La technologie ouvre de nouvelles voies de spécialisation

Offert par Les Affaires


Édition du 29 Octobre 2016

La technologie ouvre de nouvelles voies de spécialisation

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Édition du 29 Octobre 2016

Des étudiants de l’École de technologie supérieure travaillent sur la prochaine génération de drones au sein de Dronolab, un club spécialisé. [Photo : Martin Flamand]

La profession d'ingénieur est en mutation. Toutes les spécialités en génie sont traversées par la révolution technologique qui a un impact tant sur les domaines de la pratique que sur le travail lui-même. Pendant que les secteurs les plus traditionnels s'adaptent, de nouvelles spécialités émergent. Elles sont l'avenir des ingénieurs.



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 Interdisciplinarité. «C'est le mot clé de l'évolution de la profession d'ingénieur», dit André Darveau, doyen de la Faculté des sciences et de génie (FSG) de l'Université Laval. «Aujourd'hui, un ingénieur doit avoir une solide connaissance dans son domaine de spécialisation, tout en sachant ce qui se passe dans les autres secteurs du génie», souligne Steven Chamberland, directeur des affaires académiques et de la vie étudiante et professeur en génie logiciel et informatique à Polytechnique Montréal.


Les projets exigent plus que jamais de posséder des compétences transversales. La mécatronique, qui allie les génies mécanique, électronique et informatique, est cruciale dans l'automatisation, une tendance déjà présente depuis des décennies mais qui va croître encore avec le phénomène de la production 4.0. «Le génie biomédical est également une combinaison des génies mécanique, électrique, chimique, informatique et logiciel», dit M. Chamberland.


On retrouve les mêmes exigences dans d'autres domaines. Ainsi, dans l'entreprise Squarepoint Capital, Maxime Fortin a développé un modèle faisant appel aux compétences d'ingénieurs en logiciel et en télécommunications, notamment. Pour travailler ensemble, ces ingénieurs doivent être ouverts aux autres spécialités, en comprendre les enjeux et avoir, en plus, un minimum de connaissance en codage.


Demande accrue dans le secteur manufacturier


Les changements technologiques amènent également les ingénieurs à travailler dans des milieux où ils étaient déjà présents, mais en moins grand nombre. «La fabrication intelligente est la grande transformation. Toutes les nouvelles tendances - big data, Internet des objets, robotique, etc. - émanent de cette révolution de fond», dit Sylvain Cloutier, directeur des affaires professorales, de la recherche et des partenariats à l'École de technologie supérieure (ÉTS). Ainsi, la production 4.0 fait entrer les ingénieurs dans les entreprises manufacturières en plus grand nombre.


Tandis qu'il avait l'habitude d'embaucher principalement des machinistes, Yves Proteau, coprésident d'APN, un fabricant de pièces d'usinage de haute précision pour l'aéronautique et la défense qui emploie 120 personnes, dont 70 au Québec, a dû embaucher des ingénieurs quand il a modernisé les usines de l'entreprise. Désormais, APN compte une direction de l'ingénierie. Son personnel regroupe des programmeurs, des ingénieurs de plusieurs spécialités, des informaticiens et même un mathématicien.


Les ingénieurs en logiciel et en informatique pénètrent tous les domaines pour accompagner les changements technologiques. Marc Soucy, diplômé en génie électrique de l'Université Laval, préside l'entreprise InnovMetric qu'il a cofondée et qui conçoit des solutions logicielles de modélisation en 3D appliquées au domaine de la métrologie industrielle. Il emploie des ingénieurs en logiciel et en mécanique.


Ses outils permettent à ses clients, qui sont principalement dans l'aéronautique, l'automobile et la fabrication de produits de consommation divers, de les soutenir tant dans la conception et le prototypage de pièces et d'outils qu'au moment de l'inspection finale de produits assemblés. Le logiciel permet, d'une part, de créer des pièces en 3D au moment de la conception et ainsi d'éviter d'avoir à réaliser certains prototypages ; d'autre part, de prendre des mesures des pièces fabriquées afin de vérifier qu'elles correspondent aux paramètres idoines. L'entreprise de Québec compte 250 employés, dont 160 dans la province, et une douzaine de filiales.


«On doit sans cesse actualiser le logiciel et innover. Au total, 80 personnes font de la R-D chez nous», indique Marc Soucy, qui a ajouté à son offre une application de télécommande sur téléphone intelligent afin de pouvoir se connecter à distance au logiciel. «Il a fallu anticiper les besoins des clients sur le plan de la connectivité et des nouvelles technologies», poursuit l'ingénieur et chef d'entreprise.


Les universités s'adaptent


Les universités, de leur côté, ajoutent régulièrement des programmes pour que la profession puisse suivre cette évolution. À l'ÉTS «on introduit de plus en plus le travail d'équipe et l'interdisciplinarité», dit Sylvain Cloutier. L'interdisciplinarité dépasse même le génie. L'année dernière, l'ÉTS a lancé, en partenariat avec les universités McGill et Concordia, un cursus intitulé «Innovation en chirurgie», qui allie le génie, la chirurgie et le commerce dans le but de procurer aux étudiants des compétences nécessaires à la création d'entreprises technologiques. Les étudiants devront mener le processus de mise en marché d'une technologie chirurgicale en passant par les différentes étapes ensemble, chacun apportant son expertise.


Malgré tous ces efforts d'adaptation, «c'est difficile de former les jeunes alors que les technologies évoluent rapidement, constate Steven Chamberland. La durée des formations est un enjeu : il faut former des ingénieurs de manière à ce qu'ils mènent des carrières qui dureront 35 ans, alors que les cycles technologiques sont de 5 à 7 ans. Il faut donc leur donner une formation technique solide de base pour qu'ils soient en mesure de comprendre les évolutions technologiques et de s'y adapter».


Les chaires de recherche, les laboratoires et les clubs étudiants jouent un rôle crucial pour permettre aux futurs ingénieurs d'expérimenter et d'aller plus loin sur le plan technologique. Plus, parfois, que dans les cours. «Dans les études d'ingénieur, on cultive le côté autodidacte de chaque personne. Le fait de réaliser beaucoup de projets nous expose à des problèmes qu'on apprend à solutionner», explique Maxime Fortin, de Squarepoint Capital.


Une législation à la traîne


Tandis que les universités tentent de s'adapter à l'évolution de la profession, la législation encadrant les ingénieurs a du mal à suivre le rythme, selon l'Ordre des ingénieurs du Québec (OIQ). En effet, la loi date de 1964 et n'a fait l'objet que de modifications mineures depuis . De plus, elle n'inclut pas les nouveaux domaines du génie.


La présidente de l'Ordre, Kathy Baig, a soulevé la question en septembre lors de la commission parlementaire sur le projet de loi 98 sur la gouvernance des ordres professionnels : «... la science et les besoins de la société ont passablement évolué et [...] le champ d'exercice de notre profession tel que décrit dans la loi actuelle est maintenant désuet. Notre loi s'intéresse de près aux activités du génie civil et des génies plus traditionnels, elle ignore largement le rôle des ingénieurs en génie informatique, logiciel, biotechnologique et plusieurs autres. Pour bien protéger le public, l'Ordre des ingénieurs du Québec doit faire reposer ses activités sur une loi qui reflète mieux la réalité d'aujourd'hui». C'est un des chantiers majeurs de l'OIQ.


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