Financer la croissance de l'entreprise

Offert par Les Affaires


Édition du 14 Octobre 2017

Financer la croissance de l'entreprise

Offert par Les Affaires


Édition du 14 Octobre 2017

Par Claudine Hébert

[Photo : 123rf.com]

DOSSIER PME - L'argent est le nerf de la guerre pour une entreprise en pleine croissance. Pourtant, certaines PME demeurent frileuses et retardent le moment de demander de l'aide financière externe pour accélérer leur développement. Quelles sont leurs craintes ?


FixMeStick tient coûte que coûte à conserver son indépendance financière. Depuis 2012, les fondateurs Corey Velan et Marty Algire ne sont jamais allés frapper à la porte d'une banque ou d'un investisseur pour demander de l'aide pour le développement de l'entreprise. Les deux entrepreneurs se sont préparés eux-mêmes à faire face à la musique. Ils ont économisé suffisamment d'argent avant de quitter leur emploi et ont utilisé leur épargne pendant 18 mois avant de créer et de lancer leur dispositif antivirus au printemps 2012. «Notre croissance a toujours reposé sur nos ventes. On préfère croître à notre rythme et garder ainsi la maîtrise de l'entreprise à long terme», indique Marty Algire.


Leur crainte quant au capital de risque et aux investisseurs privés est alimentée par les multiples exemples de fondateurs d'entreprises de renom qui, devenus minoritaires, ont été forcés de démissionner au cours des 10 dernières années. Ça a notamment été le cas de Jack Dorsey chez Twitter en 2008, d'Andrew Mason de Groupon en 2013 et, plus récemment, du fondateur d'Uber, Travis Kalanick.


«On a une relation commerciale avec la BMO ainsi qu'une marge de crédit, mais on ne travaille avec aucun prêteur sénior. Au moins une fois par mois, une firme de capital de risque et d'investissements privés nous contacte pour discuter. On refuse. Ce n'est tout simplement pas encore le bon moment. Un jour, on investira peut-être davantage dans le marketing. Il nous faudra toutefois analyser si l'investissement rapportera autant que nos méthodes actuelles», dit M. Algire.


Des négociations serrées


Chez Spordle, à Boisbriand, on observe la même prudence. La direction tient elle aussi jalousement à son autonomie financière. Jusqu'à maintenant, le succès de cette entreprise qui diffuse l'information de nombreuses associations de sport amateur au Québec est directement lié à la croissance interne. Spordle n'a ainsi jamais obtenu de prêts de la part d'institutions financières (sauf un de la BDC) ni le soutien d'anges investisseurs.


«C'est l'argent provenant de nos marges de crédit et de nos actifs personnels, à moi et à mes associés, qui a permis à Spordle de prendre son envol et de poursuivre ses activités», soulève Lyno Côté, le président-fondateur. Remarquez, dit-il, l'entreprise sera bientôt assez mature pour évoluer en mode acquisition, une stratégie nécessaire pour franchir les frontières de la province. «À ce moment-là, nous allons sans doute recourir à des investisseurs pour passer à l'action.»


Le comportement de ces entrepreneurs est compréhensible, souligne Louis Jacques Filion, professeur honoraire au Département d'entrepreneuriat et innovation de HEC Montréal. «Lorsqu'on demande à un entrepreneur d'expérience ce qu'il a trouvé le plus difficile dans sa carrière, ce sont justement les négociations avec les capitalistes, les prêteurs, les investisseurs. Ces financiers exigent souvent beaucoup de garanties et ignorent quel est le degré de risque auquel s'expose l'entrepreneur pour les lui accorder.» Les entrepreneurs prudents, ajoute-t-il, ont tout intérêt à consolider leurs fondations avant de s'embarquer dans de gros prêts ou dans un échange d'équité pour de l'investissement.


Trop de mouvements chez les directeurs de compte


Par ailleurs, plusieurs entreprises qui reçoivent déjà du capital reconnaissent que les institutions financières ne leur facilitent pas toujours la vie. «En affaires, on choisit son banquier avant de choisir sa banque. On a besoin d'une personne de confiance qui comprend les réalités d'une entreprise comme la nôtre qui roule à vitesse grand V», soutient Francis Maheu, chef de la direction chez Functionalab. Cet entrepreneur du domaine cosmétique a d'ailleurs été lui-même banquier dans une autre vie. «L'aide des institutions est précieuse, souligne-t-il, mais celles-ci ont la fâcheuse habitude de changer constamment les directeurs de compte de place», note-t-il.


Au cours des cinq dernières années, Francis Maheu a vécu cette situation à au moins cinq reprises. «Tout le capital politique et humain, solidement construit, retombe du coup à zéro. Ce n'est pas évident lorsqu'on dispose de peu de garanties immobilières. Un peu de stabilité serait appréciée», conclut l'entrepreneur.


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