Les méthodes de gestion de demain


Édition du 07 Avril 2018

Les méthodes de gestion de demain


Édition du 07 Avril 2018

La première décision de la centaine d’employés de Produits Métalliques Bussières a été de supprimer la pointeuse. Ils déclarent désormais leurs heures sur la base de la confiance. [Photo: Produits Métalliques Bussières]

Des usines sans patron, des cadres sans consignes, des employés qui prennent leurs propres décisions: bienvenue dans l’ère de la confiance et de la liberté au travail, piliers des nouveaux modes de gestion. Ces organisations qui replacent l’humain au cœur de son emploi émergent par dizaines depuis quelques années. Débarrassées des protocoles conventionnels et des contraintes hiérarchiques, on les appelle les entreprises libérées.

« La pression et le contrôle exercés sur les employés entraînent leur démotivation. Les travailleurs veulent plus qu’un salaire désormais, ils cherchent un emploi qui a du sens, qui leur permet d’exprimer leurs compétences et leur créativité », dit Ebrahimi Mehran, professeur au Département de management et technologie de l’Université du Québec à Montréal. Il observe que face à ce bouleversement des pratiques salariales, de plus en plus d’entreprises remplacent leurs méthodes de gestion traditionnelles pour une approche plus humaine.


Élaboration de méthodes efficaces


« Libérer son entreprise, c’est accepter que tout le monde puisse avoir de bonnes idées, pas juste les patrons, dit Isaac Getz, professeur à l’ESCP Europe et auteur de livres sur la transformation organisationnelle. Tous les collaborateurs contribuent alors à l’élaboration de méthodes efficaces. Les cadres ne sont plus là pour contrôler, mais pour encadrer les équipes et permettre à chacun de participer au projet de l’entreprise. »

Ce modèle de gestion est unique, et à la fois multiple, puisqu’il en existe autant d’exemples que d’entreprises, chacune créant elle-même ses méthodes sur-mesure. Il se distingue de toutes les autres formes d’organisation qui, même si elles visent à donner plus de liberté aux employés, leur imposent tout de même une façon de faire. « On ne peut pas dire à la place d’un salarié ce dont il a besoin pour se sentir bien, il faut lui demander directement ! » dit Isaac Getz.

Directeur de l’usine familiale Produits Métalliques Bussières à Saint-Henri, Steve Bussières a supprimé l’organisation traditionnelle en place dans son entreprise depuis 1991 pour une nouvelle fondée sur la confiance et l’implication de chacun. « Je vivais mal la pression liée à mes responsabilités, dit-il. Quand j’ai vu que d’autres entreprises québécoises comme Cascades et Regitex s’étaient libérées avec succès, j’ai décidé d’abolir moi aussi les protocoles qui nous contraignaient, de déléguer mes responsabilités et d’attendre que de nouvelles règles émergent naturellement de l’intelligence collective. »


Supprimer la pointeuse


La première décision de la centaine d’employés de Produits Métalliques Bussières a été de supprimer la pointeuse. Ils déclarent désormais leurs heures sur la base de la confiance. L’acquisition d’une nouvelle machine, l’acceptation d’un nouveau projet, la rénovation d’un local et toutes les actions du quotidien sont également décidées par tous. Steve Bussières assiste aux réunions, mais sa voix ne vaut pas plus que celle d’un autre. « J’encourage, je stimule, mais je ne décide plus, dit-il. Chaque problématique est entre les mains des employés concernés, et c’est mieux ainsi. D’ailleurs, notre chiffre d’affaires est en constante progression. »

Cette tendance à la responsabilisation des salariés n’annonce pas la fin des cadres, mais une mutation totale de leurs fonctions. Ils troquent peu à peu leur rôle de contrôleur pour celui d’animateur, qui consiste à veiller aux besoins des employés et à faciliter leurs initiatives. Une telle démarche implique de mettre son ego de côté et d’accepter l’aplatissement des relations hiérarchiques. Dans beaucoup d’entreprises libérées, cela se concrétise par la suppression des privilèges tels que les bureaux et les places de stationnement attitrés, les conciliabules entre supérieurs et les attitudes autoritaires.


Responsabilisation

L’entreprise 4.0 s’appuie sur l’intelligence collective et encourage chacun à faire ce qu’il juge efficace. « La simplification des structures et la confiance accordée aux travailleurs leur permettent d’être plus réactifs pour régler un problème, dit Michel Bundock, Directeur général du Groupement des chefs d’entreprises, un réseau qui compte plus de 2000 membres à travers le Québec, la France, la Suisse et la Belgique. Cette responsabilisation des employés est aussi un gage de motivation, elle donne envie de s’investir et de mettre en place des choses qui fonctionnent. »

En laissant leurs équipes donner un sens à leur travail et aux règles qui l’encadrent, les gestionnaires d’aujourd’hui révolutionnent l’entreprise de demain. Uniques et agiles, ces organisations innovantes pourraient devenir la norme en matière de gestion. « Ce mouvement de libération est de plus en plus puissant. Il concerne déjà des centaines d’entreprises, et tout laisse à penser qu’elles seront bientôt des milliers », conclut Isaac Getz.


 


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