Cinq façons de se financer

Publié le 17/10/2009 à 00:00

Cinq façons de se financer

Publié le 17/10/2009 à 00:00

L'argent, c'est le nerf de la guerre, dit-on souvent. Mais par où commencer pour l'entreprise qui veut poursuivre sa croissance, mettre en marché un nouveau produit ou faire une acquisition ? Gros plan sur cinq solutions.


1- Les anges financiers


Ils peuvent venir à la rescousse lorsque la mise de fonds des entrepreneurs n'est pas suffisante et que le love money [capital de proximité en français] est inexistant. "Les anges financiers sont des gens d'affaires prêts à aider financièrement des jeunes entre- preneurs dynamiques", dit Patrice Vachon, associé en droit commercial chez Fasken Martineau.


Anges Québec est un regroupement d'entrepreneurs d'expérience dont la mission est d'aider ses membres à réaliser des investissements profitables. Capital Innovation a mis sur pied un concours ouvert aux entreprises dans le secteur des hautes technologies dont le but est de favoriser la rencontre avec des anges.


Ce concours s'adresse aux entreprises à l'étape du prédémarrage, du démarrage ou de la croissance et vise des investissements de 100 000 $ à 1 million de dollars. "Les entreprises de ce secteur ont intérêt à y participer. C'est une excellente façon de bénéficier du soutien financier et de l'expérience des anges financiers. Les meilleurs dossiers sont présentés en plénière à une quarantaine d'anges qui sont intéressés à prendre des participations dans ces sociétés technologiques", explique M. Vachon.


Quand l'entrepreneur fait ses preuves, l'aide des anges financiers peut aller au-délà du démarrage de l'entreprise. Patrice Vachon cite le cas de jeunes hommes d'affaires qui avaient bénéficié du soutien financier de quelques anges financiers quand ils ont acheté leur PME. Par la suite, les prêteurs ont choisi de convertir leurs débentures en capitaux propres et de remettre de l'argent dans l'entreprise pour financer l'expansion des affaires. "Il s'agit là d'une très grande marque de confiance. Une fois que vous avez démontré que vous êtes capable d'atteindre les résultats prévus, vos investisseurs sont rassurés et vont généralement vous suivre dans le cas d'une expansion de marché", souligne M. Vachon.


Le montage financier d'un projet est généralement très complexe. Pour y voir plus clair et choisir le meilleur financement possible, M. Vachon conseille aux entrepreneurs de s'entourer d'un mentor. "Ce sont des gens d'expérience qui veulent aider de jeunes entrepreneurs, pas nécessairement du point de vue financier, mais sous forme de coaching. Le mentor peut ouvrir des portes pour le financement, les fournisseurs ou les clients. Souvent, ils sont prêts à aider gratuitement ou à peu de frais. C'est important de s'entourer de gens de confiance. C'est un gage de succès."


2- Le financement consenti par le fabricant


C'est par une simple poignée de main du manufacturier que Johanne Dion, de Trans-Herbe, a obtenu le financement pour l'achat d'une machine pour fabriquer du thé et des tisanes. Valeur totale du projet : 3,5 millions de dollars.


L'achat d'équipement nécessite l'élaboration d'une stratégie de financement. Nicolas Marcoux, associé et directeur général de PricewaterhouseCoopers, conseille d'aller voir le fabricant dans un premier temps. "Les manufacturiers d'équipement ont généralement des programmes de financement qui sont normalement plus avantageux que ce que les banques peuvent offrir. Évidemment la machine nous coûtera un peu plus cher que si on l'avait payée comptant, mais si notre capacité de financement est limitée, c'est une option à considérer", dit cet expert en financement.


C'est ce qu'a fait Trans-Herbe. Disposant de peu de capitaux et de garanties insuffisantes, Trans-Herbe pouvait difficilement se tourner vers une banque pour financer l'achat d'une machine de ce prix.


Par contre, si l'entrepreneur a la capacité d'emprunter, M. Marcoux suggère plutôt de négocier le meilleur prix possible avec le fabricant et d'obtenir son financement ailleurs. "On peut combiner un financement à même les fonds autogénérés et un financement bancaire.


Il y a aussi des sociétés qui se spécialisent dans le financement d'équipement, comme GE, la Banque de développement du Canada et Roynat."


Le financement subordonné est moins approprié pour l'achat d'équipement. "Il existe du financement beaucoup moins dispendieux sur le marché. Le prêt à terme est plus approprié pour ce type de transaction", dit Roger Giraldeau, vice-président, financement subordonné, de la Banque de développement du Canada.


3- Le financement subordonné


Quand l'entrepreneur ne dispose pas des garanties exigées par les prêteurs traditionnels, le financement subordonné est une piste à envisager.


Ce type de financement peut être utilisé pour fournir de nouveaux capitaux à l'entreprise, pour financer sa croissance ou traverser une période difficile. "Ce produit s'apparente à du capital, mais constitue une dette. Son remboursement est généralement basé sur les flux de trésorerie excédentaires de l'entreprise. Le rendement du prêteur provient de la plus-value de l'entreprise. On partage le risque avec l'entrepreneur et on peut lui prêter à un taux d'intérêt souple", explique Roger Giraldeau, vice-président, financement subordonné, de la Banque de développement du Canada (BDC).


Cette solution est moins onéreuse que le financement par actions et évite la dilution du capital. "On vise un rendement de 18 à 25 %", précise M. Giraldeau.


Jean-François Bernier et Benoît Lord ont choisi le financement subordonné en 2006, lorsqu'ils ont acheté Bio Spectra, qui avait développé un purificateur d'air à base de charbon activé.


Financer l'entreprise a été le premier défi des deux entrepreneurs. "On achetait une société qui n'était pas facile à financer car elle n'avait pas beaucoup d'actifs. On achetait une marque et sa valeur intrinsèque, ce qui ne cadrait pas avec les critères des banques. De plus, on n'avait pas beaucoup d'argent pour la mise de fonds, et on ne voulait pas partager le capital."


Après de nombreuses rencontres avec le vendeur et plusieurs intervenants, le montage financier a été réalisé grâce à diverses sources, dont les économies des nouveaux propriétaires (12,5 %), une garantie de prêt du Centre local de développement de Deux-Montagnes (10 %), un prêt personnel de la Société d'investissement Jeunesse de Montréal (12,5 %) ainsi qu'un crédit vendeur (25 %) étalé sur cinq ans. Les acquéreurs ont aussi obtenu un financement subordonné de la BDC (40 %).


Pour obtenir un financement subordonné, les entrepreneurs doivent fournir une mise de fonds et posséder l'expérience pertinente. Différentes formules peuvent être envisagées. "Je conseille de ne pas acheter tout le capital-actions de l'entreprise au départ. Idéalement, les acheteurs devraient viser 50 % et avoir une balance de vente [crédit vendeur] pour les 50 % restants. Cela gardera le vendeur intéressé par la suite des choses et permettra que la passation des pouvoirs se déroule bien", dit M. Giraldeau.


L'expert en financement conseille de bien s'entourer pour réaliser la vérification préalable et d'exiger des états financiers vérifiés afin d'éviter les mauvaises surprises... une fois le contrat signé. Point de vue que partage Nicolas Marcoux, associé et directeur général de PricewaterhouseCoopers. "Il est important de mettre à risque le moins de capitaux propres possible. Une balance de prix de vente est une excellente solution de financement. Elle permet une transition avec le vendeur. On peut aussi utiliser une dette prioritaire, car elle coûte moins cher et est déductible d'impôt. L'idéal, s'il manque encore de l'argent, est un financement subordonné. Enfin, un partenaire qui injecte de l'argent frais améliore le bilan, toutefois son coût est élevé et la plus-value est partagée avec lui", souligne M. Marcoux.


Dans un financement subordonné, la BDC peut consentir de 250 000 $ à 10 millions de dollars. "On essaie d'avancer des fonds qui ne dépassent pas 50 % de la valeur économique de l'entreprise", dit M. Giraldeau. L'horizon du financement subordonné va de cinq à sept ans.


M. Marcoux souligne que le financement subordonné offre plusieurs avantages : il est déductible d'impôt, ne nécessite pas de convention entre actionnaires et se met en place assez rapidement. À la BDC, le délai de traitement peut prendre de 20 à 30 jours.


4- Le capital de risque


Êtes-vous prêt à partager la propriété de votre entreprise ? Si la réponse est non, oubliez le capital de risque.


Les sociétés de capital de risque cherchent à investir leurs fonds dans des entreprises qui offrent un potentiel de croissance et une position prometteuse dans leur marché. "Le capital de risque peut être une source de financement pour divers projets, comme l'acquisition d'immobilisations, l'achat d'équipement ou d'une entreprise, renforcer sa structure financière ou racheter un partenaire", explique Pierre Bérubé, trésorier et membre du conseil de Réseau Capital, l'association du capital de risque et du placement privé du Québec.


Les avantages sont nombreux. L'injection de capital permet d'améliorer la structure et les ratios financiers. "L'entrepreneur a une plus grande flexibilité et la capacité de réaliser ses projets. Comme il y a peu de remboursement à court terme, voire pas du tout, le capital investi et les fonds autogénérés peuvent être utilisés pour accélérer la croissance de l'entreprise. De plus, cela peut faciliter l'accès à des fonds additionnels", dit l'expert en financement.


Le capital-risqueur apporte plus que du capital. Il cherche à donner une plus-value à son investissement en mettant à la disposition son expertise, son réseau et ses connaissances. "Bien choisir son partenaire est primordial. Il faut connaître les objectifs de l'investisseur, son horizon de placement et les mécanismes utilisés pour se retirer éventuellement", dit M. Bérubé.


"En outre, le partenaire de capital de risque impose une certaine gouvernance et une discipline au sein de l'entreprise par l'établissement d'un c.a. C'est une autre dynamique. Il faut être prêt à répondre aux questions et à être transparent."


La perspective de plus-value, le réalisme du plan d'affaires et la capacité des gestionnaires à atteindre les objectifs sont scrutés à la loupe par un investisseur. "La pire chose à faire est de se présenter chez l'investisseur sans avoir de plan. Le projet doit être bien décrit et prévoir des actions concrètes et un plan de financier d'au moins cinq ans. On n'a pas la chance de faire une bonne impression deux fois.", dit M. Bérubé.


L'équipe de direction doit par ailleurs démontrer sa compétence, son engagement et son dynamisme, en plus d'avoir une vision stratégique claire et de maîtriser les processus de gestion modernes. "Que ce soit pour accompagner l'entrepreneur dans ses démarches stratégiques, fignoler le plan d'affaires, solliciter les financiers, choisir le meilleur montage financier et les bons partenaires, le consultant demeure une ressource importante. Il ne faut pas hésiter à consulter."


Patrice Vachon, associé en droit commercial chez Fasken Martineau, est du même avis. "Il faut savoir quel capital-risqueur va être intéressé par notre industrie et notre projet. Un consultant, un avocat, un comptable, un courtier ou un banquier qui est actif dans ce milieu permet de se diriger au bon endroit. Il est important de ne pas inonder le marché avec nos demandes."


Comment solliciter un capital-risqueur ? La première chose à déterminer est de savoir si on y va seul ou accompagné d'un conseiller. "Dans certains cas, ils souhaitent rencontrer l'entrepreneur face à face, sans courtier, pour juger de ses capacités. Cela permet aussi de sauver les frais de courtage", dit M. Vachon.


"Le capital-risqueur exigera par ailleurs un droit de veto sur les décisions importantes, une présence au conseil d'administration, l'accès à l'information financière et des droits de sortie dans une certaine période de temps. Il faut être ouvert lorsqu'on approche ce type de financiers", résume M. Vachon.


5- Les marchés boursiers


Aller en Bourse permet de recueillir des capitaux auprès des investisseurs. "Les gens d'affaires utilisent ce canal pour deux raisons : monnayer une partie de leur avoir ou aller chercher des capitaux pour croître. Généralement, le marché est plus réceptif lorsqu'on parle de croissance", dit Nicolas Marcoux, associé et directeur général de PricewaterhouseCoopers.


"Pour s'inscrire en Bourse, il faut que le timing soit bon, ce qui n'a véritablement pas été le cas depuis un an."


Passer de société fermée à société ouverte est un processus rigoureux exigeant l'expertise de comptables et de conseillers juridiques. L'accès au marché des capitaux peut prendre deux ou trois ans. "Il faut être prêt à divulguer l'information financière et à être tributaire de la façon dont les marchés l'évalueront", ajoute l'expert.


Devenir une entreprise cotée en Bourse entraîne des coûts et exige un changement de culture important. Les exigences de présentation de l'information et la pression exercée sur l'entreprise pour maintenir les cours de son titre sont deux facteurs à considérer avant de se lancer dans l'aventure.


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