L'invasion non invasive

Offert par Les Affaires


Édition du 11 Mars 2017

L'invasion non invasive

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Édition du 11 Mars 2017

Le projet TransMedTech vise notamment à réduire la médication tout en multipliant son efficacité.

Dans un laboratoire de Polytechnique, assis devant un appareil, Sylvain Martel s'affaire à des contrôles tout en gardant à l'oeil un animal endormi couché sous un dispositif d'imagerie médicale. L'essentiel de ce qui se passe est invisible à l'observateur. Par l'action d'ondes électromagnétiques, le Pr Martel dirige des bactéries dans les vaisseaux sanguins de l'animal, vers une tumeur cancéreuse enfouie dans un organe.


Ces bactéries appartiennent à une espèce qui répond naturellement aux ondes électromagnétiques. On peut donc les diriger dans l'organisme pour leur faire livrer très précisément une dose de médicament dans une tumeur. Le jour où la permission aura été accordée d'effectuer une telle opération non invasive sur l'humain, on aura complètement changé la chimiothérapie.


«À l'heure actuelle, on inonde le corps d'un cocktail chimique, mais peu de médicament se rend à la cible, explique Sylvain Martel, professeur en génie informatique à Polytechnique et chercheur dans le vaste projet TransMedTech. Avec notre approche, on va radicalement réduire la médication et multiplier par 100, sinon plus, l'efficacité de livraison.»


Génie invasif


Plus qu'IVADO, «TransMedTech est LE projet de Polytechnique», affirme Carl-Éric Aubin, directeur exécutif et scientifique du projet, et professeur de génie mécanique à Polytechnique. En effet, cette initiative affiche un budget de 95,6 millions de dollars, et sur sa soixantaine de chercheurs, 35 sont ingénieurs de l'école.


Ce projet s'oriente autour de trois axes : traitements contre le cancer, innovations en technologies de réadaptation, et diagnostics et interventions du futur. Les technologies les plus à la pointe y abondent : nanothérapies, microsystèmes «théranostiques», biocapteurs, sondes biophotoniques, matériaux intelligents. Une approche ressort : la médecine non invasive.


Évidemment, TransMedTech n'en a pas que pour les traitements minimalement invasifs, mais cette approche est très présente. Par exemple, Caroline Boudoux, professeure au Département de génie physique, met au point des sondes biophotoniques qui prendront le relais des biopsies, souvent douloureuses. Elles permettront de visualiser in situ un organe malade et d'y effectuer un diagnostic en temps réel. Frédéric Leblond, du même département, travaille à la conception de microsenseurs susceptibles d'effectuer des diagnostics en temps réel dans le cas de troubles du cerveau.


Labo vivant


L'ambition de TransMedTech va au-delà du mandat scientifique traditionnel. L'innovation s'immisce dans le processus de recherche lui-même, à l'intérieur d'un vaste «écosystème ouvert», comme le caractérise M. Aubin. Le projet met en jeu une formule très avancée de Living Lab. En effet, la recherche sera menée dans une aile du CHU Sainte-Justine, et les chercheurs seront chaque jour en relation avec les médecins, les infirmières, les administrateurs et les patients. Tous ces acteurs, par leurs besoins spécifiques, auront une influence sur l'orientation et le parcours des recherches.


Le Living Lab s'étend au-delà de la clinique. Il met également en jeu une foule d'acteurs d'affaires : entreprises, financiers, experts en brevets, économistes en santé. Le but est d'accélérer sensiblement le processus qui va de la conception d'une invention à son implantation en pratique médicale, en passant par sa commercialisation.


Aujourd'hui, le processus de découverte suit une séquence linéaire qui, d'une étape à l'autre, mène une invention jusqu'au marché. «Au bout de cette séquence, on se retrouve souvent 15 ans plus tard, et la fenêtre d'opportunité s'est refermée», fait remarquer M. Aubin.


TransMedTech substitue le parallélisme au séquentiel. Au fil du cheminement d'une invention, les intervenants de tous horizons seront en mesure d'intégrer de multiples détails au projet, de façon à éviter les impasses. M. Aubin donne un exemple éloquent : l'auteur d'un projet aura l'occasion d'échanger avec le responsable de l'approvisionnement de l'hôpital et d'apprendre que l'achat du produit, au prix prévu de 12 000 $, ne pourra jamais être approuvé par le système de santé. Vaut mieux en être informé tôt que tard.


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