La renaissance du manufacturier

Offert par Les Affaires


Édition du 06 Mai 2017

La renaissance du manufacturier

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Édition du 06 Mai 2017

Longtemps négligé, le secteur manufacturier est à l'honneur aujourd'hui. De nombreux pays découvrent qu'il est au coeur de leur prospérité.


Séduits par la rhétorique de l'ère post-industrielle, les pays développés ont misé sur les services. «On s'est fait engourdir par des utopies !» s'exclame Louis Duhamel, conseiller stratégique chez Deloitte et pionnier qui se bat depuis des années pour ramener le secteur manufacturier au premier plan. «On parle depuis 25 ans d'augmenter nos exportations de services, mais c'est une vue de l'esprit, ajoute-t-il. Il faut qu'on retrouve un peu de lucidité.»


Les chiffres nous prouvent que ce n'est pas dans les services que les choses se passent. Selon les compilations de Deloitte, le secteur manufacturier est responsable de 89,2 % des exportations québécoises (chiffre qui inclut les biens agricoles et miniers) et de 58,5 % des dépenses en R-D. Pourtant, il ne représente que 14,6 % du PIB de la province.


Ce n'est pas tout. «Le domaine manufacturier est le point d'ancrage de la classe moyenne, affirme M. Duhamel. Le salaire moyen en milieu manufacturier est de 22 % supérieur au salaire moyen. Les pays où le PIB du manufacturier est le plus élevé sont ceux où l'écart entre riches et pauvres est le plus faible.»


Un secteur générateur d'exportations


Dans tous les pays développés, le déclin du domaine manufacturier a sévi. Aux États-Unis, alors que la part manufacturière du PIB était de 24,3 % en 1970, elle n'était plus que de 12,8 % en 2010. Même le Japon et l'Allemagne y sont passés, la part du manufacturier passant durant la même période de 35 % à 20 % au Japon et de 33 % à 18 % en Allemagne.


Le secteur manufacturier québécois n'a pas échappé à la chute, «glissant d'environ 23 % en 2002 à 14,6 % aujourd'hui», signale Pierre Gabriel Côté, PDG d'Investissement Québec. La Belle Province a mieux résisté à l'érosion. «Une proportion de 14,6 % nous place dans le top 10 mondial», note M. Duhamel.


Il est intéressant de constater que le secteur manufacturier canadien, générateur de tant d'exportations et de R-D, et qui représente environ 13,4 % du PIB, accaparait 52 milliards de dollars (G$) de profits en 2014, soit 13,3 % des profits d'entreprises totaux (389 G$), selon Statistique Canada. Comparativement, le secteur financier, qui représente 7 % du PIB et qui génère très peu d'exportations et de R-D, engrangeait des profits de 114 G$, soit 29 % des profits totaux.


C'est au Royaume-Uni que le mouvement de renaissance manufacturière s'est dessiné en 2005, avec la publication d'un rapport intitulé «Manufacturing Matters». Les États-Unis ont emboîté le pas vers 2010, suivi par tous les pays développés.


Le Québec vient de se mettre de la partie, notamment par l'intermédiaire du gouvernement du Québec qui, sous l'impulsion de Dominique Anglade, ministre de l'Économie, de la Science et de l'Innovation, a fait du «manufacturier innovant» sa priorité économique (825 millions de dollars disponibles). «On peut vraiment dire qu'un momentum s'est créé», affirme Mme Anglade.


Privilégier la production locale


Par l'entremise d'un mouvement qui réunit des associations de manufacturiers, des regroupements de chefs d'entreprise et des chambres de commerce, Pierre Gabriel Côté a orchestré la mise en place d'un plan d'action en 10 points. «Bien que l'action financière soit cruciale, elle ne constitue qu'un de ces points», note-t-il. Parmi les initiatives que le plan met en avant, relevons le besoin de privilégier la production locale. «On importe beaucoup de choses et on a délocalisé, fait ressortir M. Côté. Que pourrait-on recommencer à produire ici en automatisant ? On pourrait en parler comme de notre reshoring, notre relocalisation à nous.» Une étude à venir d'ici fin mai de Deloitte «définit 80 occasions de substitution de production», indique quant à lui M. Duhamel.


Un des 10 points du plan touche la création d'une certification d'innovation manufacturière, équivalente à un ISO 9000, pour permettre aux chefs d'entreprise de se situer dans leur avancée technologique. Un autre vise à promouvoir la mise en place d'un programme de formation pour les jeunes en entreprise similaire au célèbre programme «dual» allemand. Un autre encore se rapporte à l'établissement d'un réseau collaboratif de partage d'expérience où les entrepreneurs qui veulent implanter les technologies manufacturières de pointe pourront trouver ressources et conseils. «Que le manufacturier soit autant priorisé au Québec, c'est exceptionnel !» conclut M. Duhamel.


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