L'autre crise qui menace l'industrie forestière québécoise

Publié le 11/10/2017 à 06:30, mis à jour le 11/10/2017 à 09:17

L'autre crise qui menace l'industrie forestière québécoise

Publié le 11/10/2017 à 06:30, mis à jour le 11/10/2017 à 09:17

Par François Normand

Le protectionnisme américain frappe un autre secteur. Photo: 123rf

Cette crise est bien pire que le conflit du bois d’œuvre, pourtant personne n’en parle ou presque. Au début de 2018, les États-Unis imposeront des droits compensateurs et antidumping à 18 usines de papier non couché (papier journal) au Canada, dont 10 au Québec, menaçant la santé financière de papetières et de scieries dans la province.


Au Québec, cinq usines appartiennent à Produits forestiers Résolus (PFR), trois à White Birch Paper et deux à Kruger. De nombreuses scieries approvisionnement ces dix usines, et ce, du Bas-Saint-Laurent à l’Abitibi-Témiscamingue en passant par la Côte-Nord.



« Les effets de ces droits peuvent être épouvantables pour les scieries, affirme Michel Vincent, économiste au Conseil de l’industrie forestière du Québec (CIFQ), visiblement très inquiet de la situation. »


Même sentiment d’inquiétude du côté de Résolu. «Ça va avoir d’énormes conséquences, dans une industrie forestière qui compte 60000 emplois directs», souligne Karl Blackburn, directeur principal, affaires publiques et relations gouvernementales.


Cette nouvelle crise dans l’industrie forestière survient alors que les États-Unis imposent déjà des droits compensateurs et antidumping sur les exportations canadiennes de bois d’œuvre (27%) et de papier surcalandré (18%).


Des droits à la suite d’une seule plainte


Le ministère américain du Commerce (DOC) compte imposer des droits sur les exportations de papier journal à la suite d’une plainte déposée le 9 août par Norpac, un producteur américain de papier journal dans l’État de Washington.


L’entreprise affirme que l’industrie canadienne bénéficie de subventions, ce qui lui permet de vendre son papier journal à des prix très bas aux États-Unis.


Norpac est en difficultés financières. À la mi-août, elle a annoncé qu’elle réduira ce mois-ci (en octobre) du tiers sa production à son usine de Lakeview (près de Seattle) afin de demeurer compétitive, rapporte le The Daily News.


Selon le CIFQ, le DOC devrait indiquer en janvier les droits compensateurs préliminaires qu’il compte imposer aux entreprises canadiennes. Ils devraient entrer en vigueur dans la même semaine.


Pour leur part, les droits antidumping devraient être rendus publics deux mois plus tard, soit au début mars 2018. Ils entreront aussi en vigueur quelques jours plus tard.


En temps normal, les droits totaux devraient avoisiner ceux imposés aux producteurs canadiens de bois d’œuvre et de papier surcalandré, estime Michel Vincent.


Par contre, les droits compensateurs et antidumping de 300% imposés à Bombardier(Tor., BBD.B) sur les futures ventes de CSeries aux États-Unis créent une certaine incertitude à propos de la future décision du DOC.


«On ne peut pas faire abstraction de ça», confie Michel Vincent.


L’industrie du papier journal est très fragile


Ces futurs droits sont plus menaçants que ceux imposés sur le bois d’œuvre, selon le CIFQ. Car, contrairement au papier journal, la demande de bois d’œuvre augmente constamment aux États-Unis.


Aussi, malgré les droits de 27% qui ont coûté au moins 500 millions de dollars à l’industrie canadienne du bois d’oeuvre, les producteurs canadiens ont continué d’exporter sur le marché américain en raison des prix élevés, de la faiblesse du huard et de la demande croissante dans la construction résidentielle, selon La Presse canadienne.


C’est un tout autre portrait pour le papier journal, selon Michel Vincent. «Les marges bénéficiaires ne sont pas élevées», dit-il.


Et pour cause: la demande est en déclin et les prix sont à la baisse en Amérique du Nord. De plus, les producteurs ne pourront jamais refiler une partie des droits aux consommateurs de papier journal, comme les imprimeurs.


Voilà pourquoi les producteurs de papier journal sont plus à risque que les producteurs de bois d’œuvre, sans parler de leurs fournisseurs de copeaux de bois.


Résolu commence à trouver la soupe chaude.


L’entreprise est déjà touchée par le conflit du bois d’œuvre et du papier surcalendré. «Uniquement pour le papier surcalendré, on a versé plus de 53 millions de dollars aux Américains depuis 2015!», déplore Karl Blackburn.


La survie d’usines de Résolu est-elle menacée au Québec? Le porte-parole de l’entreprise ne répond pas directement, mais il laisse entendre que l’imposition de nouveaux droits fera très mal.


«Nous sommes dans un secteur très compétitif. Malheureusement, si on ajoute des taxes, il est clair que cela ne vient pas faciliter les opérations», dit-il.


Jointe par Les Affaires, la ministre de l’Économie, de la Science et de l’Innovation (MESI), Dominique Anglade, a indiqué que son gouvernement se préparait à l’imposition de nouveaux droits compensateurs et antidumping contre l’industrie forestière.


Pour l’aider, Québec étendra le programme d’aides prévu pour le bois d’œuvre aux producteurs de papier journal. «Ça va être les mêmes critères et le même programme pour accompagner les entreprises qui auraient des manques de liquidités», dit-elle.


Par ailleurs, le gouvernement Couillard vient aussi d’élargir le mandat de Raymond Chrétien, le négociateur du Québec dans le dossier du bois d’œuvre avec les Américains, afin qu’il s’occupe aussi du dossier du papier non couché.


 


 

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