Divulguer le salaire des dirigeants: bonne ou mauvaise idée?

Publié le 19/11/2017 à 06:04

Divulguer le salaire des dirigeants: bonne ou mauvaise idée?

Publié le 19/11/2017 à 06:04

L’obligation de divulgation des salaires des dirigeants est de plus en plus répandue, alors que certaines entreprises rendent volontairement publiques l’ensemble de leurs salaires


En Californie, la start-up Buffer publie tous ses salaires, de celui du PDG à celui de l’employé le moins bien payé. Une autre, SumAll, rend tous les salaires accessibles, mais seulement à l’interne. Ce que fait aussi le géant de l’alimentation WholeFoods depuis 1986.


Certaines entreprises, comme la brésilienne Semco, l’américaine Valves ou la québécoise Percolab laissent même les employés fixer entre eux leurs salaires. Chez Semco, par exemple, ils peuvent opter pour l’une de onze formes de rémunération en plus de fixer leur salaire.


Dans certains pays, le gouvernement rend publiques les déclarations d’impôt de tous les citoyens. Chaque mois de novembre voit d’ailleurs les médias finlandais publier les salaires des 10 000 Finlandais les mieux payés et faire leurs choux gras des revenus des personnalités publiques et stars sportives.


Encore peu fréquent



«Les travailleurs se sont habitué à la transparence qu’ils retrouvent sur les médias sociaux, explique Geneviève Cloutier, associée rémunération chez Normandin Beaudry. Cette tendance rejoint le monde de la rémunération, d’autant plus que les questions d’équité salariales, entre hommes et femmes ou entre les plus hauts salariés et les plus bas sont très présentes.»


Dans la pratique, toutefois, la transparence demeure l’exception plutôt que la règle. «Les employeurs ne sont pas nécessairement rendus à l’étape d’instaurer une grande transparence quant aux salaires de chacun, mais se donnent les moyens de bien expliquer comment les salaires sont établis, soutient-elle. Ça aussi, c’est une forme de transparence importante. Les incompréhensions quant à la fixation des salaires peuvent créer de fortes tensions dans une entreprise.»


Une transparence payante


La situation est différente du côté des dirigeants et cadres supérieurs, en raison des obligations de divulgation des salaires. Au Québec, on doit divulguer la rémunération des cinq employés les mieux payés d’une entreprise cotée en bourse. D’autres juridictions exigent plutôt de publier l’écart entre le salaire du PDG et le salaire moyen.


«Dorénavant, la divulgation inclue tous les aspects de la rémunération globale d’un dirigeant, le salaire, les options d’achat d’actions, les régimes de retraite, etc.», précise Marie-Soleil Tremblay, professeure à l’École nationale d’administration publique et chercheure au Centre de recherche sur la gouvernance.


Les obligations de divulgation ont été resserrées par les législateurs, afin de rendre les conseils d’administration plus disciplinés et d’éviter les programmes de rémunération de dirigeants exagérés. La cible a-t-elle été atteinte ? Pas nécessairement, répond Marie-Soleil Tremblay.


«Certains avantages, comme les parachutes dorés qui voyaient les dirigeants partir avec de mirobolantes primes de départ même après une démission, sont à la baisse, note-t-elle. Cela répond à une pression des actionnaires et du public. Toutefois, la divulgation a eu un effet imprévu. Ayant en main toutes les données, les dirigeants des différentes entreprises peuvent facilement se comparer entre eux. Si leur salaire est inférieur à la moyenne, ils exigent des augmentations. Or, ces augmentations font grimper la moyenne. Ce cercle vicieux pousse les rémunérations à la hausse.»




 


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