.»


Une troisième étape tout aussi difficile que les premières a été menée ces toutes dernières années : les cotisations ont été une nouvelle fois augmentées, l’indexation des rentes, qui était à 3 % est passée à 1 % et le nombre d’années pour évaluer la moyenne des meilleurs salaires qui servent de base pour le calcul de la rente à la retraite est passé de 8 à 5. «Ces deux mesures –baisse de l’indexation et baisse du nombre d’années- ont permis de réduire de 30 % les coûts du régime », souligne Sylvain Gareau.


Résultat de tous ces efforts : «Le rendement est là et même supérieur à nos hypothèses et c’est beaucoup moins volatil.» Et le régime est sauvé, du moins pour le moment. Objectif atteint.


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