La discipline du multidisciplinaire

Offert par Les Affaires


Édition du 10 Mars 2018

La discipline du multidisciplinaire

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Édition du 10 Mars 2018

­Lito ­Green ­Motion, de ­Longueuil, a bénéficié de l’apport d’un projet étudiant pour la conception de la ­Sora, une motocyclette électrique très ­avant-gardiste.

Dans une foule de domaines, « les produits développés sont multidisciplinaires, mais leur design est fait séquentiellement », selon Daniel Spooner, maître d'enseignement au département de génie mécanique de Polytechnique Montréal. Or, le travail multifonctionnel est un des piliers du développement de produits d'aujourd'hui, insiste Bertrand Derome, spécialiste de ces questions et directeur général de l'Institut de développement de produits. « Il faut arrêter ce processus en séquences et intégrer dès les premières étapes le marketing stratégique, le design, l'ingénierie de production, l'approvisionnement, la finance. Trop souvent on entend parler de multidisciplinarité seulement entre des secteurs d'ingénierie mécanique ou électrique. Il faut aller bien au-delà et voir le produit comme un développement d'entreprise. »


Le problème tient en partie au fait que chaque discipline entretient ses propres modes de pensée et son propre vocabulaire spécialisé, incapable d'échanger avec des collaborateurs venant d'autres horizons. Et ce problème se développe dans les salles de cours des universités. Or, quelle meilleure place pour le désamorcer que dans ces mêmes salles de classe ?


Tour de Babel


C'est ce à quoi s'attelle M. Spooner. Avec d'autres experts, ce spécialiste des pratiques de conception multidisciplinaire anime chaque trimestre un projet qui réunit une quinzaine d'étudiants de trois écoles aussi diverses que Polytechnique, HEC Montréal et l'École de design industriel de l'Université de Montréal. Pendant huit mois, ces étudiants planchent sur un projet pratique à partir d'un problème soumis par une entreprise.


Les projets sont évidemment très formateurs pour les étudiants qui se retrouvent, en quelque sorte, dans une tour de Babel. « C'est sans doute le défi essentiel rencontré par les participants, explique M. Spooner. Au début, quand les étudiants en génie parlent de preuve de concept, ceux en design d'expérience de l'usager, et ceux en marketing d'identité de marque, personne ne se comprend. C'est un choc de cultures. »


Le choc est tel qu'il entraîne souvent les étudiants à remettre en cause l'ensemble du projet. Toutefois, à force d'échanger, le choc s'atténue, le dialogue s'intensifie et tous en viennent à comprendre les vocabulaires et les points de vue de chacun, tout cela avec l'aide constante des professeurs, eux-mêmes formés aux trois disciplines.


Au fil des jours, « les étudiants en viennent à constater qu'ils parlent de la même chose avec des langages différents, et il faut parfois des mois avant qu'ils s'en rendent compte, » note Sofiane Achiche, professeur de génie mécanique à Polytechnique.


Le but n'est pas de former des spécialistes des trois disciplines d'ingénierie, de design et de marketing, insiste Fabienne Munch, directrice de l'École de design de l'Université de Montréal. Il s'agit plutôt de former des spécialistes capables de parler un même langage.


Précieux tremplin


Éminemment formateur pour les étudiants, le projet l'est autant pour les entreprises. « Un projet de ce type est une forme d'étude de faisabilité très aboutie, commente le professeur Spooner. De plus, il arrive souvent que les réflexions des étudiants mettent en lumière des aspects importants de la problématique qui avaient été négligés par le client. »


« On ne doit pas s'attendre à plus que des idées préliminaires de la part des étudiants », affirme Jean-Pierre Legris, président fondateur de la jeune entreprise Lito Green Motion, de Longueuil, qui a bénéficié de l'apport d'un projet étudiant pour la conception de la Sora, une motocyclette électrique très avant-gardiste.


Dans un deuxième temps, l’entreprise a recouru au studio L’Unité Créative Inc, qui s’est d’ailleurs mérité deux prix pour son design innovateur de la moto, un red dot award : design concept 2011, à Singapour, et un des Grands prix du design 2012, à Montréal.


Lancée en 2014, cette moto se définit comme la première supermoto électrique de luxe, offrant des performances d'une vitesse de pointe de 180 kilomètres à l'heure et une autonomie de 180 kilomètres. Ses caractéristiques en font un rêve futuriste : enveloppe en fibre de carbone, châssis en aluminium de classe aéronautique, gestion de puissance sophistiquée qui indique, au moment d'inscrire une destination dans le GPS, si le conducteur dispose d'assez de charge pour se rendre.


Or, le projet étudiant a permis à Lito Green Motion de faire non seulement les design préliminaires et l'ingénierie de sa motocyclette, mais, « sur la base des travaux effectués par les étudiants, le projet m'a permis d'obtenir un premier financement pour lancer mon entreprise, souligne Jean-Pierre Legris. Quand on sait à quel point il est difficile de se lancer en affaires au Québec, il a été très précieux d'avoir accès à une ressource à moindre coût pour des développements technologiques complexes. »


C'est sans compter que les deux premiers employés de Lito Green Motion étaient des finissants en ingénierie qui avaient travaillé sur le projet.

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