Stimuler les régions grâce à la restauration des sites miniers abandonnés

Offert par Les Affaires


Édition du 23 Avril 2016

Stimuler les régions grâce à la restauration des sites miniers abandonnés

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Édition du 23 Avril 2016

Bruno Bussière, professeur titulaire de la Chaire industrielle CRSNG-UQAT sur la restauration des sites miniers [Photo : Valérian Mazataud]

La restauration des sites miniers abandonnés s'impose soudain comme une priorité environnementale à moyen terme du gouvernement de Philippe Couillard. Ainsi, une enveloppe totale de 620 millions de dollars sur six ans a été annoncée dans le dernier budget, de sorte que Québec dépensera annuellement près de 10 fois la somme qu'il consacrait en moyenne à la réhabilitation au cours des années précédentes.


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Pourquoi cette urgence, alors que le gouvernement a plutôt tendance à réduire ses dépenses dans d'autres domaines ? C'est poser la question à l'envers, selon le ministre délégué aux Mines, Luc Blanchette : c'est justement parce que les régions minières tournent au ralenti que le gouvernement a décidé de mettre le paquet, question de stimuler les économies locales.


«Faire de grands chantiers de ce type permet de dégager de nouveaux contrats pour les firmes d'ingénieurs et de créer des emplois dans les communautés durement touchées, que ce soit dans le Nord-du-Québec, l'Abitibi ou sur la Côte-Nord», dit-il en entrevue avec Les Affaires.


«Dans certains districts miniers, il s'agit de dépenses allant jusqu'à 45 M$. Cela fait travailler pas mal de monde.» M. Blanchette souhaiterait d'ailleurs voir des clauses d'embauches locales figurer dans les futurs appels d'offres du ministère de l'Énergie et des Ressources naturelles (MERN), quoique rien n'ait été décidé en ce sens pour le moment.


En Abitibi, où tout le secteur tourne au ralenti, la nouvelle a été «bien reçue», mais il est beaucoup trop tôt pour parler de «création d'emplois». «J'aime mieux ouvrir de nouvelles mines que d'en fermer de vieilles», dit sans grand enthousiasme Denis Jobin, vice-président au développement corporatif chez Norascon, une entreprise de construction d'Amos. «Quand il y a des ralentissements miniers, on est amené à faire de la restauration, mais il n'y a pas d'entreprise qui ne fait que ça», dit-il.


La restauration consiste essentiellement à recouvrir de matériaux divers (boue, sable, gravier, argile, résidus forestiers) les rejets miniers afin de pouvoir revégétaliser les sites et éventuellement les rendre aux communautés.


Dans le cas des roches sulfureuses, il faut en outre bloquer tout contact avec l'air. En effet, l'oxydation des sulfures acidifie les eaux de drainage (pluie, neige) qui, à leur tour, dissolvent les métaux présents dans la roche et les dispersent dans la nature. On doit donc construire en plus des digues de confinement ainsi que des systèmes de traitement des eaux.


Une facture de 775 M$


Depuis que le gouvernement a inscrit les sites miniers abandonnés à son passif environnemental en 2007, 118 M$ ont été dépensés pour des travaux de restauration, ce qui représente une moyenne de 13 M$ par année. Quelque 120 sites ont déjà été restaurés, 22 autres ont été entamés et une quarantaine d'autres attendent de l'être. Si on ajoute les 260 sites d'exploration et les autres sites à sécuriser, on en arrive à une facture totale de 775 M$ encore à débourser. Avec ces 620 M$, on espère donc achever 80 % des travaux d'ici 2022.


Le gros des dépenses sera affecté à la dizaine d'exploitations abandonnées dont les résidus, qui génèrent des drainages acides, devront être complètement encapsulés. À elle seule, la Mine Principale, près de Chibougamau, coûtera 166 M$, soit près de 20 % de la facture totale !


C'est plus de trois fois le coût de restauration du site Manitou en Abitibi (51 M$). Considéré comme le plus «problématique» de la province, ce parc de 200 hectares à proximité de Val-d'Or a annihilé toute vie dans la rivière Bourlamaque sur au moins 3 km en aval.


À même le sol


«Pour les anciennes mines, on parle d'une centaine d'aires d'entreposage de rejets abandonnés, qui recouvrent de 2 000 à 2 500 hectares», estime Bruno Bussière, professeur titulaire de la Chaire industrielle CRSNG-UQAT sur la restauration des sites miniers. Cela équivaut à peu près à la superficie de l'arrondissement Mercier-Hochelaga-Maisonneuve, à Montréal. Cette donnée n'est pas innocente. Car, si la restauration consiste à recouvrir les déchets miniers, encore faut-il les recouvrir de quelque chose.


«Après l'argent, l'autre problème majeur, c'est de trouver le sol», dit Isabelle Demers, professeure-chercheuse à l'Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue. Les mines en exploitation peuvent bien réutiliser leurs propres rejets pour la restauration, quitte à les modifier pour les rendre adéquats (par la désulfuration, par exemple). Mais lorsqu'il n'y a plus d'exploitation, il faut prendre le sol à même le... sol.


«Ça a beaucoup d'impacts sur l'environnement, estime M. Bussière. En plus de restaurer le site minier, on doit remettre en état le dépôt naturel [sable, argile, sol organique]. Il y a des gens qui ne seront pas très heureux de voir le MERN décaper de grandes superficies ailleurs.»


Dans le cas du site Manitou, le hasard a bien fait les choses : la mine Goldex d'Agnico-Eagle se trouve suffisamment proche pour qu'il soit possible de mettre à profit ses propres déchets, non sulfureux ceux-là. Un pipeline de 24 kilomètres a été construit vers la fin des années 2000, dans lequel coulent les résidus de Goldex sous forme de pulpe épaisse. Le MERN dispose donc d'un approvisionnement régulier de roches broyées pour recouvrir le site sulfureux de Manitou et éventuellement bloquer son oxydation. De son côté, Goldex réduit sa propre empreinte environnementale en utilisant un parc à résidus existant.


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