Transfert d'entreprise: se financer sans étouffer l’entreprise

Offert par Les Affaires


Édition du 22 Avril 2017

Transfert d'entreprise: se financer sans étouffer l’entreprise

Offert par Les Affaires


Édition du 22 Avril 2017

Frédéric Bouchard, associé en transactions, ­Familles inc. chez ­PwC

Le contexte économique est favorable au financement du transfert d'entreprise, en raison d'un surplus de liquidités dans les banques et de taux d'intérêt assez bas. Cependant, gare à la tentation du surendettement, qui fragilise l'entreprise et entrave sa croissance.


«En général, le repreneur n'a pas autant de moyens financiers que le cédant, ce qui pose des défis aux deux parties, souligne Frédéric Bouchard, associé en transactions, Familles inc. chez PwC. Il est fréquent de voir le cédant financer lui-même une partie de la transaction, en consentant une balance de paiement ou en cédant progressivement ses parts. Ces approches sont souvent plus simples à réaliser dans le cadre de transferts familiaux, où le rachat s'échelonne fréquemment sur 5 à 10 ans.»


Le repreneur met généralement à contribution tous ses actifs financiers pour acheter une entreprise. Ensuite, il se met à la recherche de partenaires. C'est souvent là que la situation se corse. Dans une étude publiée en février 2017 par le Regroupement des jeunes chambres de commerce du Québec (RJCCQ), 69 % des jeunes entrepreneurs et professionnels définissaient l'accès aux ressources financières comme l'enjeu principal du transfert d'entreprise.


Julie Morand, ­vice-présidente adjointe, transfert d’entreprise à la ­Banque Nationale


Pourtant, l'écosystème québécois regorge d'investisseurs potentiels. La volonté de conserver des sièges sociaux au Québec et de maintenir un taux élevé d'entrepreneuriat fait que plusieurs acteurs s'engagent, comme PME Montréal, la Financière agricole, les fonds de travailleurs, la Banque de développement du Canada, Investissement Québec (IQ) ou la Caisse de dépôt et placement du Québec, pour n'en nommer que quelques-uns. Cependant, les repreneurs les connaissent peu. Par exemple, toujours selon l'étude du RJCCQ, 85,9 % des jeunes entrepreneurs et professionnels méconnaissent les subventions gouvernementales offertes pour soutenir le repreneuriat. Or, mieux vaut savoir repérer ces acteurs, puisqu'il faut généralement en réunir plus d'un pour terminer le montage financier.


Travailler en équipe


Investissement Québec, par exemple, ne finance jamais plus de 60 % du coût du projet et travaille toujours en partenariat avec d'autres organisations, comme les fonds de travailleurs, Desjardins Entreprises Capital régional et corporatif. Pour qu'IQ accepte d'investir, le repreneur doit réellement prendre les rênes de l'entreprise en acquérant au minimum la moitié des parts, et au moins un actionnaire doit travailler dans l'entreprise. Si le repreneur possède 20 % des actions ou plus, IQ ne demandera pas de mise de fonds. Dans le cas contraire, il exigera une mise de fonds d'environ 10 %, qui ne doit pas provenir d'un prêt.


Luc Regner
Luc Régnier, directeur régional de l’Est du ­Québec à ­Investissement Québec


«Ensuite, nous évaluons la capacité de payer de l'entreprise et nous établissons un niveau de prêt avec nos partenaires, que nous complétons avec de l'équité ou de la quasi-équité par l'intermédiaire de la dette surbordonnée, de la débenture, des moratoires de remboursement ou d'autres facilités de paiement, explique Luc Régnier, directeur régional de l'Est du Québec à IQ. Le plus important est de s'assurer que la dette ne fragilise pas l'entreprise et qu'elle ne l'ampute pas de sa capacité d'investir dans sa croissance.»


Lorsqu'il rencontre ses éventuels partenaires financiers, le repreneur doit faire la démonstration de sa crédibilité. «Imaginons que le prix d'achat est de 20 millions de dollars et que la mise de fonds est de 500 000 $, illustre Frédéric Bouchard. Le repreneur bénéficie d'un solde de prix de vente de 10 %, soit 2 millions de dollars. C'est donc la banque et les fonds qui investiront le gros de l'argent. Comment les convaincre de le faire ?»


Des banques plus flexibles


Sa collègue Sonia Boisvert, associée, Leader Famille inc. chez PwC, indique qu'à ce titre le repreneur bénéficie d'un avantage sur l'entrepreneur lançant sa propre jeune pousse. «L'entreprise qu'il rachète est déjà en place. Elle a un historique, un plan stratégique, dit-elle. Si en plus le cédant offre une balance de paiement et reste un peu engagé dans l'entreprise, cela rassure les banques. En ce moment, le repreneur profite aussi d'un contexte favorable. Les taux d'intérêt sont bas, mais surtout, les banques ont beaucoup de liquidités à investir.»


Un diagnostic que confirme Julie Morand, vice-présidente adjointe, transfert d'entreprise à la Banque nationale (BNC). Cette dernière compte sur une des plus grosses équipes spécialisées en transfert d'entreprise parmi les banques opérant au Québec, avec une dizaine d'experts.


«Les banques disposent de beaucoup de liquidités, les taux d'intérêt sont bas, l'économie va relativement bien et cela modifie un peu leur approche, explique-t-elle. Elles sont prêtes à prendre un peu plus de risques. Certaines banques, comme nous, vont donc accepter de financer des opérations comme les transferts d'entreprise, qui comprennent une bonne part d'intangible et qui ne reposent pas nécessairement sur des actifs donnés en garanti.»


Sonia Boisvert
Sonia ­Boisvert, associée, ­Leader ­Famille inc. chez ­PwC


Environ la moitié des transferts d'entreprise financés par la Banque nationale ces dernières années concernaient des clients de la BNC, qu'elle avait déjà financés par le passé et qu'elle connaissait bien. Néanmoins, dans tous les cas, il faut avoir de bons arguments pour convaincre une banque de se lancer dans une telle aventure.


La banque regarde d'abord s'il s'agit d'un transfert familial, d'un rachat par les cadres ou d'une vente à l'externe. «Le repreneur compte pour beaucoup, précise Julie Morand. C'est lui la clé. Connaît-il bien l'entreprise et le marché dans lequel elle évolue ? A-t-il un plan stratégique solide pour l'entreprise ? A-t-il la capacité de le mener à bien ?»


S'ajoutent à cela des considérations financières. Quelle est la valeur réelle de l'entreprise ? Quels fonds génère-t-elle ? Aura-t-elle les moyens de rembourser sa dette, même dans un cycle économique plus difficile ? On déterminera par la suite quels véhicules financiers peuvent répondre à la situation de l'entreprise. La banque offrira un financement à court terme des opérations courantes, sans hypothéquer le fonds de roulement de l'entreprise par une dette trop lourde. Elle peut aussi proposer une marge de crédit, des prêts à terme avec garantie adossés à des actifs tangibles, comme les équipements, ou encore le financement de relève, qui vient parfaire le montage financier. Toutefois, la banque ne financera jamais le transfert au complet. Elle se limitera toujours à la capacité de l'entreprise de générer des fonds et donc de rembourser. Elle aussi préfère agir en partenariat, histoire de partager les risques.


«C'est le meilleur moment pour financer le transfert d'entreprise, conclut Frédéric Bouchard. Les astres sont bien alignés et on le sent chez PwC. Il y a beaucoup d'action, beaucoup de transactions. Les entrepreneurs qui ont bien préparé leur transition depuis quelques années peuvent en bénéficier.»


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