La recette du succès? La voici! (Mais n'en parlez à personne)

Publié le 28/07/2016 à 08:28

La recette du succès? La voici! (Mais n'en parlez à personne)

Publié le 28/07/2016 à 08:28

Par Olivier Schmouker

Alain Ducasse sait marier abnégation et passion... Photo: DR

Fruit d'un nouveau concept, cet article appartient au dossier La Rédaction a repéré pour vous, un catalogue de signets regroupant des histoires qui nous ont particulièrement allumé et qu'on veut vous faire partager.


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Attention, ce billet de blogue «En Tête» est à nul autre pareil! Et si jamais vous poursuivez sa lecture, vous ne verrez peut-être plus jamais les autres billets de ce blogue de la même façon. Pourquoi? Parce que je vais vous confier, ici et maintenant, la manière dont j'écris ces billets, oui, je vais vous donner accès aux coulisses de la rédaction de mes textes. Ce qui pourrait vous inspirer, voire vous permettre — qui sait? — de rédiger à votre tour des billets de blogue à même de raviver l'intérêt des personnes à qui vous vous adressez (non, non, ne me dites pas merci).


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En fait, la rédaction du journal Les Affaires a eu l'idée d'inviter chacun de ses journalistes et chroniqueurs à partager ses signets avec les lecteurs. C'est-à-dire à vous indiquer quelles sont les publications qu'il consulte religieusement pour se tenir à la fine pointe de l'actualité du secteur d'activité qu'il suit jour après jour, puis de montrer comment, à partir d'une information ainsi dénichée, il réalise un article à la fois solide et passionnant. Et ce, histoire de souligner à quel point il est enrichissant — quelle que soit votre profession — de s'intéresser à tout ce qui se passe autour de soi, y compris à l'étranger.


Bel exercice, n'est-ce pas? Aussi ai-je fait l'effort de regarder d'un oeil neuf les publications que je consulte régulièrement, tant en version papier qu'en ligne. Pour constater que... je ne suis plus de façon régulière des publications fétiches! Non, je ne me fais plus une obligation de regarder, jour après jour, ce que publient, entre autres, la Harvard Business Review, le Kellogg Insight ou la MIT Sloan Management Review. Et encore moins les chroniques Carrière et autres Vie au travail de LaPresse+, Le Monde et Le Figaro.


Pourquoi? Parce qu'elles ne me réservent plus guère de surprises. Parce qu'elles ne m'inspirent plus. Parce qu'elles ne me font pas écarquiller les yeux, et donc ne déclenchent pas la fameuse petite étincelle électrique nécessaire à l'allumage de mes neurones.


En revanche, je papillonne ailleurs. Partout ailleurs. Là où le vent me porte. De fleur en fleur, sans jamais revenir deux fois à la même puisque cela ne m'est plus vraiment utile. Telle est ma technique pour rebondir d'idée neuve en idée neuve. Et l'air de rien, cette dimension aléatoire de mon travail est nettement plus efficace que lorsque je me fiais à une pseudo-routine!


Je vais ainsi de publication en publication sans aucun a priori, confiant dans le fait que je saurai y trouver le pollen dont j'ai besoin pour nourrir mon esprit. Car je sais que c'est à l'instant même où je vais tomber sur une information inattendue, et donc inespérée, que l'étincelle va jaillir d'un coup et provoquer une tempête d'idées dans mon cerveau. Une tempête fantastique, qui finira par se traduire par quelque chose de passionnant.


La preuve? OK. Je vais me prêter à l'exercice devant vous, sans filet. En prenant une publication au hasard, qui traînait chez moi. Une publication qui n'a a priori rien à voir avec le management. D'accord? C'est parti!


Voilà que je déniche un tout petit magazine en papier qui s'appelle Paris Worldwide, plus précisément son numéro de mai-juin 2016. De quoi s'agit-il? Du magazine de Paris Aéroport, vous savez, ces magazines gratuits qu'on trouve un peu partout dans les aéroports parisiens, histoire de nous faire patienter en attendant notre vol. Oui, ces magazines qui visent uniquement à faire la promotion de l'art de vivre à la française, où tout est luxe, calme et volupté, à en donner la nausée. Eh bien, je fais le pari que je vais y dénicher quelque chose qui va vous intéresser, mieux, vous passionner!


Je feuillette le magazine... S'y trouve la liste des adresses parisiennes Coup de Coeur des soeurs Ibeyi : non. S'y trouve aussi un article sur l'exposition Paul Klee, l'ironie à l'oeuvre au Centre Pompidou: trop court, aucune profondeur. S'y trouve encore un article intitulé «Dans les arcanes du luxe»: c'est seulement une compilation d'adresses parisiennes incontournables pour ceux qui n'ont jamais entendu parler de Chaumet ou de Louis Vuitton. Bon, ça ne va pas être facile... Ah! Je crois avoir trouvé: «La France, patrie de la cuisine», qui correspond à une entrevue avec le chef français Alain Ducasse.


Regardons ça ensemble... On y découvre qu'Alain Ducasse ne cesse d'ouvrir de nouveaux restaurants, ces temps-ci: en avril dernier, le Champeaux, à Paris, qui est une brasserie contemporaine installée sous la canopée des Halles; cet été, l'Ore, qui sera, lui, un grand café situé au Château de Versailles. Autrement dit, il est pris de furie créative puisqu'il veille à varier les genres!


«Le Champeaux est une brasserie contemporaine, explique-t-il. Elle est rapide, efficace, ouvre de bonne heure, ferme tard. On peut y venir pour s'y nourrir, y converser, boire un verre de vin ou un cocktail. La secrétaire comme l'ouvrier peuvent se mettre au comptoir pour boire un café, le PDG peut y tenir salon ou organiser un déjeuner.» Et d'ajouter: «C'est un lieu ouvert».


C'est bon, ça: miser sur l'ouverture, sur la diversité, sur la convivialité, pour ne pas dire sur la simplicité. Et ce, dans l'optique de séduire toutes sortes de clientèles, à l'image de la population hétéroclite qui fréquente le quartier des Halles.


Poursuivons... Plus loin, on découvre que l'une des gloires d'Alain Ducasse, c'est d'avoir décroché les trois étoiles du guide Michelin pour trois de ses restaurants. Trois étoiles? C'est la plus grande gloire possible pour un chef. Ni plus ni moins. C'est ce qui souligne, selon le guide, «une identité forte et singulière».


«La cuisine, c'est comme les collections de haute couture. J'ai une collection française à Londres, avec mon restaurant Alain Ducasse at the Dorchester; une autre collection, française contemporaine, à Paris, avec Le Meurice; une collection de la naturalité [note: la naturalité est un concept inventé par le chef français, qui consiste à se nourrir de façon «saine et naturelle», notamment sans viande rouge] à Paris, au Plaza Athénée; une collection méditerranéenne à Monaco, au Louis XV. Aujourd'hui, je suis un directeur artistique, clairement.»


Wow! Alain Ducasse ne se voit plus comme un chef, mais comme un designer. Ça aussi, c'est bon.


«Lagerfeld pense Chanel et Fendi de manière complètement différente, illustre-t-il. Il est capable de basculer de l'un à l'autre. Pour moi, c'est la même chose: l'objectif est de penser dans un langage culinaire à chaque fois distinct.»


Un exemple lumineux: «Si demain je propose la cuisine de Beige, mon restaurant de Tokyo, au Rivea, mon restaurant de Las Vegas, je pense que je suis fermé dans un mois, dit-il. Et vice versa. C'est cette capacité à m'adapter qui me caractérise».


Capacité d'adaptation, donc. Très bien. Continuons la lecture... Alain Ducasse est à la tête d'une vingtaine de restaurants, un peu partout sur la planète. Des restaurants radicalement distincts, qui collent à l'écosystème dans lequel ils évoluent. Comment s'y prend-il pour voler ainsi de succès en succès, en dépit de réalités si différentes? Existe-t-il même une recette du succès, applicable à n'importe quelle réalité? Voici ce que le créateur en série français en dit:


«Le secret est simple, dit-il. Le bon produit, au bon endroit, au bon moment, au juste prix. Il faut veiller à l'harmonie entre le contenu et le contenant.»


Le mot important? Harmonie, bien sûr.


«Dans chacune des catégories dans lesquelles je cours, j'ai l'intention de bien faire mon métier, précise-t-il. Quand je fais du bistrot, Aux Lyonnais de Paris par exemple, j'essaie d'être le meilleur avec un menu à 34 euros (49$). Idem quand je fais de la haute gastronomie, comme au Plaza Athénée, avec un menu à 380 euros (546$). Ce que j'aime, c'est balayer tout le spectre.»


Fascinant, n'est-ce pas? Ainsi, Alain Ducasse est animé par la passion de l'excellence, en tout temps: peu importe que la course à remporter — ou le défi à relever, si vous préférez — soit «petite» ou «grande», elle est toujours importante à ses yeux.


Un dernier point, à présent: son expérimentation technologique. «Avec la jeune firme TouchandPlay, nous avons mis au point une application dédiée au Champeaux, dit-il. Si vous souhaitez y manger rapidement, vous pouvez commander à l'avance grâce à elle. Sitôt assis, vous voyez votre assiette posée sur la table. Le paiement peut aussi s'effectuer de manière électronique: plus besoin de sortir votre portefeuille.»


Autre exemple: le 15 novembre prochain, le spationaute français Thomas Pesquet doit faire un séjour de six mois dans l'espace à bord de la Station spatiale internationale (SSI). Dans sa besace? Une dizaine de recettes de cuisine signées Alain Ducasse! Le chef français va par conséquent partir à la conquête de l'espace!


Pas mal, tout ça, vous ne trouvez pas? Voyons ensemble ce que l'on peut en tirer pour qui se pique, comme nous, de management :


> Séduire à la française. C'est en voulant séduire sans cesse de nouvelles clientèles que le chef français est poussé à innover. Sans frein, sans relâche. Les papilles de la secrétaire comme celles du PDG sont l'objet de son désir, un désir jamais assouvi puisqu'il lui faut toujours rivaliser d'ingéniosité pour leur plaire, aujourd'hui comme demain, sans se reposer sur ses lauriers. Une attitude parfaitement assumée qui correspond, somme toute, à l'image de french lover qui colle à la peau des Français — cette fameuse «identité forte et singulière» prônée par le guide Michelin.


> Penser comme un designer. Le chef français se perçoit aujourd'hui comme un directeur artistique de maison de haute couture, c'est-à-dire comme un designer. Il entend par là qu'il lui faut penser en termes de collections de mode pour coller au lieu et au temps chaque fois qu'il ouvre un nouveau restaurant sur la planète, chaque fois qu'il compose un nouveau menu. Ce qui signifie qu'il lui faut manier plusieurs langages en même temps afin d'être en mesure de parler sa propre langue, celle qui lui permettra de séduire à tous les coups, ou presque, que ce soit à Paris, à Tokyo ou à Las Vegas.


> Viser l'harmonie. La recette du succès existe bel et bien, selon le chef français. Elle consiste tout bonnement à viser l'harmonie au sein de l'écosystème dans lequel on évolue. C'est-à-dire à veiller à bien pratiquer son métier, de concert avec les autres éléments de notre écosystème, et non pas à leur détriment: il ne s'agit pas d'une compétition où les plus forts bouffent les autres, mais d'une coévolution où le meilleur contribue à l'évolution des autres. Bref, le succès véritable n'est jamais individuel, mais toujours collectif; sans quoi, il ne peut être.


> S'ouvrir tout grand à la nouveauté. Alain Ducasse ne se ferme pas comme une huître à l'emprise grandissante de la technologie sur notre quotidien. Au contraire, il y voit des occasions fantastiques, qui vont de l'application facilitant la vie du client pressé à la conquête de l'espace. Il s'ouvre ainsi tout grand à la nouveauté, d'où qu'elle vienne, sans se préoccuper de là où elle peut l'emmener.


Voilà. Telles sont les quatre grandes leçons que l'on peut dégager de cette entrevue du chef français Alain Ducasse parue dans le dernier numéro de Paris Worldwide. Quatre leçons que l'on peut résumer à une seule, celle-ci à mon avis :


> Qui entend voler de succès en succès dans son travail se doit d'agir en... amant! Il lui faut à la fois aimer séduire («séduire à la française»), aimer la nouveauté («s'ouvrir tout grand à la nouveauté»), aimer la différence («penser comme un designer») et aimer la concordance («viser l'harmonie»). Et donc, faire preuve d'abnégation et de passion.


En passant, l'écrivain français Honoré de Balzac a dit dans Physiologie du mariage: «L'amant qui n'est pas tout n'est rien».


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