Chasser le bruit grâce au saule

Publié le 20/10/2012 à 00:00, mis à jour le 22/10/2012 à 13:52

Chasser le bruit grâce au saule

Publié le 20/10/2012 à 00:00, mis à jour le 22/10/2012 à 13:52

Par Pierre Vallée

La pollution par le bruit est bien réelle et de moins en moins tolérée, d’où l’apparition dans le paysage de murs antibruit. Dans la majorité des cas, ces derniers sont construits en béton ou formés de talus de terre. Mais peut-on faire mieux?


C’est l’ambition de l’entreprise Les Écrans Verts, lauréate dans la catégorie Jeunes entrepreneurs - Centre du Québec. Fondée en 2009 par Francis Allard et son associé Olivier Payette, cette PME construit des murs antibruit à partir de tiges de saule.


Ce n’est pas le premier coup d’essai de Francis Allard. Cet ingénieur fils d’agriculteur a fondé en 2006 Agro-Énergie, une entreprise qui produit du saule afin d’en utiliser la biomasse comme combustible à chauffage.


« Avec Agro-Énergie, je suis aller faire une tournée en Europe, notamment dans les pays scandinaves », raconte-t-il. De passage au Danemark, il découvre la compagnie Pilebyg, fabricant et installateur depuis plus de 20 ans de murs antibruit faits en saule.


«Comme la situation économique ne me permettait pas de développer Agro-Énergie au rythme que j’aurais souhaité et que nous avions déjà la production de saule à notre actif, j’ai vu là une occasion de me diversifier. J’ai donc négocié avec Pilebyg une licence de fabrication et de distribution de cette technologie pour l’Amérique-du-Nord. »


Une technologie verte


Cette technologie se décline en deux versions, en saule vivant et en saule séché. On tisse ensemble des tiges de saule de sorte à former une palissade. Dans le cas du saule vivant, les tiges sont en dormance et, une fois plantées dans le sol, donneront des racines et donneront des feuilles.


Dans le cas du saule séché, on plante, au pied de la palissade, de la vigne qui vient la verdir tout en la protégeant. Le mur antibruit est formé de deux palissades entre lesquelles on place la matière isolante, dans le cas présent, de la laine de roche.


« Cela donne un mur antibruit très efficace, puisque le bruit est entièrement absorbé par le mur. De plus, comme il est végétalisé, il est beaucoup plus esthétique. »


Pour le moment, ce sont surtout les murs en saule séché qui sont de loin les plus populaires, car ils n’ont pas besoin d’entretien. Le mur en saule vivant, lui, doit être taillé au moins une fois par année et être bien irrigué. Les Écrans Verts propose aussi cette technologie, mais sans la matière isolante, pour la fabrication de clôtures.


Le défi du financement


C’est le financement qui a été le premier défi de la jeune entreprise. « On ne pouvait pas cogner à la porte des institutions financières car nous n’avions rien à mettre en garantie. » Pas question, en effet, pour les associés de mettre en péril le patrimoine familial, constitué des deux fermes de leurs parents. « On a donc financé les débuts de notre entreprise grâce à nos cartes de crédit personnelles. »


Un premier soutien est venu de la Société d’aide au développement des collectivités Achigan-Montcalm, qui a avancé à l’entreprise les fonds nécessaires pour la réalisation du tout premier contrat.


Depuis ce temps, l’entreprise a réalisé d’autres mandats et peut donc maintenant compter sur des assises financières plus solides. Elle a obtenu des contrats pour la construction de plusieurs murs antibruit situés près d’infrastructures de transport. En 2011, par exemple, elle a effectué un projet pour l’Agence métropolitaine de transport. «Nous commençons aussi à pénétrer le marché des promoteurs immobiliers, qui sont souvent dans l’obligation d’ériger un mur antibruit. »


Faire connaître un produit inconnu de ce côté-ci de l’Atlantique n’est pas une mince affaire. Tous les profits de leur premier contrat ont ainsi été investis. Ils cherchent également à travailler de près avec les professionnels de la construction, les architectes, les ingénieurs, les paysagistes, bien placés pour recommander le produit à leurs clients.


Mais avant de se lancer à la conquête de l’Amérique du Nord, Francis Allard entend d’abord consolider la position de l’entreprise au Québec. « C’est un défi majeur de lancer une entreprise avec un nouveau produit. Il ne faut pas trop se précipiter. Les projets doivent suivre une courbe ascendante et respecter notre capacité d’exécution. Et peu importe où seront distribués plus tard nos produits au Canada et aux États-Unis, nous entendons maintenir la production au Québec. »


Effectifs : 4 employés à temps plein


Siège social : Saint-Roch-de-l’Achigan


Année de fondation : 2009


Activités de l’entreprise : fabrication et installation de murs antibruit en saule


 

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