Renaître par le travail

Publié le 20/10/2012 à 00:00, mis à jour le 22/10/2012 à 14:06

Renaître par le travail

Publié le 20/10/2012 à 00:00, mis à jour le 22/10/2012 à 14:06

Le téléphone sonne à intervalles réguliers cet après-midi-là, au siège social fraîchement rénové de Renaissance Montréal. Patiemment, Monique Villeneuve, la réceptionniste, répète le fonctionnement de l’organisme, décrit les emplois disponibles et la procédure pour les obtenir. À une demandeuse peu tentée par les postes de caissière ou de manutentionnaire qui lui sont proposés, elle précise que deux stages de six mois en comptabilité sont aussi disponibles chaque année.


Juste à côté, le va-et-vient continuel dans la boutique Fripe-Prix du boulevard Saint-Laurent témoigne du dynamisme de cette entreprise sociale, maintenant bien implantée avec dix magasins à Montréal et un à Laval. « Un nombre qui pourrait facilement doubler dans les prochaines années », avance Pierre Legault, directeur et fondateur de Renaissance, lauréate de la catégorie développement durable.


L’insertion par le travail


Le dirigeant de 58 ans, qui a aussi fondé et dirigé Moisson Montréal, décrit Renaissance comme une « entreprise du 21e siècle ». Les gens donnent des articles usagés à Renaissance, qu’elle met en vente à prix minimes dans ses boutiques Fripe-Prix. Le personnel de ces magasins est composé en partie de gens vivant des difficultés d’insertion en emploi.


Ils peuvent être manutentionnaires, vendeurs, trieurs, caissiers, ou préposés à l’entretien. L’organisme se situe donc à la croisée de l’insertion sociale et de la consommation responsable, en plus de jouer un rôle économique dans les quartiers défavorisés. L’entreprise s’autofinance à 80 %, et Emploi-Québec Montréal fournit l’autre 20 %.


Depuis ses débuts en 1994, Renaissance a placé 2 623 personnes en emploi, dont un grand nombre issu de l’immigration. Et ses résultats s’améliorent d’année en année. En 2011-2012, 171 des 216 participants se sont trouvé un emploi après leurs six mois chez Renaissance, et 37 sont retournés aux études. Cette année-là, les trois quarts des participants étaient des femmes, et une proportion similaire avait plus de 30 ans. Près de huit sur dix n’avaient aucune expérience de travail au Québec. L’entreprise a aussi récupéré 5 540 tonnes de vêtements et de biens ménagers.


Apprendre de ses revers


La situation n’a pas toujours été aussi rose. Pendant quelques années, Renaissance peinait à faire ses frais. Elle s’était un peu éparpillée avec un projet d’exportation et une boutique équitable, qui avaient fait long feu. Puis est venue, il y a sept ans, la décision qui a tout fait basculer. « Nous avons décidé de faire des affaires ! », lance le directeur. L’organisme a compris qu’une marge de profit était cruciale pour assurer son développement et son autonomie. Sans elle, impossible de développer des marchés, de parer aux imprévus ou d’acquérir de nouveaux équipements.


Renaissance s’est recentrée sur son activité principale, qui est d’utiliser les Fripe-Prix pour faire de l’insertion sociale. Elle a créé de nouveaux indicateurs pour suivre ses résultats-clés, et surtout changé son approche publicitaire. Autrefois axée sur la vente en magasin, elle l’est maintenant sur la sollicitation de dons. Un grand succès, assurant l’arrivée quotidienne de plus de 10 000 items dans les boutiques.


Les bénéfices lui offrent de nouvelles possibilités. Ainsi, malgré le refus d’Emploi-Québec Laval d’embarquer dans l’aventure, Renaissance a ouvert un magasin en octobre 2010 sur le boulevard Des Laurentides, convaincu de répondre à un besoin d’insertion dans ce quartier. Elle l’a financé grâce aux bénéfices de ses autres boutiques. Après un déficit d’environ 300 000 dollars en 2011, le magasin est en voie de faire ses frais en 2012.


Ce changement de cap place toutefois Renaissance devant un nouveau défi : faire face à la concurrence. « Nous devons affronter des compétiteurs féroces, des multinationales comme le Village des valeurs, dotées de gros capitaux », souligne Pierre Legault. Mais la mission de Renaissance vaut bien de se battre, conclut-il.


Activité de l’entreprise : Insertion socioprofessionnelle, réemploi et recyclage


Année de fondation : 1994


Siège social : Montréal


Effectifs : 225 employés permanents


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