Fille d’artiste, elle prend la relève d’une galerie d’art

Publié le 18/06/2015 à 08:00

Fille d’artiste, elle prend la relève d’une galerie d’art

Publié le 18/06/2015 à 08:00

Anne Lemieux avait à peine 26 ans lorsqu’elle a repris les rênes de la galerie d’art Le Chien d’Or, dans le Vieux-Québec, en 2010. Sa passion et son dynamisme lui ont permis de se forger une crédibilité, malgré son âge. « Je suis chanceuse d’être entourée de beauté chaque jour, raconte la jeune femme. Aujourd’hui encore, j’ai des étoiles dans les yeux quand je parle de ma galerie. »


Même si elle avait des études de deuxième cycle en gestion, Anne Lemieux n’avait pas pensé à se lancer en affaires. Jusqu’à ce que l’occasion se présente. « Mon père, un artiste, était représenté par la galerie Le Chien d’Or. Quand il a su que le propriétaire voulait vendre, il m’en a parlé tout de suite. » En trois semaines à peine, la transaction était bouclée et elle prenait la tête de la galerie d’art, située dans un immeuble centenaire. « On peut dire que j’ai saisi l’opportunité! »


La jeune femme n’a pas eu à débourser pour devenir propriétaire. Elle a plutôt reçu ce qu’on appelle du « love money ». « J’ai fait un appel à tous auprès des membres de ma famille et quelqu’un a cru à mon projet. Il ne s’agit pas d’un don, mais plutôt d’un prêt qui m’a permis de me lancer », explique-t-elle.


Son premier défi? « Le fait d’être une jeune entrepreneure au féminin, répond Anne Lemieux. Cela tranche avec le mythe du galeriste plus âgé. » Car il n’est pas si simple d’être crédible, surtout auprès des clients, lorsqu’on a l’air (et qu’on est) jeune. Souvent, ils lèvent un sourcil d’étonnement quand ils apprennent qu’elle n’est pas qu’une employée. « Certains, surtout ceux qui connaissaient l’ancien propriétaire, n’étaient pas convaincus au départ. Mais aujourd’hui, ils reviennent!»


Une réalité qu’Anne Lemieux est loin d’être la seule à vivre. « La crédibilité ne se bâtit pas uniquement quand on fait un bon coup, mais aussi de la façon dont on est introduit dans la compagnie », explique Suzanne Lavigne, présidente et fondatrice de Générations plus, une firme de consultation spécialisée en transfert d’entreprises. « Quand une personne arrive de l’extérieur, c’est important que le vendeur le présente à son réseau, lui montre comment tirer les ficelles, qu’il lui explique qui aborder, etc. Il doit jouer le rôle de mentor. »


Heureusement pour elle, Anne Lemieux a toujours pu compter sur les conseils de l’ancien propriétaire, non seulement pour la gestion comptable, mais aussi pour ses choix artistiques. « Il détenait la galerie depuis 30 ans et était prêt à passer à autre chose. L’entente a toujours été bonne entre nous. Au début, il jouait un rôle plus actif. Maintenant, il travaille comme consultant pour l’évaluation de tableaux. »


Le facteur « wow »


Faire montre d’audace, peu importe son âge, permet aussi de susciter l’adhésion, ajoute Suzanne Lavigne. « La crédibilité se gagne facilement lorsqu’on travaille dans un domaine qui nous allume, où on peut mettre à profit nos talents. On arrive alors avec de nouvelles idées, une vision, des projets qui vont susciter un effet "wow ". » Ce qui donne envie aux autres de nous suivre! D’ailleurs, Anne Lemieux a su rapidement gagner la confiance des artistes qui exposent chez elle. « Certains étaient là avant que j’arrive en poste, mais ils m’ont fait confiance. Il y en a un qui m’a dit qu’il sentait que je savais où je m’en allais et que ça lui plaisait. Ce qui est encore plus vrai aujourd’hui, alors que j’ai cinq ans d’expérience. »


Ajouter sa couleur


Dès son arrivée, la jeune femme a mis la galerie, située à deux pas du château Frontenac, à sa main. « Les artistes qui étaient exposés auparavant étaient plus classiques. Sur les 25, je n’en ai conservé que cinq et j’en ai recruté de nouveaux. Je voulais que les œuvres aient un style plus jeune, plus moderne, plus contemporains. C’était important pour moi d’ajouter ma couleur. » Elle a aussi revu de fond en comble l’aménagement de l’endroit.


Anne Lemieux n’a pas non plus ménagé les efforts pour diversifier son offre : service d’encadrement et de laminage, vente de produits d’artisans locaux, d’œuvres de petits formats ou d’affiches, location de la galerie pour des événements, exposition de tableaux chez des partenaires, etc. Le tout en conservant en tête sa mission : montrer que l’art peut être abordable. Les pièces se vendent entre 85$ et 4000$. Les plus chères sont celles peintes par son père, décédé en 2011.


Ces changements rapportent puisque la propriétaire pense enregistrer, en 2014, sa meilleure année. Mais surtout, le fait d’être propriétaire d’une entreprise la comble au quotidien. « Je n’ai pas l’impression de travailler quand je suis à la galerie, car j’aime être en contact avec le public. En même temps, la gestion d’une entreprise est un défi quotidien. C’est énormément stimulant! » Une passion contagieuse…


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