Les professionnels du droit plus vulnérables mentalement

Offert par Les Affaires


Édition du 13 Janvier 2018

Les professionnels du droit plus vulnérables mentalement

Offert par Les Affaires


Édition du 13 Janvier 2018

[Crédit photo : deposit photos.com]

Épuisement professionnel, anxiété, stress, abus de substances, dépression, suicide : les professionnels du droit sont en général plus touchés que les autres par les problèmes de santé mentale. Est-il venu le temps de changer les choses ? «Tout à fait ! Les avocats me le disent : ils sont prêts pour du changement», répond Nathalie Cadieux, professeure à l'Université de Sherbrooke et membre de l'Équipe sur les organisations en santé (ÉOS). Elle travaille actuellement sur un projet de recherche, en collaboration avec le Barreau du Québec, dont le titre explique bien l'objectif : «Étude des déterminants de la détresse psychologique et du bien-être dans la profession d'avocat au Québec.» La première phase de cette recherche, de nature qualitative, vient de se terminer.


Le projet a été lancé dans le but de pouvoir enfin dresser un portait de la détresse psychologique chez les avocats de la province. Peu d'études avaient été réalisées sur le sujet, et le manque de données rendait l'élaboration de solutions plus difficile. Sauf que quelques bribes d'informations laissaient entrevoir un réel problème.


Au pays, par exemple, la recherche avait déjà montré que les avocats sont trois fois plus à risque que les autres professionnels de souffrir de dépression, d'alcoolisme et de toxicomanie, et six fois plus à risque de se suicider. Dans la province, le volume de demandes au Programme d'aide aux membres du Barreau du Québec (PAMBA), un service d'aide et de consultation offert aux membres qui souffrent de problèmes de santé mentale, avait par ailleurs augmenté énormément. Entre 1996 et 2016, le volume de demandes a crû de 300 %. De 2004 à 2016 seulement, le nombre de dossiers traités est passé de 296 à plus de 1 000.


«Et ça, c'est juste la pointe de l'iceberg, explique Mme Cadieux, parce qu'il y a des avocats qui consultent un psychologue privé et qui ne passent pas par le PAMBA, de peur de subir un litige déontologique ou de voir leur histoire étalée devant leurs collègues.»


Facteurs de stress


Les résultats de la recherche de Mme Cadieux ? Elle a relevé plusieurs facteurs qui contribuent à la détresse psychologique chez les avocats.


La technologie - Internet, cellulaires, courriels - en est un. Son développement a alourdi la tâche des avocats, mais a aussi accéléré le rythme de travail. Ils doivent par exemple établir souvent leur crédibilité auprès d'un client et déconstruire des mythes quand celui-ci a déjà trouvé solution à son problème... sur un site de droit en France. Les rapports, eux, après avoir été envoyés au client, ne reviennent plus avec des corrections après une semaine, comme au temps du courrier. Ils reviennent après une heure.


Les contraintes liées à la réglementation de la profession - inspection, isolement professionnel, imputabilité, secret professionnel - sont aussi de grandes sources de stress. La culture, voire le culte, de la compétitivité, que ce soit entre les cabinets ou à l'intérieur de ceux-ci, compte aussi pour beaucoup. Idem pour les longues semaines de travail et les heures facturables. «Le fait de devoir atteindre un nombre d'heures facturables a été indiqué comme une importante source de stress par tous les participants de notre étude», précise Mme Cadieux. À l'inverse, elle a relevé certains facteurs protecteurs de la santé mentale. Parmi ceux-ci : les perspectives de carrière, l'autonomie dans le choix des dossiers, la qualité des relations avec les collègues, supérieurs et clients, et le sentiment de contribuer à aider les gens.


La deuxième phase de la recherche de Mme Cadieux est déjà entamée. Elle est de nature quantitative et vise à mesurer la détresse chez les avocats dans le but de mieux comprendre le problème et de proposer des solutions adéquates autour de 2018-2019.


Solutions


Le problème n'est pas propre au Québec. Chaque province a ses enjeux particuliers, même si elles partagent parfois des défis similaires, explique Cheryl Canning, présidente du Forum Mieux-Être de l'ABC (L'Association du Barreau canadien) . «On a tenu notre atelier annuel récemment à Winnipeg, dit-elle. Il semblerait, par exemple, qu'il y ait une hausse des agressions physiques au Québec. Ailleurs, c'est la toxicomanie. Mais la santé psychologique, c'est un enjeu pour chaque avocat du pays.»


Le Forum Mieux-Être de l'ABC offre d'ailleurs un cours, «La santé mentale et le bien-être chez les membres de la profession juripdique», qui compte pour six heures de formation continue. Le but : offrir aux juristes, aux juges et aux étudiants en droit une formation, un soutien et des ressources pour les aider à comprendre les problèmes de santé mentale et de toxicomanie.


«On reconnaît le problème plus qu'avant, et les jeunes avocats sont plus disposés à changer les choses, mais il nous reste encore du chemin à faire, dit Mme Canning. Il faut changer la culture.»

À suivre dans cette section


image

Efficacité énergétique

Vendredi 21 septembre


image

Objectif Nord

Mardi 25 septembre


image

Gestion du changement

Mercredi 03 octobre


image

Marché du cannabis

Mercredi 10 octobre


image

Expérience client

Mercredi 14 novembre


image

Communication interne

Mardi 27 novembre


image

Gestion de la formation

Mercredi 05 décembre


image

Contrats publics

Mardi 22 janvier


image

Financement PME

Mercredi 30 janvier

DANS LE MÊME DOSSIER

Sur le même sujet

Trivium veut permettre aux PME de financer leurs recours en justice

05/09/2018 | Catherine Charron

Ça fait maintenant deux ans que Marc-Antoine Cloutier discute avec Desjardins de «cette petite révolution».

Yves Séguin rejoint le cabinet d'avocats BCF

09/07/2018 | lesaffaires.com

L'ancien ministre des Finances se joint à l'équipe à titre d’avocat-conseil et de conseiller stratégique.

OPINION Des nouvelles des grands cabinets d'avocats
Édition du 16 Juin 2018 | Jean-François Venne
Les avocats forcés à innover
Édition du 13 Janvier 2018 | Simon Lord
La réputation des avocats s'améliore... peut-être
Édition du 13 Janvier 2018 | Simon Lord

À la une

Des obligations à court terme en période de hausse de taux. Pas toujours la meilleure idée!

Il y a 44 minutes | Ian Gascon

Les FNB d’obligations ne s’écroulent pas malgré la hausse des taux. Voici pourquoi?

Comment éviter de prendre une décision irrationnelle

10:51 | Valérie et Sylvia Gilbert

BLOGUE - Voici un outil qui aide à prendre des décisions d'affaires, et même lors d'une élection, comme le 1er octobre.

MTY et Richelieu graduent au S&P/TSX

Il y a 44 minutes | Dominique Beauchamp

Le 24 septembre avant l'ouverture, MTY et Richelieu feront enfin leur entrée au grand indice de la Bourse de Toronto.